La nouvelle photo officielle des 7 élus aux plus hautes charges suisses n’a pas manqué d’interroger certains médias. Que signifient donc ces postures? Que révèlent la forme et le sourire affiché en considération de la nature intrinsèque de ces personnes qui vont intervenir dans la vie d’un pays.

La caractérologie est assurément, quand elle est sérieuse, l’héritage de cette caractérologie scientifique à laquelle Darwin a consacré sa vie, et son dernier livre sur l’expression des émotions est toujours incroyablement d’actualité. Une des premières lois est la réaction de tout être humain face à l’ingérence de celui qu’il considère plus ou moins comme un intrus dans le territoire qu’il estime posséder.

Le danger émotionnel, intellectuel, mais surtout sociopolitique vient pour les conseillers, ici, du photographe, qui est comme le messager du public à qui il convient de donner la meilleure image de soi. C’est ainsi que chacun des acteurs va révéler, quelle que soit sa volonté de dissimuler son identité intrinsèque, ce qu’il convoite de l’idéal de lui-même et ce qu’il aimerait vraisemblablement qu’on admire, respecte, ou au moins considère chez lui.

La sémantique de la pose
Ainsi la pose, la posture, savamment construite pour l’artifice d’une présentation optimale, va justement révéler le registre le plus inconscient et le plus vrai dont il est certain, comme l’a si bien démontré le psychiatre psychanalyste Carl Gustav Jung, que ce que l’on tend à extravertir comme fonction, caractère ou comportement se trouve exactement révéler, à l’inverse, l’importance de sa fonction opposée. Ainsi l’introverti cherche toujours à s’extravertir, le grand sensible à paraître dur et froid, le sensoriel primaire à jouer de l’intellection, et le sentimental souffreteux à s’identifier aux cyniques, comme ces flics au coeur tendre, le ciel en soit loué…

Le faux dur, hyper sensible
Ueli Maurer, le petit dernier conseiller: il se présente de profil car il manque de place pour tenir sur la photo, mais sa position oblique trahi la concession potentielle par rapport au visage qui prétend faire face, car le bras droit ne pend pas naturellement mais se surélève avec la main à demi fermée, signifiant la protection à l’évidence défensive largement confirmée par la main gauche dans la poche où l’on recherche, comme les trois quart des conseillers, la chaleur sécuritaire des régions intérieures.

Le masque du sourire
Nettement plus de face, la conseillère Micheline Calmy-Rey protège la partie émotionnelle (cœur-poumon) en serrant très fort ses bras sur sa poitrine. Ce n’est pas une protection directement sexuée puisqu’elle est largement masquée par les vêtements d’homme qu’elle porte quasiment en permanence, ce qui serait plutôt une négation permanente de sa féminité. Mais comme les doigts ressortent sur le biceps gauche, ce croisement indique en plus du geste d’auto-protection sécuritaire, la volonté d’imposer justement ses sentiments en réplique à ces chefs Amérindiens dont on aimerait qu’elle ait le courage…

L’émotif introverti
Maurice Leuenberger serait-il gaucher cortical? Car il est rare que sur une photo officielle, la main droite et son bras, censé pour un homme être l’instrument d’action, se cache dans une poche, d’autant qu’il présente justement son côté gauche sur la photo, comme Doris Leuthard, mais qui est une femme… Qui sait, une latéralité inversée peut être inconsciente, mais il est certain que la féminité tempéramentale de M. Leuenberger est manifeste dans cette posture aux pieds sagement ramenés vers l’intérieur. Regardez bien le tronc qui a pivoté en arrière plus que les jambes: apparence de fermeté, force d’esquive.

Le nerveux contenu
Hans Rudolf Merz. Le président ressemble un peu à Louis de Funès dont il a sûrement la vivacité et l’opportunisme, mais la loi d’un crâne relativement important par rapport à un corps plus fragile démontre une force d’intellection certainement supérieure à la puissance d’aptitude aux réalisations qu’elle engendre. Là encore, la main droite dans la poche mais moins enfoncée, vise plus à se donner l’air décontracté qu’elle s’enfonce pour se rassurer car elle peut très vite sortir en cas de menace du milieu environnant. La petite pochette, elle, c’est le souci de la convention…

La sensation extravertie
Doris Leuthard ne se cache pas le sexe avec une main gauche sous une main droite mais simplement se donne la main à elle-même sur son giron par simple exercice cynétique. Comme elle est naturellement extravertie, elle se veut par compensation «rentrée», sérieuse, pour la fonction mais ne peut s’empêcher d’être la plus fantaisiste des trois femmes. Sa coiffure, son collier, sa veste gansée, et son rouge à lèvre sont considérés en caractérologie comme des signaux sexuels secondaires.

Le mâle dominant
Pascal Couchepin: en éthologie, on l’appellerait l’alpha d’une meute, d’un troupeau, car c’est bien le mâle dominant, non seulement par la taille, mais par un comportement quasiment militaire et au garde à vous, qui ne craint pas de sortir les deux mains des poches. Le sourire lui est vraiment difficile ce jour-là et cela se voit. Quant au rayé rose de la cravate, que dire? Peut-être son épouse du terroir au cœur tendre?

La petite dame de fer
Evelyne Widmer-Schlumpf: ces yeux exhaussés si singuliers bien que largement encapuchonnés de leurs paupières appartiennent souvent aux hyper-thyroïdés hyper-actifs. Sa sobriété est authentiquement remarquable et c’est sûrement la personne qui forme le meilleur lien entre sa nature intrinsèque et la nature obligée par la fonction acquise. Evidemment, les mains derrière le dos ne cachent pas les fesses puisqu’elle se présente de face, et d’ailleurs pour le confirmer, il est une règle générale en gestologie qui fait que le regard extérieur tend toujours à observer les régions où se trouvent les mains par un réflexe archaïque très puissant.
Mais là, elle est devant un photographe, et au contraire ne craint pas d’exposer comme une offrande, un corps dont la sobriété et le vêtement sont largement suffisants pour ne pas avoir à protéger une éventuelle ardeur érotique flamboyante…

Une collection d’ego ou une équipe?
Le plus intéressant sans doute dans cette «équipe», c’est qu’on n’observe absolument pas de gestes synergétiques à l’autre ou aux autres, ce qui impliquerait une vraie ambiance d’équipe (comme sur la photo du G8).
Une collection d’egos n’est pas une société. Une main dans une poche pour un homme exposé, c’est aussi la menace potentielle de sortir une arme cachée à l’intérieur. Dans un haut poste public, cela révèle une éducation sommaire. Quant aux dames, comment défendre la féminité qui n’est pas le féminisme, si ce n’est en l’assumant dans son corps. Marilyn Monroe l’a sans doute payé de sa vie.

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Le Conseil fédéral in corpore (de gauche à droite): le conseiller fédéral Ueli Maurer, la conseillère fédérale Micheline Calmy-Rey, le conseiller fédéral Moritz Leuenberger, le Président de la Confédération Hans-Rudolf Merz, la conseillère fédérale Doris Leuthard (vice-présidente), le conseiller fédéral Pascal Couchepin, la conseillère fédérale Eveline Widmer-Schlumpf, la chancelière de la Confédération Corina Casanova