Depuis plusieurs décennies, elle est l’une des actrices les plus aimées et respectées du cinéma français. Toujours aussi radieuse et sereine, car elle mène la carrière dont elle rêvait, l’interviewer est à chaque fois un véritable bonheur. J’ai eu cette chance lors de sa venue à Genève à l’occasion de la sortie du film «De vrais mensonges» de Pierre Salvadori.

Vous grignotez une grappe de raisin suite à une petite faim due au retard de l’avion. Durant un tournage, vous arrive-t-il d’avoir une petite fringale?
Oui, oui, cela m’arrive, vous savez la vie ne s’arrête pas lorsque l’on tourne. Le cinéma est censé refléter la vie et moi je suis très gourmande, quand la cantine n’est pas bonne sur un tournage, cela peut me mettre de très mauvais poil.

À ce point-là?
Oui, mais je ne suis pas la seule actrice à être comme cela. La pause, même courte, est importante et une mauvaise cantine peut en faire ronchonner plus d’un.

Alors, sur ce film, la cantine était-elle bonne?
Très bonne, vraiment. L’ambiance était aussi excellente.
Le tournage a eu lieu à Sète, une très belle ville, Pierre Salvadori a choisi ce lieu pour la qualité de la lumière et aussi parce que cette ville n’est pas trop grande.
De plus nous étions tous emballés par le sujet du film, par le scénario, par l’écriture et la qualité des dialogues. Pierre Salvadori arrive à créer une ambiance très familiale, très chaleureuse ce qui fait que j’ai envie de vous dire que c’était un tournage vraiment idyllique.

Ce qui veut dire que ce n’est pas toujours le cas, peut-être parce que le sujet ne s’y prête pas?
Ce n’est pas forcément le cas, il y a des sujets très noirs où l’on s’amuse énormément. «Le petit lieutenant» par exemple, n’était pas un sujet des plus joyeux et le tournage n’a pas été triste du tout. Dans «La chambre verte» de François Truffaut, film pas très gai non plus, pourtant on a dû, parfois, nous séparer tellement on rigolait.

Pourtant, pour moi, «La chambre verte» reste le film de la glorification de la vie éternelle?
C’est vrai, c’est aussi un film qui m’a beaucoup aidée à vivre avec nos morts, que l’on ne voit plus, mais qui restent toujours présents dans nos cœurs.

Où sont tous les personnages que vous avez incarnés?
Ils font partie de moi, j’ai la chance d’avoir pu ainsi vivre plusieurs vies, ce qui fait que j’ai plusieurs mémoires. Tous ces personnages m’ont apporté un petit quelque chose qui m’a nourrie et fait grandir. Quand on vit avec un personnage durant des semaines, il s’établit un mélange entre la vie personnelle et la vie du personnage que l’on interprète.

Pour en revenir au film, pensez-vous vraiment que la vie peut changer à la suite d’un mensonge?
Dans ce cas, c’est un petit mensonge, car, en fait, c’est le détournement d’une lettre d’amour qui redonne de l’espoir et fait changer totalement la vie d’une personne désespérée.
De plus dans le film, rien n’est gratuit, tout est justifié, tout a une raison d’être. Mais pour ce qui concerne votre question, je n’aime pas trop les mensonges. Mais il y a des mensonges qui peuvent être nécessaires, comme il y a des vérités à ne pas dire.

Il faut aussi que je dise que l’on vous aime depuis des années et que de vous revoir dans un nouveau film, c’est presque comme un rendez-vous d’amour?
Je sais et je le dis souvent, je suis une actrice privilégiée, parce que, d’abord, je suis en bonne santé, j’ai la chance de faire un métier que j’aime et qui me permet de vivre très correctement, je peux aussi choisir les films que je fais, cela c’est mon vrai luxe. Je côtoie beaucoup de très bons acteurs qui rament sans cesse et qui doivent faire n’importe quoi pour pouvoir vivre normalement. Il faut aussi avoir eu la chance de pouvoir commencer sa carrière avec de grands metteurs en scène, mais cela demande aussi un énorme travail pour pouvoir rester au top. Ce qui me rassure, ce n’est pas la possession de biens matériels, c’est d’avoir la liberté de choisir ce que je fais et avec qui je veux le faire. Mais pour arriver à cela, il ne faut jamais tricher, et surtout jamais avec soi-même. Il faut dire aussi que j’ai toujours été très libre et que l’on m’a toujours fait confiance.

Le cinéma vous a quand même beaucoup aidée?
Pas seulement le cinéma. C’est jouer qui m’aide à vivre, que ce soit pour le cinéma, le théâtre ou la télévision. Jouer, pour moi, c’est une véritable passion.

Comme les passions d’amour?
La passion, en amour, peut devenir très destructrice.
Pour un métier qui vous passionne, il faut savoir doser, en tournage, il faut savoir être actrice dans le film, entre moteur et couper et, après, savoir revenir dans sa propre vie.
Pierre-Michel Meier

« Jouer, pour moi, c’est une véritable passion. »