Suisse en Suisse, Français en France et Brésilien au Brésil, l’héritier de Sandoz se partage entre la Suisse et le Nordeste où cet administrateur de Novartis et Syngenta pratique l’agriculture biologique:
«Je suis ravi d’être schizophrène et d’avoir un pied dans les deux mondes!», déclare-t-il dans un film qui lui est consacré et présenté au Festival de Soleure.

Personnage riche dans tous les sens du terme, chaleureux, généreux, suractif mais empli néanmoins de quelques contradictions, Pierre Landolt méritait bien les feux des projecteurs. C’est désormais chose faite avec le film de la Valaisanne Emmanuelle de Riedmatten pour cet homme qui a plutôt recherché jusque-là la discrétion que la surexposition médiatique. Sa mère Nicole, une nonagénaire qui n’a pas sa langue dans la poche, le dit avec la franchise qui la caractérise: «Il ressemble à son grand-père. Il faut toujours courir derrière lui, si on veut être avec lui. Il est exquis, mais compliqué…».
Riche en termes d’argent, Pierre Landolt l’est, même s’il ne roule pas en Rolls-Royce et ne collectionne pas les yachts de plaisance. Mais il est l’héritier, par le biais de la Fondation de famille Sandoz qu’il préside, d’une fortune d’une bonne demi-douzaine de milliards de francs. Elle possède notamment 3 % des actions du groupe pharmaceutique Novartis, formé en 1996 par la fusion des Laboratoires Sandoz et de Ciba-Geigy. Ce qui fait de Pierre Landolt – avec sa mère Nicole Landolt, née Sandoz, ses trois enfants, ainsi que la famille de son frère cadet François (un passionné de théâtre) – l’un des trois ou quatre Suisses parmi les plus riches du pays.

Petit-fils du sculpteur Sandoz
Le grand-père du côté maternel de Pierre Landolt est le peintre et sculpteur animalier Edouard-Marcel Sandoz, le fils du fondateur de Sandoz à Bâle, qui a créé en 1964 une fondation de famille prônant l’esprit d’entreprise et l’innovation, de même que le respect de la tradition industrielle suisse. Présente dans la banque, la pharmacie, la haute horlogerie, les télécommunications et l’hôtellerie de luxe, la famille Landolt se trouve en très bonne compagnie avec d’autres héritiers de groupes pharmaceutiques comme Ernesto Bertarelli et la famille Oeri-Hoffmann.
Mais une bonne partie de l’existence de Pierre Landolt se passe dans le Nordeste brésilien, où il pratique l’agriculture biologique et l’élevage «doux» de bétail d’origine suisse, comme il le fait dans les Alpes vaudoises, à Rossinières où il a acquis deux chalets d’alpage pour y produire, avec sa fille aînée Charlotte, des tommes de chèvre et des plantes médicinales.

La problématique des OGM
Sur son identité, Pierre Landolt affiche pleinement sa multi-culturalité: «J’ai trois nationalités. Suisse en Suisse, Français en France et Brésilien au Brésil», déclare-t-il dans le film, lui qui a épousé une Française: Catherine née de Clermont-Tonnerre. Il a étudié à Paris où il a vécu intensément la période de mai 68 et il partage aujourd’hui son temps entre son domicile de La Tour-de-Peilz, au bord du Léman et sa ferme du Nordeste brésilien où il considère que c’est là «la vraie vie».
Mais c’est dans le domaine controversé des organismes génétiquement modifiés (OGM) qu’il avoue une contradiction quasi-existentielle. En tant que membre du conseil de Syngenta, leader mondial de l’agrobusiness qui a son siège à Bâle, et qui emploie plus de 21’000 personnes dans 90 pays, il soutient indirectement la recherche et le développement du marché des semences commerciales à haute valeur ajoutée. Sur le plan personnel, il fait tout le contraire et proscrit toute utilisation des OGM sur ses terres brésiliennes, où il cultive la mangue et le jatropha: «J’ai d’autres projets qui concernent le développement du maïs, de la grenade et des alicaments, toujours sans trace d’OGM».
Bien sûr, il a une réponse tout faite à cette contradiction quasi-existentielle: «Je suis ravi d’être schizophrène, explique-t-il. C’est merveilleux d’avoir un pied dans les deux mondes…».
Du reste, il ne désespère pas de voir évoluer la société bâloise dans un sens qui lui convient mieux: «Tous les chemins mènent à Rome!»
Que pense-t-il de cette image schizo qui lui colle à la peau? «La cinéaste valaisanne a eu l’entière liberté de faire son film et c’est son œuvre», réagit-il. Mais, dans son œil luit quand même la satisfaction d’être la cible d’un portrait de «personnalité plurielle» et «à la vie éclatée». Le portrait d’un homme «extra-ordinaire» qui jette des ponts entre des mondes qui s’ignorent. Olivier Grivat

Du rêve à l’action
Le film «Pierre Landolt, du rêve à l’action» commence par des images dynamiques du navigateur suisse Bernard Stamm à bord de son voilier. Comme d’autres navigateurs au long cours, ses voiles sont marquées du logo de la Banque Landolt, la banque privée lausannoise appartenant à la famille.

Pierre Landolt passe une bonne partie de sa vie à développer des projets écologiques en Suisse comme au Brésil, comme le montre le film présenté au Festival de Soleure 2009. Ce documentaire de plus d’une heure est dû à la cinéaste Emmanuelle de Riedmatten («Blandine et les siens», «Vivement samedi!»). Pour sa réalisation, la Valaisanne a suivi le personnage central pendant des mois. De Bâle où il participe aux séances des conseils d’administration de Novartis et Syngenta jusqu’au lointain Nordeste brésilien où il possède une ferme de 3000 hectares dans l’Etat de Paraïbo, dans ce territoire frappé par une semi-sécheresse.
Autre société familiale qui joue volontiers les sponsors et dont on découvre les activités dans le film, les montres Parmigiani. La marque de Fleurier, lancée avec le maître-horloger neuchâtelois Michel Parmigiani, est très présente dans le domaine du ballon à air chaud. Façade la plus luxueuse de la fortune des Landolt, le Beau-Rivage Palace de Lausanne-Ouchy, l’un des fleurons de l’hôtellerie suisse.

La famille possède aussi le plus haut des 5 étoiles d’Europe, le Riffelalp Resort, à 2222 mètres d’altitude, au-dessus de Zermatt, ainsi que le Palafitte, un hôtel dressé sur pilotis sur le Lac de Neuchâtel.

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«Je suis ravi d’être schizophrène et d’avoir un pied dans les deux mondes!»