Quel bilan tirer des dernières élections fédérales? Invité au Club Suisse de la Presse le lendemain des élections dans le but d’éclairer les correspondants étrangers, qui ont étroitement suivi la campagne, le professeur lausannois Yannis Papadopoulos a insisté sur la continuité et la capacité de résilience du système suisse.

La concordance reste en effet un passage obligé de la politique suisse. A court terme, soit durant la dernière législature, l’UDC n’a que très peu augmenté son opposition aux projets gouvernementaux alors que le parti socialiste a doublé son opposition aux projets des autorités (de 15% à 37.5% pour le referendum obligatoire et de 65% à 80% pour le soutien aux initiatives populaires).

En revanche, si l’on analyse les choses sur le long terme (périodes 1971-1979 et 1995-2003), il apparaît clairement que le PS est resté stable alors que l’UDC a massivement augmenté son rôle oppositionnel et fortement contribué à la polarisation du système. Toutefois, tant que le centre-droit conservera la majorité aux Conseil des Etats, ce qui est toujours le cas, toute dérive vers les extrêmes sera évitée.

Condamnés à s’entendre!
En effet, on n’a pas observé de glissement à droite des partis du centre, qui conservent une bonne partie de leur influence malgré leur affaiblissement. Car la concordance ne s’exerce plus tant au Conseil fédéral qu’au Parlement, dans la mesure où rien ne se décide sans le centre. De larges coalitions, soit entre le centre et l’UDC (45 % des cas), soit entre le centre et le parti socialiste (25% des cas), permettent au système de rester gouvernable deux fois sur trois.

En résumé, il apparaît que 1/ la crise de la concordance rend le fonctionnement du système de décision plus difficile; 2/cette évolution déteint sur les rapports sociaux entre patronats et syndicats, dont les relations se tendent, comme c’est le cas par exemple pour les conventions collectives comme celle du bâtiment; et 3/ les acteurs sont toujours condamnés à s’entendre car ils ne peuvent rien tout seuls. Le changement ne doit pas masquer la continuité, conclut avec philosophie le professeur Papadopoulos.

Vivre en russe
Avec le professeur Georges Nivat, slaviste bien connu de notre université, c’est le monde russe qu’on découvre. Il vient de publier deux livres («Vivre en russe» à l’Age d’homme et «Les sites de la mémoire russe» chez Fayard) dans lesquels il analyse les grands mouvements, lieux de mémoire et mythes, qui ont façonné l’univers culturel des Russes. Avec, à quelques semaines des prochaines élections parlementaires à la Douma, des questions inévitables sur la démocratie russe et le président Poutine.

Réponses nuancées: oui, le régime actuel est un mélange de démocratie et d’autocratie, très populaire parce qu’il a rétabli l’ordre, la stabilité, le crédit international et une certaine prospérité. Oui, il existe des espaces de démocratie en Russie: les élections, même formelles, sont libres, la censure n’y existe plus et la création culturelle y est libre de toute contrainte. Oui, tout cela, malgré les imperfections, s’est produit sans guerre ni effusion de sang majeure si l’on excepte le cas particulier de la Tchétchénie. Non, le Président Poutine n’avait aucun intérêt à faire exécuter Mme Politovskaïa et M. Litvinenko, dont la mort programmée le desservait bien plus que ses adversaires au sein des organes du pouvoir russe.
Par Guy Mettan, Directeur exécutif du Club suisse de la presse

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Avec le professeur Georges Nivat, slaviste bien connu de notre université, c’est le monde russe qu’on découvre