Exit la Commission Cantonale pour l’Intégration des Personnes Handicapées, constituée dans le cadre de l’entrée en vigueur de la LIPH en 2004 (K 1 36 – loi sur l’intégration des personnes handicapées) et mandatée pour seconder le Conseil d’Etat dans la mise en place de sa politique globale en matière de handicap.
Cette dissolution fait partie des 83 mesures d’économies planifiées par le Conseil d’Etat. Elle va être entérinée par le Grand Conseil avant la fin de l’année.

Le PL 10061 prévoit que cette commission laisse sa place à la Commission Cantonale d’Indication (CCI), plus restreinte et créée pour répondre aux exigences de la nouvelle répartition des tâches entre la Confédération et les cantons (RPT) dès janvier 2008. Elle vise a être un « guichet unique » formé d’experts qui seront chargés de répertorier et de planifier les besoins en termes de placements (lieu de vie et de travail).
A une plateforme actuelle réunissant les différents milieux concernés par la politique du handicap à Genève et faisant force de propositions succèdera donc un service de planification.
A l’unanimité, les membres de la Commission LIPH s’étaient prononcés contre sa dissolution et tous déplorent la perte de ce lieu unique de concertation et par là, la perte de démocratie dans les processus de décisions (il n’y n’a plus de lieu où les représentants du terrain peuvent s’exprimer et échanger avec les représentants politiques et des représentants d’usagers).

L’intégration nécessite des moyens, des investissements largement pensés
Les milieux concernés sont alarmés et craignent que la loi ne puisse pas être appliquée. L’introduction de la LIPH a représenté un pas en avant important puisque, jusque là, la prise en charge des personnes handicapées à Genève ne bénéficiait pas d’une réflexion politique et publique – or, une période de régression s’annonce. La LIPH est une loi cadre qui favorise l’intégration. Comment y parvenir?

Quelles pourraient être les conséquences des mesures d’économies pour l’accompagnement des personnes en situation de handicap (physique, sensoriel, mental, psychique) dans les différentes étapes de leur vie?
En effet, dans la réalité des usagers, de leurs familles et des professionnels, intégration ne peut pas rimer avec économies ni rester un concept alibi sans vision à long terme. La prévention de l’exclusion en favorisant l’accès aux infrastructures, à la formation, à la vie professionnelle et socioculturelle nécessite des moyens spécifiques et représente un coût et un investissement.

Or, actuellement, sur le terrain, on assiste à une baise des effectifs dans les équipes d’accompagnement (diminution de 5% dans la fonction publique alors que la population augmente), à un glissement vers une banalisation des compétences nécessaires à l’accompagnement des personnes et à un abaissement du niveau de formation, alors que les situations et les problématiques se complexifient. Le « gardiennage » est déjà une réalité dans bon nombre d’institutions : il n’est souvent plus possible d’accompagner des personnes dans un projet concret, pédagogique et d’en assurer le suivi.

Si l’externalisation de certaines prestations et thérapies, si l’engagement de personnel non qualifié, voire peu formé, représentent des économies à court terme, la question est de savoir si c’est un bon calcul à long terme. Les risques de voir baisser la qualité des prestations, de voir diminuer la bientraitance, de négliger la sécurité ou de voir le nombre d’hospitalisations en psychiatrie augmenter, d’assister à la démotivation et au burn out chez les professionnels et à des pertes dans la transmission des savoirs et savoir-faire professionnels, sont bien réels.

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L’intégration nécessite des moyens d’investissements