En fait, je suis très timide», lâche Monique Touzeau. Timide, cette femme qui est intarissable sur les arts de la table, et qui finit à peine ses phrases parce qu’elle a déjà trois idées d’avance dont elle aimerait vous parler? Béatrice, sa fille, qui est responsable du magasin de Genève ainsi que de l’enseigne «Lalique», rit de voir sa mère tenter de justifier ses contradictions! Car c’est vrai, Monique Touzeau conjugue l’accueil de la clientèle avec beaucoup de respect – «il faut laisser le temps au client de s’imprégner de l’environnement avant de s’adresser à lui» – et cette folle envie de chercher ce qui pourrait le mieux convenir à cette personne en quête d’un cadeau ou d’un achat personnel.

Commerçante, mais aussi psychologue
Parce que l’expérience de plus de 30 ans dans le domaine de l’art de vivre permet d’affiner la psychologie de la clientèle. «Mes parents m’ont transmis la passion de mon métier, car ils évoluaient déjà dans ce domaine», souligne Monique Touzeau. Quant à mon mari, il a exploité pendant très longtemps une chocolaterie à Annemasse, d’excellente réputation. Nous avons mené de front les deux commerces, mais à un moment donné, il a fallu choisir. Les arts de la table l’ont emporté sur les douceurs, et je crois que personne ne regrette ce choix.

Pas de concession à la qualité
Donc «Touzeau, arts de la table» naît à Annemasse et rencontre rapidement un succès auprès d’une clientèle aussi bien française que genevoise. Monique Touzeau s’impose une ligne stricte : uniquement des objets de qualité, des grandes marques (Baccarat, Saint-Louis, Daum, Lalique, Christofle, Puiforcat, Bernardaud, Haviland, Hermès, Raynaud, Rosenthal, Wedgwood, pour ne citer qu’eux) et un choix aussi vaste que possible. Une attention toute particulière aux prix, qui doivent s’inscrire dans un registre «démocratique», car qualité ne veut pas toujours dire «cher». «Certains imaginent que nos articles sont chers, mais ils confondent certains objets effectivement de grand prix, parce que rares et précieux, avec toute une série de produits totalement accessibles». Et cette envie de proposer une gamme convenant à toutes les bourses fait partie de la démarche commerciale de la famille. Monique, Béatrice et Bruno courent les salons professionnels afin de renouveler le choix en magasin et trouver de quoi surprendre leur clientèle. Ces jours-ci, les Touzeau lancent une gamme totalement novatrice, que Monique à entièrement élaborée. Né d’un coup de cœur, ce nouveau concept pourrait bien s’avérer un coup de maître. «C’est aussi un coup de dés», ajoute Monique Touzeau, «car ne l’oublions pas, la part de risque dans notre métier d’entrepreneur est toujours présente».

La frontière est franchie
Après Annemasse, dont le magasin est actuellement dirigé par Bruno Touzeau, la famille Touzeau partira à la conquête de Genève. « Si Migros franchit la frontière dans un sens, dit-elle en riant, pourquoi pas nous dans l’autre?» Et voilà l’enseigne trônant d’abord à la rue du Mont-Blanc, avant de trouver ses marques au cœur du centre ville, à la rue de la Croix d’Or. Alors que les Genevois sont plutôt gâtés et pas toujours faciles à surprendre, ils découvrent dans l’aménagement du magasin énormément de goût, de qualité et aussi d’audace. Bref, si Touzeau n’existait pas à Genève, il aurait fallu l’inventer!

De la patience et de la ténacité
Annemasse, Genève… il manque quelque chose! Et ce «quelque chose», se concrétisera avec le rachat d’une magnifique surface à Montreux. «Oh!, cela n’a pas été simple à organiser, mais nous savions que cette région de l’arc lémanique détenait un potentiel et qu’il fallait y aller», précise Monique Touzeau. En 2000 donc, la marque familiale s’installe dans la ville bien connue pour son Festival de Jazz. Il faudra aux Touzeau beaucoup de patience et de ténacité – Monique est plus à l’aise dans la deuxième catégorie que la première! – pour atteindre une vitesse de croisière. Aujourd’hui, Montreux est sur orbite et occupe une place importante dans la marche globale des affaires.

Lalique, créativité à foison
Entre-temps, et toujours par amour des belles choses, Monique Touzeau ouvre un magasin à Genève, Place Longemalle, dédié à la marque Lalique. «C’est une maison magnifique, qui mérite à elle seule un lieu qui abrite ses nombreuses créations. Des bijoux aux vases, en passant par des montres, des meubles, des lampes et des encadrements, la force créative dont fait preuve cette marque française est tout simplement sans comparaison dans ce domaine!» Un magasin dont les rênes sont tenues par sa fille Béatrice, qui a le don d’ubiquité: elle est à la fois au magasin Touzeau rue de la Croix d’Or et chez Lalique. Comment fait-elle? Elle vous sourira avec ce charme familial, mais gardera son secret!

30 collaborateurs
Depuis donc quelques années, Monique Touzeau et sa famille consolident les quatre points de vente, et gèrent un effectif d’une trentaine de collaborateurs. Avec trois sites, des régimes fiscaux et douaniers différents, la gestion administrative occupe aussi une part importante des activités. Mais pour «la patronne», il ne faut pas se plaindre: «Le commerce est un domaine fabuleux. Mais j’ai un seul regret». Ah? Monique Touzeau a un regret. Lequel? «Je n’ai que deux enfants, merveilleux du reste, mais si j’en avais eu plus, j’aurai pu ouvrir plus de magasins Touzeau!» Sacrée Monique!

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Passionnante aventure de passionnés…Touzeau