Pesticides et climat : les enjeux de la préservation des lacs et des plans d’eau

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L’agriculture intensive en Auvergne-Rhône-Alpes n’est pas avare en pesticides ou en engrais. Cette pratique à un coût : la grande majorité des plans d’eau en Auvergne-Rhône-Alpes est contaminée par les nitrates et les pesticides. Cependant, le contrôle de la qualité est l’un des objectifs principaux de la politique de l’eau. Et les agences de l’eau ont inscrit la lutte contre les pesticides en haut de leur liste de priorités.

La présence d’une ou de plusieurs substances pesticides a été relevée dans 87 % des cours d’eau et 78,5 % des eaux souterraines en Rhône- Alpes. Ce constat alarmant est issu d’un rapport de la Direction régionale de l’environnement, de l’aménagement et du logement (DREAL) sur l’état des lieux des pesticides dans les eaux superficielles et souterraines de la région entre 2009 et 2012. Pour lutter contre ces pollutions, la directive-cadre sur l’eau a été mise en place en octobre 2000 par l’Union européenne. Elle fixe des objectifs pour la préservation et la restauration de l’état des eaux superficielles et souterraines.

« La directive a des plans de gestion tous les six ans, avec des objectifs 2015, 2021et une dernière échéance en 2027. D’ici 2027, l’ensemble des rivières d’Europe doivent être en “bon état”. Aujourd’hui, on en est à 54-55 % en Rhône-Alpes. Donc, on a fait un petit peu plus de la moitié du chemin. On vise 75 % d’ici 2021, pour en théorie atteindre 100 % d’ici 2027, même si cela semble difficile », explique Yannick Prebay, directeur de la délégation de Lyon de l’Agence de l’eau.

La qualification de “bon état” repose sur deux composantes : l’état chimique (pesticides,etc.), qui se mesure selon deux classes, bon ou mauvais ; et l’état écologique (développement excessif d’algues, etc.), qui est décliné selon cinq classes allant de mauvais à très bon. Le bon état des eaux est atteint lorsque l’état écologique et l’état chimique sont au moins bons.

SAVOIE ET HAUTE-SAVOIE PLUTÔT BONNES ÉLÈVES

Les deux Savoie semblent tirer leur épingle du jeu. « Sur le territoire Rhône- Alpes, on a 54 % des rivières qui sont en bon état. Pour la Savoie et la Haute-Savoie, on atteint 60 %, explique Yannick Prebay. Cette situation est notamment due à la présence des reliefs, qui sont naturellement préservés. On a trois joyaux écologiques : le Léman, le Bourget et le lac d’Annecy. Leur état s’est beaucoup amélioré ces vingt ou trentedernières années. » Un avis que partage Sébastien Cachera, chargé de mission milieu aquatique au Comité intersyndical pour l’assainissement du Lac du Bourget (Cisalb) : « Le lac du Bourget a été touché dans les années 80par une grande période d’eutrophisation, avec des apports d’éléments nutritifs importants qui ont provoqué un développement excessif d’algues. Depuis, des systèmes d’assainissement ont été mis en place autour du lac et on a aujourd’hui restauré la qualité de l’eau. »

En revanche, l’Ain est pointé du doigt, particulièrement l’ouest, avec des zones agricoles proches des affluents de la Saône et différentes cultures qui génèrent des pollutions par les pesticides ou les nitrates. An d’évaluer l’état des milieux aquatiques et d’adapter les programmes de mesures en vue d’atteindre l’objectif de 75 % des masses d’eau en “bon état” d’ici 2021, un programme de surveillance a été mis en oeuvre dans chacun des grands bassins hydrographiques. Ce programme s’appuie sur différents réseaux de mesures : le réseau de contrôle de surveillance permet un suivi pérenne et représentatif des différents types de cours d’eau ; le contrôle opérationnel cible les cours d’eau qui risquent de ne pas atteindre les objectifs environnementaux ; enn, le réseau de référence pérenne s’appuie sur des stations peu impactées par l’activité humaine an de définir les conditions de référence pour chaque typologie de cours d’eau.

Les technologies s’améliorent également. En France, certaines études utilisent le séquençage de l’ADN des diatomées ou des échantillonneurs passifs – des membranes implantées dans le milieu permettant de quantier sur une période déterminée le flux de molécules. « Ainsi, plutôt que de venir faire des échantillons ponctuels où parfois on pourrait passer à côté d’une pollution, les échantillonneurs restent dans le milieu sur quatre, cinq ou six mois et nous permettent de quantier précisément la concentration », explique Sébastien Cachera.

“ON A TROIS JOYAUX ÉCOLOGIQUES EN SAVOIE ET HAUTE-SAVOIE : LE LÉMAN, LE BOURGET ET LE LAC D’ANNECY.” Yannick Prebay, directeur de la délégation de Lyon de l’Agence de l’eau

LES COLLECTIVITÉS ET INDUSTRIES EN LIGNE DE MIRE

L’agriculture n’est pas seule responsable de la pollution des cours d’eau. Les collectivités ont également une part de responsabilité, notamment en ce qui concerne l’usage de pesticides. C’est pour réduire leur impact que la nouvelle loi relative « à la transition énergétique pour la croissance verte » est entrée en vigueur le 1er janvier 2017. Les collectivités territoriales ne peuvent désormais plus utiliser de produits phytosanitaires pour l’entretien des espaces verts, des forêts, de la voirie ou des promenades.

LES ENJEUX DE DEMAIN

Pour autant, la pollution par les pesticides n’est pas la seule cause de dégradation des cours d’eau. Ils peuvent aussi être touchés par des substances dangereuses liées aux activités économiques. Des opérations sont déjà menées dans nos départements, notamment sur l’Arve, en Haute-Savoie. Depuis plus de dix ans, les collectivités et les acteurs impliqués dans la qualité de l’eau ont mis en place un dispositif d’aide aux industriels an qu’ils investissent pour moins polluer l’eau et les rivières dans le cadre de l’opération Arve Pure, pilotée par le Syndicat mixte d’aménagement de l’Arve et de ses affluents (SM3A).

Au-delà des pesticides et des pollutions des réseaux d’assainissement, qui devraient être fortement atténués d’ici 2027, la région devra faire face à de nouveaux enjeux pour conserver un bon réseau global et éviter les pénuries d’eau, dans un contexte où les effets du changement climatique commencent déjà à se faire sentir. « Dans nos départements, il y a trois territoires où l’on estime qu’il sera plus compliqué de maintenir l’eau dans les rivières tout en conservant son caractère potable : le bassin des Usses en Savoie ; tous les affluents du lac du Bourget en Savoie ; et le Pays de Gex. Avec le changement climatique et le fait que la neige fondra plus tôt, on aura des phénomènes très critiques l’été, avec beaucoup moins d’apport de la fonte des neiges, et des problèmes d’eau l’été », anticipe Yannick Prebay.

L’autre enjeu, c’est la gestion des milieux aquatiques et la prévention des inondations qui sont appelées à devenir de plus en plus fréquentes, en raison encore une fois des évolutions climatiques. Et Yannick Prebay de conclure : « Pour qu’une rivière fonctionne bien et soit capable de gérer les crues, il faut retrouver un fonctionnement naturel de nos rivières en leur redonnant de l’espace. Ainsi, elles seront plus à même de gérer les pollutions et les pics de crue. À l’inverse, grâce à des annexes fluviales, l’eau pourra être stockée et redonnée en période de manque d’eau, comme en été. »

UNE RÉGION PROPICE AU THERMALISME

La richesse en eau de notre région en fait un lieu privilégié pour le thermalisme. An de développer ce capital, le conseil régional d’Auvergne-Rhône- Alpes a lancé en novembre 2016 le Plan thermal régional 2016-2020 qui a pour but d’accompagner les stations thermales dans leurs projets de développement. Doté d’un budget de plus de 20 millions d’euros, il vise en premier lieu à soutenir l’investissement nancier des stations. Il comprend également des actions visant à valoriser les offres des stations thermales auprès des clientèles françaises et étrangères.

Le thermalisme reste un fort enjeu économique et touristique. En 2017, 8,3 millions de voyageurs bien-être français et internationaux supplémentaires sont attendus en France. En Auvergne-Rhône-Alpes, 24 stations accueillent 130 000 curistes par an et génèrent 18 000 emplois directs et indirects. La Savoie, la Haute-Savoie et l’Ain comptent huit stations : Divonne-les- Bains, Aix-les-Bains, Brides-les-Bains, Challes-les-Eaux, Léchère-les-Bains, Évian-les-Bains, Saint-Gervais Mont- Blanc et Thonon-les-Bains.

FORÉZAN : LE PLAN D’EAU OFFICIELLEMENT FERMÉ

C’est désormais ofciel, le plan d’eau du Forézan, à Cognin, va fermer. La question animait les conversations depuis quelques années dans la commune savoyarde, ses habitants redoutant la fermeture de ce lieu de baignade si prisé durant l’été. « Je le regrette fortement car c’était apprécié par les habitants de Cognin, mais aussi par des gens qui venaient de loin, de Haute-Savoie, de l’Isère, explique Florence Vallin Balas, la maire de Cognin. Il y a un côté social important : certains ne partent pas en vacances et y font une baignade. Mais là, on a touché la limite du possible sur le plan réglementaire. »

Situé dans le parc du Forézan, le plan d’eau ne peut plus être exploité comme un lieu de baignade en raison du non-respect des normes. Depuis plusieurs années, la mairie recevait régulièrement des remarques des autorités. Il y a quelques semaines, le couperet est tombé : un courrier de la direction départementale des territoires informe la municipalité que le fonctionnement du cours d’eau est devenu incompatible avec le respect des exigences réglementaires. « On était vraiment limite. Jusqu’à maintenant, on a eu de la chance. Chaque fois que l’on a fait des prélèvements, il n’y a pas eu de problèmes, mais le dispositif de ce plan d’eau n’était plus du tout aux normes de l’Agence régionale de santé. »

Ces normes varient en fonction du type de baignade, selon qu’il s’agisse de baignades en eaux “captées” et “captives”, ou de baignades dites “naturelles”, comme dans un lac. « Nous étions dans ces eaux captives qui sont soumises à une réglementation très stricte, qui est presque du ressort de la piscine. L’eau de surface doit être régulièrement relevée, il faut un certain renouvellement d’eau par baigneur, et tout cela, on ne l’avait pas », explique Florence Vallin Balas. « On a joué avec le feu pendant quelques années. Les analyses hebdomadaires étaient plutôt bonnes, même si quelques fois c’était un peu médiocre. Le plan d’eau n’étant pas fermé, les gens venaient se promener le soir et les chiens plongeaient dedans. Il était donc impossible de continuer comme cela. »

En plus de ce non-respect de ces normes sanitaires, d’autres obstacles à la mise en eau du bassin sont apparus, comme la baisse des dotations aux collectivités locales, mais aussi et surtout le fait que la Savoie ait été placée depuis l’hiver en situation de vigilance vis-à-vis de la sécheresse, tant pour les eaux superficielles que souterraines. L’hydrologie du Forézan a été directement impactée, le cours d’eau présentant des débits inférieurs au débit minimum biologique. Ainsi, le plan d’eau du Forézan ne sera pas mis en service cet été. Cependant, il continuera de rafraîchir les habitants de Cognin durant les chaudes journées. La mairie travaille en effet depuis un an sur un aménagement pour le transformer en espace aquatique qui consommera peu d’eau, avec des jets rafraîchissants, un parc de jeux et des aménagements paysagers.

“ON A TOUCHÉ LA LIMITE DU POSSIBLE SUR LE PLAN RÉGLEMENTAIRE.”
Florence Vallin Balas, maire de Cognin

PAVILLON BLEU : LA PLAINE TONIQUE LABELLISÉE POUR LA PREMIÈRE FOIS

Le palmarès 2017 du label Pavillon Bleu vient d’être publié, dévoilant que la base de loisirs La Plaine tonique est labellisée pour la première fois. Une récompense pour « les efforts de la communauté de communes, gestionnaire du site, en faveur du développement durable », explique le label sur son site. « Engagée de longue date dans la préservation de l’environnement, l’intercommunalité s’est lancée dans l’élaboration d’un agenda 21 dès 2001. Tout au long de l’année, elle mène des actions pour améliorer la gestion de l’eau, favoriser l’usage des transports alternatifs, réduire et trier les déchets. »

“SELON 8 FRANÇAIS SUR 10, LE PAVILLON BLEU EST UNE GARANTIE DE PROPRETÉ DES PLAGES ET DE QUALITÉ DES EAUX.”
Sondage BVA pour le Pavillon Bleu

LES CRITÈRES D’OBTENTION

Pour obtenir ce label, il faut remplir plusieurs conditions. Pour les plages, il faut une eau de baignade de “qualité excellente” avec cinq contrôles par saison, un point d’eau potable, des poubelles sur la plage, la collecte sélective d’au moins trois types de déchets, une politique de recyclage et la mise en place d’actions d’éducation à l’environnement. Pour les ports, les critères concernent la prévention des pollutions et le traitement des déchets, ainsi que le traitement des eaux usées des bateaux, des boues de dragage ou des liquides polluant les cales. Le label Pavillon Bleu, un programme de la Fondation pour l’éducation à l’environnement en Europe, est présent dans 47 pays. L’ensemble des lauréats Pavillon Bleu en France et à travers le monde s’engage à limiter l’impact des activités touristiques et maritimes sur l’environnement et à économiser les ressources.


Dossier réalisé par Romain Fournier

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