Parcs naturels régionaux : de nouveaux modèles économiques à imaginer

Parcs naturels régionaux : de nouveaux modèles économiques à imaginer

Mis à mal par la nouvelle donne financière consécutive à l’entrée en vigueur de la loi portant sur la nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe), les parcs naturels régionaux (PNR) des Pays de Savoie doivent imaginer d’autres modèles économiques pour poursuivre leur mission de développement et de protection des territoires.

Si le PNR des Bauges a vécu un début d’année difficile malgré d’indéniables atouts tels que son label Géoparc ou la Réserve nationale de chasse et de faune sauvage que les spécialistes du monde entier nous envient, celui de Chartreuse s’en est un peu mieux tiré. L’Espace Belledonne attend quant à lui toujours le feu vert régional pour savoir s’il transforme l’essai en PNR.

La Réserve des Bauges, un laboratoire à ciel ouvert

CONNUE DANS LE MONDE ENTIER POUR SON EXPERTISE ÈS-CHAMOIS, LA RÉSERVE NATIONALE DE CHASSE ET DE FAUNE SAUVAGE DES BAUGES EST UN TERRITOIRE DE RECHERCHE SCIENTIFIQUE.

Des chèvres des Rocheuses et des rhinocéros africains doivent, sans le savoir, un peu de leur bien-être aux chamois des Bauges. Ces derniers, surveillés à la loupe depuis 1985 par une horde de scientifiques de tout poil, ont en effet livré aux chercheurs de précieuses informations, dont certaines sont transposables à d’autres espèces d’herbivores. La Réserve nationale de chasse et de faune sauvage des Bauges, ignorée de la plupart des Savoyards et des Haut- Savoyards, est en revanche connue comme le loup blanc, partout dans le monde, pour son expertise sur les chamois. Des connaissances acquises au fil du temps dans un territoire qui a volontairement été laissé le plus sauvage possible.

L’histoire aurait pourtant pu être très différente. En 1913, lorsque l’administration des Eaux et Forêts crée une réserve de chasse domaniale, c’est avant tout pour stopper l’effondrement des populations de chamois, notoirement chassés. En 1955, la Réserve nationale de chasse prend le relais pour, cette fois, produire du chamois. Et ça marche : à partir de 1959, des individus sont prélevés et réintroduits dans d’autres massifs. Au total, 529 chamois sont ainsi partis voir si l’herbe était plus verte ailleurs. La demande se tarissant dans les années 1980, la Réserve se mue peu à peu en un vaste territoire d’étude et de recherche. Une aubaine pour les spécialistes qui peuvent ici facilement observer le comportement des animaux.

Plus de 1 000 chamois ont ainsi été capturés, marqués et suivis depuis des décennies, permettant d’accumuler les connaissances sur leur reproduction, leurs stratégies de survie, leur régime alimentaire, la dispersion des individus ou leurs interactions avec leurs congénères, avec les autres espèces et avec les hommes. « Énormément de travail a été réalisé, explique Jean-François Lopez, chargé de mission biodiversité au Parc naturel régional (PNR) des Bauges. On a par exemple laissé croître les populations pour voir jusqu’à quel niveau elles étaient capables de monter et quels mécanismes naturels de régulation se mettaient éventuellement en place. On s’est rendu compte que plus la population est dense, moins les femelles ont de chevreaux et moins les chevreaux ont de chances de passer l’hiver. »

PLANS DE CHASSE

Aujourd’hui, avec environ 2 000 chamois sur 5 200 hectares, l’effectif est stable. Il attire toujours les chercheurs qui veulent comprendre quels sont les impacts des ongulés sur la flore et quelles sont les conséquences des activités humaines sur les bêtes sauvages. Peu à peu cependant, les études se sont aussi portées sur d’autres habitants du territoire : mouflons dans un premier temps, puis cerfs et chevreuils. Si les populations des premiers sont stables (600 animaux), celles des seconds augmentent. « Le cerf est de plus en plus présent dans la Réserve, constate Jean- François Lopez, ce qui pose des problèmes aux sylviculteurs : la régénération forestière s’en ressent. »

Pour limiter le phénomène, des plans de chasse sont mis en place en concertation avec le préfet, les trois co-gestionnaires de la Réserve (ONF, ONCFS, PNR du massif des Bauges), les fédérations de chasse, les élus, etc. Mais ils ne donnent pas toujours les résultats escomptés : « Les techniques de chasse habituellement utilisées pour le cerf, telles que les battues avec les chiens, sont difficilement applicables à la Réserve, car elles perturbent énormément le reste de la faune, détaille le chargé de mission. On essaie d’utiliser les sorties prévues pour du tir à l’affût, mais cela n’a pas beaucoup de succès auprès des chasseurs. » Ils leur préfèrent largement les tirs de chamois, strictement encadrés par l’ONF. « Une partie est réalisée par les associations de chasse locales, l’autre dans le cadre de stages de formation en direction des jeunes chasseurs. »

Depuis quelques années, la Réserve nationale a pris une autre bestiole sous son aile : le tétras-lyre. Ce galliforme de montagne, qui ne compte que 160 individus sur le territoire, présente justement un intérêt tout particulier pour les scientifiques, du fait de son faible effectif. « La plupart des études qui ont déjà été réalisées sur cet oiseau l’ont été dans des massifs qui en comptent beaucoup. On a peu de données extraites de zones où ils sont en petits effectifs, comme ici », complète Jean-François Lopez. L’objectif est de mieux comprendre quels milieux lui sont favorables et quelles sont les bonnes manières de gérer un alpage pour générer cet environnement adéquat. En effet, le mot réserve ne signifie pas sanctuaire d’où l’homme serait exclu. Les gestionnaires veillent à concilier les activités humaines et la préservation du patrimoine naturel, « afin d’en faire un modèle de développement applicable sur d’autres territoires ». Un véritable laboratoire à ciel ouvert.

Parc des Bauges : vers un nouveau modèle

FACE À LA BAISSE DES DOTATIONS ET AU BLOCAGE DES FONDS EUROPÉENS, LE PNR REPENSE SA STRATÉGIE.

Sept postes supprimés et la fermeture prochaine de la maison fauneflore d’École-en-Bauges : le Parc naturel régional (PNR) du massif des Bauges a vécu un début d’année pour le moins mouvementé. En cause, une baisse des dotations (dont la régionale) depuis cinq ans et le blocage depuis trois ans – à l’Agence des services de paiement – de 1,7 million d’euros de fonds européens. Des fonds promis et dus au parc, mais non délivrés pour une question technique de logiciel… Passée de 32 à 25, l’équipe présidée par Philippe Gamen doit désormais apprendre à faire aussi bien avec moins.

Le parc a donc repensé son positionnement et recentré ses actions. D’un point de vue stratégique, il a conservé son ingénierie d’experts pour pouvoir accompagner les porteurs de projets publics et privés. À la recherche d’un nouveau modèle économique moins dépendant des subventions, il a récemment réaffirmé, par la voix de son président, sa volonté de se mettre encore plus au service des collectivités et, pourquoi pas, de « se voir déléguer par les Établissements publics de coopération intercommunale (EPCI) certaines compétences complémentaires (sentiers, activités de pleine nature, signalétique, rivière, etc.) ». Il souhaite aussi se positionner comme « l’opérateur référent des politiques agricoles, forestières et patrimoniales au bénéfice et en collaboration avec toutes les collectivités ».

Créé en 1995, le PNR englobe 63 communes adhérentes (45 en Savoie, 18 en Haute-Savoie), 6 villes-portes, 6 EPCI dont 4 agglomérations. Il a obtenu le label Géoparc mondial Unesco en 2015. Son budget se monte à 1,2 million d’euros auxquels s’ajoutent des aides sur appels à projets (3 millions d’euros au total pour 2017). La Région lui verse une subvention statutaire de 700 000 euros, mais a supprimé les subventions supplémentaires qui se montaient auparavant à 200 000 euros.

L’alpage d’Orgeval, toujours très prisé des promeneurs.

Le parc de Chartreuse veut s’étendre

DIX-SEPT NOUVELLES COMMUNES SONT POTENTIELLEMENT INTÉRESSÉES POUR ENTRER DANS LE PARC NATUREL RÉGIONAL.

Il est actuellement beaucoup plus isérois que savoyard. Le Parc naturel régional (PNR) de Chartreuse englobe 60 communes, dont 41 en Isère et 19 en Savoie. Un paysage qui pourrait se rééquilibrer un peu au profit de la Savoie dès 2020, date d’entrée en vigueur de sa nouvelle charte. Car douze communes de ce département se sont d’ores et déjà déclarées intéressées pour entrer dans le périmètre à l’étude : Barberaz, Jacob-Bellecombette, Saint-Sulpice, Aiguebelettele- Lac, Lépin-le-Lac, Saint-Alban de-Montbel, Dullin, Ayn, Novalaise, Nances, Gerbaix et Marcieux.

Une envie partagée par cinq autres villages de l’Isère. « La décision d’entrer dans le Parc devra être validée par chaque conseil municipal, détaille Marion Frachisse, chargée de communication, mais cela montre en tout cas un réel intérêt pour le PNR. » Créé en 1995, dans une période où la déprise agricole menaçait, il doit désormais juguler une forte pression urbaine avec des prix de l’immobilier en hausse et des exigences de services très fortes de la part de ses habitants néoruraux.

Parallèlement, 65 % de son territoire est couvert par la forêt qu’il faut exploiter : la première AOC bois de France, intitulée “bois de Chartreuse” est d’ailleurs espérée pour la fin de l’année. « Le PNR est le garant d’une vision à l’échelle du massif, poursuit-elle. Les communes ont compris qu’on supplante les aspects communal et départemental. Et les plus petites d’entre elles sont intéressées par nos documents d’urbanisme qui sont au-dessus du PLU. » Fort d’un effectif d’une vingtaine de personnes, le PNR de Chartreuse dispose d’un budget global de 2,2 millions d’euros, dont 1,3 million de recettes statutaires. 1 million est redistribué tous les ans sur le territoire par le biais des différents programmes (européen Leader, TEPCV, contrat valléen, plan pastoral territorial, etc.).

Le parc englobe la Réserve naturelle des Hauts de Chartreuse.

Belledonne toujours en suspens

LES 58 COMMUNES DE L’ESPACE BELLEDONNE ATTENDENT TOUJOURS LE FEU VERT DE LA RÉGION.

Le 29 juin dernier, les 58 communes de Savoie et d’Isère composant l’Espace Belledonne espéraient savoir enfin si la Région soutiendrait leur projet de parc naturel régional (PNR). Il n’en a rien été. La décision de l’exécutif régional a été reportée à plus tard. « On nous a dit de patienter jusqu’à fin septembre, début octobre », rapporte Valérie Lucas, responsable communication de l’association. La décision de création du PNR est donc toujours dans l’air, mais en suspens.

Créée en 1998, l’association Espace Belledonne fédère les communes et les acteurs socio-économiques de la chaîne de Belledonne sur ses deux versants. Un massif tout en longueur cumulant des bassins de vie indépendants les uns des autres, étalés sur deux départements, mais où les enjeux sont quasiment identiques pour tout le monde : éviter la déprise agricole, développer le tourisme, répondre aux problématiques forestières (notamment celle de l’accès à la ressource), mais aussi, près des villes de piémont, mieux contrôler une urbanisation galopante et maîtriser davantage la pression foncière.

En 2009, afin de pérenniser son action, l’association demandait officiellement à la Région de pouvoir s’inscrire dans un cursus de création d’un PNR. Une option validée par le Conseil régional en 2014. Dans la foulée, l’État émettait un avis d’opportunité favorable en février 2016. La démarche semblait en très bonne voie. Sauf qu’entre-temps, les dispositions de la loi portant nouvelle organisation territoriale de la République (NOTRe) ont quelque peu modifié la donne financière au sein des collectivités, et notamment à la Région. Le changement, en 2015, de la tête de l’exécutif régional n’a pas arrangé les choses puisque deux projets de PNR ont été abandonnés depuis : celui de la Dombes et celui des sources et des gorges de l’Allier. On saura cet automne si Belledonne tombe à son tour comme une feuille morte.

L’espace Belledonne englobe, pour la Savoie, le Val Gelon Coisin, le massif des Hurtières et les vallées de la Maurienne et des Villards.


Dossier réalisé par Sylvie Bollard


© Gilles Lansard.

A propos de l'auteur

GROUPE ECOMEDIA

GROUPE ECOMEDIA, c'est le groupe de presse économique de Savoie Mont Blanc (74 et 73), de l'Ain (01), du Nord Isère (38) et de la région lémanique trans-frontalière avec Genève et les cantons romands.

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