Que l’Etat-providence suisse se trouve dans une situation relativement moins périlleuse que d’autres n’est pas l’argument le plus rassurant. Une charge fiscale élevée finance les assurances sociales. En particulier grâce au relèvement de la taxe sur la valeur ajoutée en 1998, prématuré de vingt ans et qui a privé les ménages et les entreprises de 60 milliards de francs. Il y a aussi l’augmentation importante de la population sur la dernière décennie. Et l’assurance invalidité a encore un endettement de 12 milliards de francs.

L’absence de réaction déconcerte face à l’attitude lénifiante du Département fédéral des Finances dans son dernier rapport sur les perspectives à long terme (L’Agefi du 29 avril). On croit même rêver: le conseiller fédéral Ueli Maurer se contente d’y réitérer les lieux communs de l’immigration et de la croissance économique comme solutions miracles.

L’avenir sera néanmoins plus onéreux: c’est le constat accepté.

La quote-part des dépenses publiques doit atteindre 36% du produit intérieur brut dans trente ans. Une hausse de plus de 12%. Les primes de l’assurance maladie obligatoire, elles, vont continuer de progresser plus rapidement que les revenus réels. Elles atteindront en moyenne 831 francs par mois à l’horizon 2045! Que l’on se rassure, tempère le nouveau chef UDC du Département fédéral des Finances: la croissance du revenu disponible sera toujours légèrement supérieure à zéro…

Aucune trace donc de changements structurels dans cette équation. La réforme Prévoyance 2020 est bien mentionnée. En misant à ce stade quasi-exclusivement sur la hausse de la charge fiscale, elle apparaît toutefois comme une facilité qui évite au gouvernement de gouverner. Les mesures les plus élémentaires d’assainissement font défaut: pas une ligne sur l’adaptation de l’âge de référence actuariel de la retraite à l’espérance de vie (par exemple à 67, puis à 70 ans). Ni sur la possibilité d’un relèvement des franchises de l’assurance maladie pour en diminuer la nature de self-service. Il faudra sans doute une prise de conscience au Parlement, considérablement rajeuni depuis les dernières élections, pour ouvrir les œillères d’un débat encore dominé par le plus d’impôts.

L’Agefi, lundi 2 mai 2016

Pierre Bessard

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Lundi 2 mai 2016