Un large sourire, une franche poignée de main, Olivier Bernheim nous accueille dans le hall du conservatoire de musique de Genève. A 54 ans, il est un dirigeant heureux. Raymond Weil, son beau-père, lui a cédé les rênes de l’entreprise éponyme en 1984. C’est en famille, entouré de ses deux fils, qu’il a restructuré et consolidé l’image de la marque à travers le monde. Sans détour il répond aux questions de l’Extension, dans ce lieu qu’il a choisi.

strong>Pourquoi avoir choisi de nous emmener au conservatoire de musique de Genève pour cette interview?
Parce que c’est un lieu qui m’est très familier. Mon épouse est pianiste professionnelle et y a consacré une grande partie de sa vie. Mes enfants y ont également pratiqué pendant longtemps la musique. C’est un lieu qui se prête parfaitement à la musique de chambre que nous affectionnons particulièrement mon épouse et moi-même. C’est pour toutes ces raisons que je m’y sens bien. Je trouve l’endroit magique, très intime.

Est-ce votre côté mélomane que l’on retrouve dans toutes vos collections?
Effectivement, quand en 1984 je me suis demandé comment appeler notre première grande collection, je me voyais mal investir dans le football, la boxe ou le sponsoring de formule 1. Très naturellement nous nous sommes orientés vers ce qui est ma passion, mon hobby, la musique.

Vous êtes à la tête de Raymond Weil depuis 1996, cela fait maintenant 12 ans, on dit qu’il faut au moins 10 ans pour réussir, vous êtes d’accord avec cet adage?
Je suis à la tête de l’entreprise depuis 1996 mais j’y travaille depuis maintenant 25 ans. Je pense qu’il y a quelques années, il fallait en effet 10 ans pour réussir, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. Cela fait 4 ans que nous travaillons à un nouveau Raymond Weil moderne, actif, dynamique et pour les fêtes de fin d’année ce fût l’explosion.

Aujourd’hui donc, vous récoltez les fruits de ces changements?
On voit avec une immense satisfaction, que notre décision était bonne, que nous avons su anticiper les besoins de notre clientèle et surtout que nous nous sommes bien préparés pour investir les trois grands marchés que sont la Chine, l’Inde et la Russie.

Une plus grande visibilité de la marque qui est aussi due au marketing, on parle de 30% de votre budget c’est cela?
Alors en tant qu’entreprise familiale et indépendante nous ne communiquons pas de chiffres mais c’est à peu près cela. Aujourd’hui le marketing est quelque chose de fondamental. Il est facile de dépenser de l’argent, signer un contrat publicitaire est à la portée de n’importe qui. Le problème c’est de savoir quel est le consommateur que vous voulez toucher et d’anticiper ce qu’il attendra de vous.

Alors vous avez choisi de ne plus faire appel à des célébrités pour vos campagnes publicitaires, est-ce que l’épisode Charlize Theron vous a échaudé?
Oui cet épisode m’a échaudé, mais je pense surtout que cela ne correspond plus à notre philosophie. Notre société porte le nom de son fondateur, il a créé son entreprise il y a 31 ans et il a 62 ans d’histoire horlogère. Aucun autre patron horloger ne peut revendiquer cela. C’est Raymond Weil la star.

La marque est présente sur Second Life, pourquoi?
C’est l’idée de mon fils Elie. J’ai pour habitude de donner des responsabilités aux gens qui travaillent avec moi et j’en donne beaucoup à mes enfants. Je crois que Second Life c’est le futur, c’est ce que pourrait être le web dans 10 ans.

Au début de votre carrière professionnelle vous avez travaillé pour Kronenbourg puis pour Unilever, qu’est-ce que vous avez retenu de ces expériences, qui vous aident aujourd’hui dans le monde du luxe qu’est l’horlogerie?
La chose la plus importante c’est de se préoccuper du consommateur final. Je crois que c’est cette compréhension que l’on doit avoir en tant que patron. Pour cela je voyage énormément sur les marchés. Je ne veux pas me retrouver confronté à des diktats marketing qui ne se vérifieraient pas.

C’est indispensable ce contact avec la clientèle?
Vous savez pour une entreprise familiale, chaque investissement est important, il doit être bien fait. Le fait de connaître les marchés, de les comprendre, d’être proche de nos forces de vente, me paraît essentiel.

Quels sont les marchés où vous vous développez le mieux?
Les Etats-Unis et l’Angleterre sont très forts. Au Moyen-Orient, les affaires sont excellentes. Il y a aussi l’Australie et la Nouvelle-Zélande. Mais j’ai deux passions, j’adore l’Inde et je suis fasciné par la Chine. Je suis aussi agréablement surpris par la forte croissance de la marque en Russie.

Et pourquoi plus l’Inde et la Chine?
Alors l’Inde, nous y sommes allés pour notre voyage de noce, c’est quelque chose que j’ai presque dans la peau tellement j’aime ce pays. Ce qui me fascine avec la Chine, c’est que le Chinois, je vais schématiser, a commencé à vivre il y a cinq ans. Il y a cinq ans, il a découvert le monde tel qu’il était, avec McDonald’s, Apple, Starbucks et il découvre le luxe tel qu’il le voit.

Quand on dirige une marque familiale qui réussit, comment faire pour rester une entreprise indépendante?
Nous sommes des horlogers avant tout, raison pour laquelle nous devons continuellement être créatifs. Nous sommes dans le haut de gamme donc nous devons avoir la qualité. En tant qu’entreprise familiale, il était de mon devoir d’organiser la succession. Enfin, nous devons être financièrement très forts. Je crois que tout cela fait le succès d’une entreprise familiale.

Vos fils seront les garants de cette indépendance?
Oui. C’est la troisième génération, c’est aussi leur passion. Mon fils aîné Elie s’est naturellement tourné vers le marketing alors que Pierre est beaucoup plus orienté vente et relations publiques. Notre grande force est qu’ils sont totalement complémentaires et surtout qu’ils assurent le futur, car ils assurent la perception d’une génération qui a entre 25 et 27 ans aujourd’hui.

Avez-vous le sentiment que le travail en famille est le meilleur modèle de management?
Je ne sais pas si c’est le meilleur modèle. C’est en tout cas celui qui nous correspond le mieux et permet le plus de créativité, le plus d’innovation. Une entreprise familiale, parce qu’elle est souple et rapide, intervient plus rapidement sur les marchés et crée beaucoup plus vite la nouveauté. Je pense qu’un tissu d’entreprises indépendantes est extrêmement important pour assurer le dynamisme des marchés.

Vous voyagez beaucoup aux quatre coins de la planète, avec un tel emploi du temps quelle place gardez-vous, pour la vie de famille, la musique ou encore le sport?
En règle générale je construis mes voyages autour de mes abonnements de concerts et d’opéra. C’est très important de pouvoir y consacrer du temps. Le samedi et le dimanche sont réservés à l’équitation et à la marche avec mes chiennes, à cela s’ajoutent beaucoup de rencontres avec des amis. Il faut savoir faire une séparation aussi nette que possible entre vie professionnelle et vie privée.
Propos recueillis par Jean-Baptiste Guillet

img8211.jpg

Olivier Bernheim, Président Directeur Général de Raymond Weil dans la grande salle du Conservatoire de musique de Genève, lieu qu’il a choisi pour notre entretien