Lorsque l’on parle de la mobilité de demain, on évoque souvent les solutions de véhicules connectés et autonomes, confortables, sécurisés ou encore partagés. Mais l’un des enjeux majeurs est aussi de savoir quelle énergie les fera fonctionner. Les ambitions écologiques convoitant l’amélioration de la qualité de l’air dans les zones urbaines et les objectifs de transition énergétique visant la réduction de la consommation d’énergies fossiles nous orientent vers un monde de moins en moins dépendant du pétrole. Mais la question de son remplacement reste d’une actualité brûlante. Encore méconnu du grand public et souvent confondu avec le GPL (gaz de pétrole liquéfié), le CNG (Compressed Natural Gas, appellation officielle auprès des garagistes et dans la signalisation routière, que l’on retrouve parfois avec l’acronyme français GNC, Gaz Naturel Comprimé), représente une véritable alternative aux carburants historiques.

>Le biogaz issu de la STEP de Fribourg exploitée par le Groupe E Celsius permet de panacher de manière renouvelable et locale le mix énergétique du carburant utilisé dans les véhicules au gaz naturel. @STEP FR – Rob Lewis Photography/Groupe E Celsius

Le CNG est le même gaz que celui qu’on utilise pour les cuisinières et les chaudières de nos habitations. Comprimé entre 200 et 300 bars et contenant essentiellement du méthane (CH4), c’est une ressource très largement disponible à l’état naturel sur la planète, extraite des profondeurs de la terre au moyen de forages. Le gaz naturel dont est issu le CNG peut également être produit grâce à la méthanisation des déchets, dans des usines de traitement des ordures ménagères, des stations d’épuration et autres digesteurs agricoles. Quand il est produit de la sorte, il est appelé biogaz et présente un bilan presque neutre en carbone. Les moteurs fonctionnant au CNG émettent 25% de CO2 de moins que ceux équipés d’un moteur essence. En outre, l’industrie gazière suisse garantit un minimum de 10% de biogaz dans le gaz (depuis 5 ans la proportion dépasse les 20%) et réduit d’autant la dépense en CO2 par rapport au moteur à essence ou diesel. Avantages non négligeables enfin, le CNG n’émet aucune odeur, aucune fumée, aucune particule fine, et les crashs tests montrent que les véhicules à gaz sont sûrs.

GPL ET CNG, DES GAZ QU’IL NE FAUT PAS CONFONDRE

Contrairement au GPL (gaz de pétrole liquéfié) qui présente certains risques d’explosion et dont les émissions de CO2 restent élevées, le CNG est un gaz plus léger que l’air. Cela permet aux véhicules qui utilisent ce carburant de ne pas être soumis à l’interdiction d’accès dans les parkings souterrains car lors d’une éventuelle fuite, le gaz naturel est absorbé par le système de ventilation, et à la différence des carburants liquides, aucun mélange explosif ne peut se former au sol.

PRINCIPE

Emmagasiné dans des bonbonnes intégrées aux véhicules, le CNG sert de carburant à n’importe quelle voiture équipée d’un moteur à explosion ou d’un moteur à combustion. Ces voitures produites en série par les plus grands fabricants automobiles ont un prix à présent à peu près équivalent à une motorisation au diesel voire même à l’essence grâce à des offres de l’importateur combinées au subventionnement de l’industrie gazière. Le consommateur économise donc dès le 1er kilomètre, le prix du gaz naturel étant durablement inférieur au pétrole (le gaz naturel carburant coûte, selon les aléas géopolitiques, entre 30 à 50% de moins que le prix du diesel ou de l’essence).

Pour ce qui est de l’autonomie, ces voitures sont dotées d’un double réservoir permettant de passer à l’autre carburant lorsque la réserve de CNG est vide. Selon le type de véhicule, il est possible de rouler jusqu’à 500 kilomètres au gaz naturel et de bénéficier d’une autonomie de presque 900 km en bicarburation.

UNE STATION SERVICE À DOMICILE

Cerise sur le gâteau, les particuliers raccordés au réseau par conduite de gaz naturel peuvent installer une station de remplissage domestique dans leur garage ou leur jardin. Ils doivent prévoir le rajout d’un compteur mais le procédé ne nécessite ni réserve de gaz naturel ni entretien particulier. Cet avantage permet à l’automobiliste de recharger son véhicule pendant la nuit et repartir le matin avec le plein.

DU MARCHÉ DE NICHE AU PRODUIT PHARE

Les différents pays européens n’ont pas accueilli ce nouveau carburant de la même façon et la densification du réseau de station d’avitaillement ainsi que le nombre de véhicules vendus en sont parfaitement révélateurs. L’Italie, qui devance l’Allemagne, a littéralement plébiscité ce carburant : 1046 stations- service distribuant le CNG installées dans des zones pertinentes maillaient l’ensemble du pays et plus de 890.000 véhicules CNG y circulaient en 2015. La Suisse, qui compte 140 stations disposées le long des principaux axes, devance la France qui ne bénéficie pour le moment que d’une trentaine de stations.

LES INCITATIONS

Cependant l’adhésion des automobilistes au CNG devrait s’homogénéiser, les pays retardataires comblant leur retard notamment par le biais des ventes des automobiles utilitaires et des incitations. Jusqu’il y a peu en Suisse, les disparités de traitements au sein de la branche gazière et des cantons ne permettaient pas au nouveau carburant de profiter d’une communication harmonisée et d’un impact suffisant pour changer radicalement des habitudes ancrées depuis plusieurs générations. Cependant, l’amorce d’un tournant radical s’est dessinée en début d’année. Le signal ? Les gaziers se sont mis d’accord pour unifier le montant de subventionnement de ces véhicules portant à une aide directe unique aux concessionnaires de CHF 2’000.- et faisant bénéficier aux clients finaux de tarifs de véhicules CNG équivalents à ceux des autres motorisations. Dans certains cas, l’industrie gazière et les principaux importateurs (Fiat et AMAG) se sont même entendus pour cumuler rabais et subventions, le tout au bénéfice du client final.

D’une manière générale, l’ensemble du secteur profite de l’arrivée sur le marché de voitures fonctionnant au CNG issu des grandes marques et venant se positionner parmi les meilleures au classement ATE Ecomobiliste, telles Volkswagen, Audi, Fiat. Dans le classement 2016, pas moins de huit voitures à gaz viennent se placer parmi les dix premières. Une annonce importante en faveur du CNG qui pendant longtemps a souffert de la problématique de l’oeuf et de la poule, d’un côté, les distributeurs de carburants réclamant l’intensification des effort chez les constructeurs pour renforcer le réseau de distribution, et de l’autre, ces mêmes constructeurs attendant le développement du réseau avant de construire davantage de véhicules roulant au CNG…

Dans certaines stations, comme à Bulle ou à Payerne, il est possible de choisir son mélange de biogaz, à 10, 25, 50 ou 100%. @Rob Lewis Photography/Groupe E Celsius

ROULER AU GAZ OU À L’ÉLECTRICITÉ ?

Depuis l’avènement des véhicules 100% électriques, on pourrait se demander s’il est encore pertinent de se déplacer avec une voiture dotée d’un moteur thermique.

Certes les véhicules électriques possèdent l’avantage majeur de ne pas dégager de gaz d’échappements, ce qui est très agréable dans nos centres-ville, et d’être considérés « propres ». Mais l’on oublie alors d’où provient le courant électrique servant à recharger les batteries de ces voitures et s’il l’on parle de batteries, d’où proviennent les terres rares nécessaires à leur production… Les véhicules au gaz naturel ont, en revanche, l’avantage de se baser sur des technologies connues et éprouvées ce qui permet d’en améliorer le bilan de leur cycle de vie et ainsi, de se positionner parmi les véhicules les plus efficients du moment. En outre, contrairement aux voitures électriques qui se présentent comme des voitures soit peu autonomes, soit très onéreuses, les véhicules au gaz sont accessibles à toutes les bourses.

CLASSEMENT ECOMOBILISTE 2016 DOMINÉ PAR LES VÉHICULES AVEC MOTORISATION À GAZ NATUREL/BIOGAZ

1. VW eco up! 1.0 BMT Gaz naturel CH
1. Skoda Citigo 1.0 Green tec CNG Gaz naturel CH
1. Seat Mii 1.0 MPI Ecofuel Gaz naturel CH
2. Audi A3 SB 1.4 TFSI g-tron S-tronic Gaz naturel CH
3. VW Golf 1.4 TGI BlueMotion DSG Gaz naturel CH
4. Lexus CT 200h Hybrid
5. Seat Leon 1.4 TGI CNG Gaz naturel CH
6. Suzuki Celerio 1.0 Unico
7. Lancia Ypsilon 0.9 TwinAir NP Gaz naturel CH
8. Fiat Panda 0.9 TwinAir NP Gaz naturel CH
9. Toyota Auris 1.8 VVT-i Hybrid
10. Citroen C1 VTi 68 S&S 5T
10. Peugeot 108 PureTech 68 S&S

Ce classement cite, toutes catégories confondues, les véhicules ayant obtenu le plus de points dans l’évaluation de l’ATE (Association transports et environnement) selon les trois critères d’évaluation de l’EcoMobiListe: émissions de CO2, de polluants et émissions sonores.

Pour plus d’info:
mobilitegaz@gaznat.ch

Dossier paru dans l’édition N° 56 du magazine L’Extension

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