Le 20 mars, les 200 millions de francophones sont invités à célébrer, partout dans le monde, leur langue. Une langue qui a toutes les raisons de s’éteindre lentement si l’on ne réagit pas…

Plus question de courir le monde, de commercer sans frontière ni même de partir en vacances sans maîtriser l’anglais ou, au moins, ses rudiments. Une situation réelle, concrète, vérifiée par tout un chacun.

Elle paraîtrait pourtant incroyable à nos anciens qui connaissaient la domination absolue du français sur toutes les parties du globe. Et que cette supériorité puisse un jour être contestée aurait alors semblé tout simplement inimaginable. «La langue française est une femme. Et cette femme est si belle, si fière, si modeste, si hardie, si touchante, si voluptueuse, si chaste, si noble, si familière, si folle, si sage, qu’on l’aime de toute son âme, et qu’on n’est jamais tenté de lui être infidèle», écrivait Anatole France.

Alors que s’est-il passé? A-t-on été infidèle à la belle? La réponse est peut-être plus complexe que le simple oui ou non… «Si nous n’avions jamais eu des besoins physiques, nous aurions fort bien pu ne parler jamais et nous entendre parfaitement par la seule langue du geste», disait Jean-Jacques Rousseau (in «L’Origine des Langues»). Les besoins physiques, aujourd’hui, pourraient bien être le commerce qui suit, on le sait, la puissance. Impossible donc de défendre une langue sans puissance. Les francophones québécois en font d’ailleurs l’amère expérience en constatant que le bilinguisme à la canadienne fonctionne trop souvent à sens unique. Là-bas, hors Québec, on ne compte, en effet, que 7 % des anglophones à maîtriser le français.

C’est d’ailleurs une constante trop peu soulignée: l’unilinguisme sévit particulièrement là où la langue maternelle est aussi celle qui est reconnue universellement comme celle du commerce. Depuis longtemps maintenant, c’est l’anglais. Une autre réalité qui explique sans doute pourquoi les Français ont tant de difficultés avec les autres langues; leur inconscient garde sans doute le souvenir de la suprématie de la leur.

Aimer, défendre et imposer le français
Bref, cette journée de fête de la francophonie ne doit pas se résumer à une séance d’autosatisfaction. S’il faut aimer le français, s’il faut le défendre, il faut surtout s’en donner les moyens. S’il ne faut pas négliger la nécessité de l’anglais, pour faire comme tout le monde, s’il faut tenter de connaître bien d’autres langues encore, il ne faut pas non plus hésiter à imposer le français quand on se trouve en situation de force.
Si nos domaines de prédilection, nos «points forts» étaient universellement connus sous leurs noms français, gageons qu’ils participeraient à ce que le français soit plus attirant et donc plus pratiqué.

Anglais indispensable?
Toutes les communications scientifiques se font aujourd’hui en anglais et il y a unanimité pour dire, pour affirmer que c’est indispensable. Indispensable pour quoi? Pour que ces communications soient publiées et lues par l’ensemble de la communauté scientifique mondiale.D’accord, mais parions que des communications intéressantes, faites en français, auraient encore plus de succès que celles de routine écrites dans le sabir international que certains appellent de l’anglais.

La science doit découvrir, améliorer, faire progresser, soulager… Doit-elle se plier à la facilité, au diktat de l’anglais triomphant?
La question reste posée, bien sûr, mais il est certain que la qualité, en anglais ou en français, paie! Imaginons une communication faisant état d’une découverte sensationnelle, mais rédigée en javanais… Ne se précipiterait-on pas dessus pour l’étudier, la mettre à profit, après traduction évidemment… Et si d’autres publications tout aussi intéressantes, et toujours en javanais, suivaient, ne commencerait-on pas à se demander s’il ne vaudrait pas mieux apprendre à maîtriser cette langue?

Eh bien, pour que ce ne soit pas le javanais qui, un jour, domine le monde, Mesdames et Messieurs les scientifiques francophones, promettez-nous donc, en cette journée internationale de la francophonie, de publier en français des communications. Si elles sont intéressantes, si elles sont nombreuses, on parie qu’elles feront du bruit! Dans toutes les langues!.

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Abdou Diouf, secrétaire général de la Francophonie, et François Fillon, premier ministre de la France, à l’occasion du XIIe Sommet de la Francophonie 2008