Le cyclone Nargis a provoqué la mort de 15.000 personnes samedi au Myanmar, dont 10.000 dans la seule ville de Bogalay, a déclaré le ministre des Affaires étrangères Nyan Win alors que l’aide internationale s’organise.

Le gouvernement continue d’évaluer les dégâts dans les villages isolés de la région la plus touchée, le delta de l’Irrawaddy, où se trouve Yangon, l’ancienne capitale et la plus grande ville du pays.

La liste dévoilée par le chef de la diplomatie birmane fait état de 14.859 morts ou disparus dans la « division » d’Irrawaddy et de 59 morts à Yangon.

Les précédentes estimations des autorités faisaient état de 10.000 morts et 3.000 disparus.

L’ampleur de la catastrophe – le plus grave cyclone précédent en Asie était le cyclone Sidr, qui a tué 3.300 personnes au Bangladesh en novembre – a incité la junte militaire à accepter une aide extérieure au bout de deux jours.

Le pire cyclone ayant frappé l’Asie avait fait 143.000 morts au Bangladesh en 1991.

Les pays voisins et les agences des Nations unies profitent de ce « rare feu vert » pour acheminer une aide au plus vite. Le nombre des sans abri se chiffre en centaines de milliers et pourrait atteindre plusieurs millions, a déclaré l’Onu.

Le cyclone de catégorie 3 était accompagné de pointes de vent à 190 km/h quand il a balayé Yangon, la capitale économique de cinq millions d’habitants. Les services météorologiques régionaux avaient prédit une vague géante de 3,5 mètres de haut.

Un responsable de l’aide humanitaire européenne à Yangon, Bernard Delpuech, a déclaré que les autorités avaient envoyé trois navires chargés de vivres vers la région du delta.

La moitié de la population birmane (53 millions d’habitants) vit dans les cinq provinces déclarées zones de catastrophe.

Laura Bush critique la junte
Un avion militaire thaïlandais avec neuf tonnes de denrées doit décoller de Bangkok dans la journée. Deux bateaux de la marine indienne chargés de nourriture, de tentes, de couvertures, de vêtements et de médicaments appareilleront rapidement pour Yangon, a annoncé le ministère indien des Affaires extérieures.

L’agence humanitaire World Vision a dit avoir obtenu des visas spéciaux pour renforcer ses effectifs dans le pays, actuellement de 600 employés.

« Des organisations comme la nôtre ont obtenu la permission, ce qui est plutôt sans précédent, de faire venir des personnels par avion. Cela montre combien la situation est grave aux yeux du gouvernement birman », a déclaré son directeur pour l’Australie, Tim Costello.

L’ambassade des États-Unis au Myanmar a annoncé le déblocage d’une aide d’urgence de 250.000 dollars (161.000 euros) et la France d’une première aide de 200.000 euros.

À Yangon, les habitants ont commencé à s’aligner dans des files d’attente pour obtenir des bouteilles d’eau potable. L’ancienne Rangoon reste privée d’électricité quatre jours après le passage du cyclone.

« Les générateurs se vendent très bien sous les généraux », a ironisé un homme devant un magasin, reflétant une partie du ressentiment de la population devant la réaction de la junte militaire face à la catastrophe, jugée trop lente.

Peu de soldats débarrassaient les rues des débris et des arbres déracinés, sauf aux grands carrefours. Des moines et des habitants coupaient les troncs avec les quelques outils dont ils disposaient, rapportent des témoins.

« Le régime a perdu une occasion en or d’envoyer des soldats dès que le cyclone a cessé pour se rendre populaire », a déclaré un fonctionnaire à la retraite.

La première dame des États-Unis Laura Bush, qui aborde rarement les dossiers de politique étrangère mais s’est déjà exprimée à plusieurs reprises sur le Myanmar, a critiqué la junte pour ne pas avoir suffisamment alerté la population contre les dangers de la tempête tropicale.

« Alors qu’ils étaient au courant du danger, les médias officiels birmans n’ont pas diffusé à temps une alerte sur le parcours du cyclone », a-t-elle dit.

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À Yangon, les habitants ont commencé à s’aligner dans des files d’attente pour obtenir des bouteilles d’eau potable.