L’esprit naturaliste d’un des fondateurs de Pro Natura Genève – Robert Hainard – perdure 100 ans après sa naissance. Né le 11 septembre 1906, Robert Hainard a marqué son temps et sa philosophie est toujours d’une criante actualité.

Homme de terrain
Philosophe, auteur de nombreux ouvrages, artiste animalier, sculpteur et graveur, mais avant tout homme de terrain, Robert Hainard n’a cessé d’oeuvrer en faveur de la nature et s’est ainsi taillé une large réputation en Europe. Localement, il fut membre fondateur, en 1928, de la première association genevoise de protection de la nature (alors Association pour la création et l’entretien de réserves naturelles dans le canton de Genève) président entre 1958 et 1961 de cette association devenue Association Genevoise pour la protection de la nature (actuellement Pro Natura Genève).

Pour une nature sauvage et intègre
Cette nature, il la voulait sauvage et intègre, occupant de grands espaces libres de toute activité humaine, aussi son regard sur notre civilisation était-il particulièrement sévère, mais combien lucide. Atterré par l’expansion de Genève au détriment des espaces naturels, Robert Hainard n’a cessé de démontrer l’impasse de notre organisation économique qui menace la nature libre et sauvage d’une disparition totale.

Qu’en est-il aujourd’hui?
Si la protection de la nature et des diverses composantes de notre environnement est incontestablement mieux ancrée dans les esprits et les actes des citoyens et des autorités qu’au temps de Robert Hainard, l’expansion de nos cités et la multiplication des routes menace toujours plus la vie sauvage.
Si les réserves naturelles, réserves biologiques forestières et autres milieux précieux dûment répertoriés sont bien protégés, les liaisons entre ces entités restreintes comme entre les grands massifs du bassin franco-genevois sont très sérieusement menacées d’étranglement ou de ruptures. Et cette situation, alarmante pour la grande faune, était déjà dénoncée par Robert Hainard!

Expansion ou nature
Les connaissances de la nature genevoise furent d’un précieux secours lors de la création des premières réserves naturelles comme celles de Mategnin (Meyrin) et de la Pointe-à-la-Bise (Collonge-Bellerive), à une époque où notre société pensait davantage à l’expansion qu’à la nature. Avec d’autres éminentes personnalités comme Jacques Revillod, Emile Dottrens, Paul Géroudet, Jacques Burnier, Charles Vaucher et bien d’autres, Robert Hainard s’est engagé pour la protection d’ensembles remarquables comme les vallons de l’Allondon (menacé par un barrage de retenue) et de la Laire et contre la réalisation de projets catastrophiques comme un aérodrome dans la région de Jussy. Par son approche très sensitive, très humble de la nature, Robert Hainard a conquis le cœur et l’esprit d’innombrables naturalistes, loin au-delà des frontières de son pays.

Grâce à lui, les castors
C’est aussi à Robert Hainard et à ses amis Maurice Blanchet et Jacques Burnier que nous devons la réintroduction des castors dans la Versoix, il y a maintenant 50 ans. Ce retour des castors fut un grand succès qui suscita d’autres réintroductions en Suisse et, par exemple, en France voisine.
Cet automne marque donc un double anniversaire: les 100 ans d’un grand penseur, précurseur, et le retour des premiers castors en Suisse. Gardons en mémoire que, face à notre folle expansion, de beaux morceaux de nature existent grâce à l’engagement courageux de personnes lucides et généreuses.

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Grâce à robert Hainard et à ses amis, le castor repeuple les rivières de notre région!