Conformément à la prévision annoncée la veille par le service cantonal de protection de l’air, le taux d’ozone mesuré à Genève a connu le 19 juillet 2006 un niveau justifiant une mise en garde de la population. Ce pic de pollution s’explique par les conditions météorologiques de ces derniers jours.

Attention à votre santé
S’il est important, en particulier pour les personnes sensibles, d’adopter dans ces circonstances les comportements qui permettent de prévenir les risques pour la santé, il est également utile de mieux comprendre le contexte des pollutions à l’ozone. Pour y voir plus clair, Mme Françoise Dubas, directrice du service cantonal de protection de l’air, procède à un décryptage de cette problématique en répondant à quelques interrogations récurrentes sur le sujet.

Sommes-nous actuellement dans une situation de pics d’ozone?
Il est vrai que les niveaux de pollution que nous connaissons ces derniers jours sont élevés et que le seuil fixé par la règlementation fédérale a été régulièrement dépassé. Les concentrations mesurées correspondent à ce que l’on peut attendre à cette saison, compte tenu des conditions météorologiques que nous traversons. Bien que cet été soit plutôt caniculaire, la situation sur le front de l’ozone n’est, pour l’instant, pas comparable à ce qui s’était produit en 2003.

Est-il possible d’éviter tout dépassement de la valeur limite horaire de 120 µg/m3?
A court terme, il faut admettre que non. En effet, il existe une accumulation de polluants primaires (oxydes d’azote, composés organiques volatils) importante qui alimente la formation d’ozone dès que des conditions météorologiques particulières sont réunies (fort ensoleillement, températures élevées, absence de vent). Il faut toutefois souligner que 75 % à 80 % de l’ozone enregistré est formé à partir des émissions dues aux activités humaines, notamment le trafic routier. Il est donc possible de prendre des mesures préventives pour limiter ces émissions polluantes si l’on veut parvenir à respecter durablement la limite fixée par la loi.

Comment ont évolué les émissions de polluants à l’origine de l’ozone au cours des dernières années?
Les mesures de limitation des émissions d’oxydes d’azote et de composés organiques volatils (COV) prises par la Confédération et par les Cantons depuis plus de 15 ans ont permis d’atteindre une diminution de 40 % à 50% de ces polluants, conformément aux engagements pris par la Suisse dans le cadre du Protocole de Göteborg. Grâce à ces actions, on constate que le nombre de dépassements de la valeur limite pour l’ozone tend à baisser, même si les conditions météorologiques, variables d’une année à l’autre, exercent également une influence importante. Malgré ces résultats encourageants, des efforts supplémentaires doivent encore être faits pour éviter tout dépassement de la valeur limite pour l’ozone en été.

L’ozone entraîne-t-il réellement des effets sur la santé?
La recherche concernant les conséquences de l’ozone sur la santé progresse, notamment à la demande de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Outre les effets sur le système respiratoire, on sait maintenant que l’ozone peut être à l’origine de troubles cardio-vasculaires et de morts précoces. L’Office fédéral de la santé publique estime qu’entre 150 et 300 personnes ont trouvé la mort en Suisse lors de la canicule extraordinaire de 2003 à cause de la concentration élevée d’ozone. Ce gaz est particulièrement dangereux pour les personnes les plus fragiles (jeunes enfants, personnes âgées, asthmatiques, personnes sujettes aux allergies) mais une partie significative de la population peut également être victime de symptômes désagréables – gêne respiratoire et picotements des yeux – qui n’ont rien d’imaginaires. Il est toutefois important de souligner que les taux d’ozone enregistrés actuellement ne représentent pas de danger pour la majorité de la population.

Quelles sont les mesures prévues à Genève en cas de pics d’ozone?
Lorsque la concentration d’ozone dépasse les 180 µg/m3, la population est informée par le biais de médias afin de prévenir les comportements à risques – les efforts physiques pendant les périodes de chaleurs – et de promouvoir les comportements susceptibles d’améliorer la qualité de l’air. Au cas où le taux de 240 µg/m3 devait être atteint pendant trois heures consécutives, des mesures restreignant la circulation – vitesse maximale sur l’autoroute réduite à 80 km/h et circulation alternée – peuvent être adoptées. L’introduction de la circulation alternée implique la mise en place d’un dispositif lourd qui induit des contraintes pour la population. Elle ne peut donc être mise en œuvre que lorsque la situation le justifie.

Limiter la vitesse sur les autoroutes à 80 km/h, est-ce vraiment utile?
On sait que la limitation de la vitesse est d’autant plus efficace qu’elle est appliquée à large échelle; il est vrai que, même introduite sur l’ensemble de la Suisse, elle ne ferait diminuer à court terme le taux d’ozone que de 1 à 2 %. Il faut rappeler que, quelque soit sa concentration, l’ozone n’est jamais
inoffensif : parvenir à réduire son taux – même légèrement – est bon à prendre pour les personnes sensibles. Une telle mesure peut également avoir un effet en termes de sensibilisation et ainsi encourager une partie de la population à reconsidérer certains comportements susceptibles de menacer la qualité de l’air. En outre, cette réduction de la vitesse permet de diminuer d’environ 5 à 10 % la formation de NO2 issu des pots d’échappement. Or ce gaz, qui est lui-même à l’origine de troubles respiratoires, est l’un des précurseurs de l’ozone : si les émissions de ce gaz diminuent, les concentrations d’ozone seront à terme moins prononcées.

Les mesures d’urgence prévues à Genève sont-elles symboliques?
En situation d’urgence, il n’est pas inutile d’agir, même si les effets que l’on peut obtenir ne sont ni spectaculaires ni instantanés. En cas de pic d’ozone, la circulation alternée peut être considérée comme l’une des mesures les plus efficaces.

Adopter les bons comportements
Chacun peut agir pour contribuer à prévenir un pic de pollution à l’ozone en privilégiant les modes de transports les moins polluants (marche, vélo, transports publics) et en choisissant des produits de bricolage et d’entretien sans solvants. Pendant un épisode de pollution, il est recommandé de réduire les efforts physiques en deuxième partie de journée. C’est encore plus vrai pour les enfants en bas age, les personnes âgées ou connaissant des difficultés respiratoires. En cas de gêne respiratoire, ces personnes ne devraient pas hésiter à consulter un médecin.

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A l’instar d’autres grandes villes, le taux d’ozone mesuré à Genève a connu le 19 juillet 2006 un niveau justifiant une mise en garde de la population