Paul-Loup Sulitzer est un homme d’affaires et un écrivain à succès. Ses livres sont traduits dans plus de quarante langues et se sont vendus à plus de soixante millions d’exemplaires. Au début des années 80, il invente le western financier en publiant Money, Cash!, Fortune… Autant de best-sellers traduits dans une vingtaine de pays et adaptés au cinéma. Ces romans désacralisent le monde de la finance et rendent l’économie accessible au plus grand nombre.

Money 2 marque la renaissance du personnage mythique de Franz Cimballi dans un monde rongé par la crise financière et les problèmes environnementaux. Paul-Loup Sulitzer renoue avec le western financier qui a fait son succès. A l’heure du numérique et du développement durable, Money 2 est le premier thriller financier qui concilie l’écologique, l’économique et le social. Rencontre.

Trente ans après Money, vous redonnez vie à Franz Cimballi. Qu’est-ce qui vous a donné envie de renouer avec ce personnage?
D’abord, Franz Cimballi est mon frère jumeau. Deuxièmement, la crise financière mondiale m’a prouvé que ce héros est parfaitement adapté aux événements qui secouent le monde et l’humanité. Nul besoin d’en inventer un nouveau. J’ai donc fait revivre Franz Cimballi parce que ça s’imposait.

C’est le cinquième roman dans lequel on retrouve Cimballi, comment expliquez-vous la longévité de ce personnage?
C’est vraiment mon frère jumeau. Le premier livre, Money, était quasiment inspiré de ma propre vie. Quand il a plusieurs vies, il est comme moi. Parce que, moi aussi, je suis un ressuscité après tous les accidents que j’ai pu avoir. Il y a une sorte d’osmose entre lui et moi.

Dans ce nouveau roman, votre héros souhaite gagner de l’argent de manière vertueuse. Il déclare qu’«il est risqué de s’enrichir en contournant les lois»…
Oui, ce qui a été mon cas. Je m’inspire de ma propre expérience. Ce n’est pas seulement un roman, c’est aussi un vécu. Cimballi vit la crise mondiale, le pessimisme, l’écroulement des marchés, et malgré toutes les bonnes paroles qui nous sont dites, nous ne sommes pas sortis du tunnel. Et je démontre qu’il est possible de recommencer, de reconstruire quelque chose, malgré cette crise, malgré les changements d’habitudes des consommateurs. Ce livre fourmille d’idées qui sont adaptées au monde actuel.

Au début du roman, Franz Cimballi est à Londres, il fait gris, il n’a plus d’argent, son banquier l’appelle parce qu’il est à découvert et, là, il a une idée: créer une banque universelle, une banque dont chacun pourra être le client et l’actionnaire.
La technologie aidant, il va se dire qu’au fond, il y a des millions de gens qui ont très peu d’argent et des gens riches à côté. Il faut donc récolter d’abord les milliards représentés par les millions de gens défavorisés, puis, après, attraper les autres. C’est ce qu’il va faire. Si on regarde les choses de près, les banques islamistes, je ne parle pas des banques fondamentalistes, mais des banques religieuses qui arrivent aujourd’hui à ne pratiquement pas prendre d’intérêts à leurs clients et à participer au développement d’une manière pratique, Cimballi va naturellement beaucoup plus loin, mais c’est en quelque sorte le chemin possible grâce à la technologie d’aujourd’hui adaptée au système bancaire.

Vous avez sur le monde un regard assez critique, parfois un peu cynique. Cimballi déclare: «avec moi, humanitaire rimera avec profit, ça aussi c’est nouveau». C’est un risque d’écrire une phrase comme celle-là…
Je ne vois pas de risque à dire la vérité. Il y a vingt ans, j’ai écrit et dit, et j’ai été attaqué terriblement pour ça, que l’humanitaire et l’écologie n’existeraient que lorsqu’ils seraient collés au monde moderne. Allez dire à un Indien qu’il envoie du CO2 dans l’atmosphère… Il est prêt à vendre ses reins pour dix dollars. Ce n’est pas comme ça que vous pourrez discuter avec lui. Si une voiture n’envoie pas de CO2 dans l’atmosphère, elle devient intéressante au plan humain. Mais personne ne veut voir sa famille ou ses enfants vivre dans un monde dévasté ou abîmé. L’écologie ne peut pas fonctionner avec des gens qui, en hélicoptère, font des films pour aller la prôner politiquement. L’écologie ne peut exister que si elle colle à un marché concret. Faire des croisières écologiques, c’est possible, sans abîmer les autochtones. C’est un argument de vente et, dans ce domaine-là, l’écologie peut rapporter beaucoup d’argent. Le monde actuel va dans cette direction et c’est tant mieux.

On voyage beaucoup dans votre roman, on vient beaucoup à Genève notamment, mais on va aussi beaucoup à Naples. Et j’ai été frappé par les références récurrentes que vous faites au Padre Pio.
J’y fais référence parce que c’est une histoire vraie. Mes livres sont peuplés d’histoires vraies. Il faut toujours en tenir compte. Quand on parle de Naples, il me semble normal de parler du Padre Pio. Même si la majorité des gens ne connaît pas l’histoire.

Ça veut dire que vous êtes croyant?
Parfois oui, parfois non. Lorsqu’on regarde l’histoire, il y a des moments où on ne peut pas croire. Mais moi, je suis obligé de croire à quelque chose puisque j’ai été laissé pour mort il y a quatre ans. J’étais cliniquement mort, terminé, prêt à empaqueter pour aller à la morgue. Et je suis là, donc je suis obligé de dire qu’il se passe quelque chose.

On retrouve le meilleur ennemi de Cimballi dans votre roman, le banquier suisse Martin Yahl, qui vit à Genève, qui meurt dans ce roman, mais qui est avantageusement remplacé par son fils, terrifiant. Ça se passe comme ça dans le milieu de la finance aujourd’hui, intimidations, menaces de mort, usage des armes?
Vous savez, il n’y a pas que les revolvers qui tuent. L’économie peut tuer très efficacement à condition de s’y prendre correctement, ce que font très bien les Etats, les dictateurs et les systèmes. Vous dire que parmi les banquiers ou les entrepreneurs de l’économie on trouve des tueurs, c’est faux. Mais dire qu’on tue des gens tous les jours, c’est vrai.

Vous parlez beaucoup de Genève dans ce roman et c’est visiblement une ville que vous connaissez bien, vous y avez des attaches?
J’ai beaucoup d’amis à Genève, des gens que j’estime. Genève est une très belle ville où il n’y a pas que des banques.

Votre héros est incorrigible. Il est sur le point de mourir à un moment du livre et il se demande ce qu’il y a après la mort. Et sa première question est: «peut-on continuer à gagner de l’argent?»…
C’est une question qu’on peut se poser…

Il y aurait une économie du ciel?
Non, je ne crois pas, il y a une comptabilité du ciel, mais elle est différente.

On parle déjà d’une suite à ce roman, un Money3…
Dans le cycle actuel, en dehors du commerce et du marketing, dans les grands événements du monde, la Chine est devenue l’Empire du nénuphar. Parce qu’il y a une stratégie du nénuphar qui occupe petit à petit de plus en plus de place sur le plan d’eau. J’ai donc décidé de porter la suite des aventures de Cimballi en Chine.

Vous écrivez aussi, depuis trois ans, vos mémoires.
Ca va prendre beaucoup de temps, au moins deux ans encore. Car je ne veux en aucun cas faire un hymne à ma gloire, ça n’aurait aucun intérêt. Mais comme je mets en cause beaucoup de gens, ça implique une retenue, une réserve, une forme d’intelligence un peu particulière. Je ne suis pas le genre de type à raconter les scandales des autres. Et Dieu sait que j’en connais beaucoup.
Par Pascal Schouwey

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à lire
Money 2, par Paul-Loup Sulitzer, Editions du Rocher, 331 pages