15% de part de marché de l’enseignement (en général) pour les Écoles Privées (EP) à Genève: que vous inspire ce chiffre?
Ce n’est pas quelque chose qui nous étonne car ces chiffres sont publiés année après année. On voit que la part des élèves, ou des parents d’élèves qui choisissent l’enseignement privé augmente régulièrement. Maintenant, je crois que le chiffre qui est le plus important et qui pour nous était finalement une heureuse surprise c’est cette croissance de 40% des effectifs sur les sept dernières années. Par rapport à la croissance démographique du canton, ces 40% sont vraiment le chiffre sur lequel il faut s’arrêter.

50% de ces 15% sont des clients indigènes, autrement dit des familles résidant à Genève. Vous attendiez-vous à une telle proportion?
En ce qui concerne l’Ecole Moser, la proportion est encore plus élevée puisque nous n’offrons qu’un seul type de diplôme – la maturité suisse. Nous avons certes dans notre école une quarantaine de nationalités différentes issues de familles installées en Suisse mais pour la grande majorité il s’agit de familles suisses ayant opté pour ce type de diplôme. Que 50% de cette population des EP soit indigène, c’est vrai que je ne pensais pas cette proportion aussi grande! C’est intéressant de voir que le sentiment qu’ont aujourd’hui certains politiciens ou responsables de l’enseignement public, à savoir que les Écoles Privées n’ont pour clients que des étrangers à la Cité ou des collaborateurs des grandes firmes internationales, est erroné… Il n’y a, finalement, toutes écoles privées confondues, qu’une famille sur deux qui est étrangère au canton.

Ce rapport commandé par l’Association Genevoise des Écoles Privées (AGEP) n’a pas pour but de soulever la polémique; néanmoins j’imagine que vous avez tout-de-même quelques idées, commentaires ou doléances à formuler…?
Oui: le but de ce rapport était de faire prendre conscience à la population du poids et de cette présence importante de l’enseignement privé à Genève. Je crois qu’il s’agissait surtout de cela: de même qu’il y a à Genève des musées privés et des musées publics, il existe également des écoles privées à côté des écoles publiques. C’est finalement un bien commun, il s’agit d’une valeur-ajoutée pour l’ensemble de notre canton et cela n’est peut-être pas encore assez marqué dans l’esprit des gens. Il ne s’agissait en aucun cas de mettre en évidence des dysfonctionnements de l’école publique ou un quelconque rush sur les EP; c’est plus vraiment l’idée d’une prise de conscience et l’AGEP a commandité ce rapport dans ce sens-là pour faire avancer un peu le regard des politiques et de la population sur la présence de l’enseignement privé et de ce qu’il apporte à l’ensemble du canton.

Le canton de Bâle-Campagne verse Frs. 2’500.-/an/élève aux parents des élèves qui fréquentent une EP. Pouvez-vous nous donner 2 bonnes raisons pour introduire pareille mesure dans le canton de Genève?
Deux bonnes raisons… il y en a sûrement! Mais je pense que c’est davantage aux politiciens ou à ceux qui veulent stimuler l’enseignement privé de les trouver. Je pense qu’il faut rester lucide; ce rapport met en évidence un point important: l’enseignement privé à Genève fait économiser à l’Etat la somme de 200 millions par année. Donc en 10 ans, 2 milliards. Les parents qui choisissent l’enseignement privé paient leurs impôts comme tout-le-monde et paient, en plus, l’écolage. Alors bien-entendu certains politiciens rétorqueront que c’est comme les voitures: si vous voulez une grosse voiture vous pouvez en acheter une, cela ne vous empêchera pas de participer au financement des transports en public! En fait ce n’est pas tout-à-fait correct d’argumenter de la sorte car les transports en public tout-un-chacun les paie s’il entend les utiliser… Ils ne sont pas gratuits! Alors que l’école constitue aujourd’hui la seule prestation de l’Etat entièrement gratuite. Donc pour celles et ceux qui choisissent l’enseignement privé le coût est réellement très élevé. Alors je pense que ce serait un signal fort de la part de l’Etat envers les parents-contribuables qui ont fait ce choix de confier leur enfant à une EP de leur accorder une subvention – qui n’a rien de symbolique – de Frs. 2500.-/enfant/année, comme par exemple le fait le canton de Bâle, ce qui constitue déjà une aide pour les coûts de nourriture ou de livres; il faut savoir que tout le matériel scolaire que nous devons acheter, même si nous utilisons les mêmes ouvrages que ceux des écoles publiques, est refacturé aux parents et c’est tout ça, je l’espère, qui fera l’objet d’une nouvelle réflexion grâce à cette étude. En conclusion, oui: de mon point-de-vue il serait assez juste que quelque chose se passe sur ce plan-là.

Le rapport avance le chiffre de 3’000 emplois générés dans le canton par les EP; combien d’emplois offre l’Ecole Moser entre ses sites de Genève et de Nyon? Ce chiffre est-il appelé à augmenter encore?
L’École Moser totalise entre ces deux sites d’enseignement un peu plus de 1000 élèves pour environ 130 collaborateurs, ce qui correspond à un plein-temps de 90 postes de travail. Ce chiffre va augmenter puisque nous avons le plaisir d’ouvrir cet automne une nouvelle section primaire à Genève. De plus nous avons fait l’expérience que plus l’école grandit, plus elle a besoin de collaboratrices, collaborateurs externes à l’enseignement proprement dit, je pense là simplement aux postes dans l’administration.

Il ressort des chiffres du Département de l’Instruction publique qu’un étudiant du Secondaire coûte environ Frs. 22’000.-/an à la collectivité; comment peut-on expliquer que ce montant soit d’environ 25% supérieur au prix de l’écolage dans les EP?
Il y a plusieurs explications à cela: certains parents vous diront que ce coût-là n’est pas beaucoup plus élevé que le coût de l’écolage de certaines EP, mais comme vous le soulevez, la majorité des EP ont des tarifs inférieurs à ce chiffre de Frs. 22’000.-. Je dirais que la raison principale est liée aux charges administratives de l’école publique: dans les cycles il y a beaucoup de doyens, il y a beaucoup de décharges horaires pour toutes sortes de tâches annexes, il y a des psychologues scolaires, des médecins scolaires… Dans les EP, les secrétariats tournent avec une ou maximum 2 personnes, la direction des EP est centralisée, il y a de temps en temps un ou deux doyens, la responsabilité de maître de classe fait partie du contrat d’engagement du collaborateur et le coût d’un enseignant dans une EP par rapport au Public est plus bas; pour ce dernier point il faut savoir que l’enseignement public genevois détient le record des salaires les plus élevés en comparaison nationale et internationale.

Le rapport montre encore clairement que, malgré la crise, les effectifs des EP ne diminuent pas: au contraire! Les listes d’attente sont toujours aussi longues… Qu’en est-il dans votre école?
Effectivement il s’agit d’un phénomène récurrent; la croissance très forte de l’enseignement privé montre que l’offre n’arrive pas à répondre à une forte demande. Si les capacités d’accueil des EP étaient supérieures, il y aurait moins de listes d’attente et encore plus d’élèves dans le privé; je pense que les chiffres sont même un peu faussés, la demande est largement supérieure à l’offre; il est toujours un peu particulier de parler de son école mais il est vrai que pour la rentrée de septembre, à l’occasion de l’ouverture de notre nouvelle filière du primaire, au lieu de 2 classes, nous aurions pu en ouvrir jusqu’à 4 ou 5… La demande est bien là et la crise ne vient pas la perturber car il est bien clair que la dernière chose sur laquelle on économisera ce sera bien la formation et la préparation d’un avenir pour ses enfants.

Quels sont à votre avis les 3 atouts majeurs des EP à Genève?
L’atout principal et la raison N°1 du succès des EP réside dans la variété des diplômes offerts. Aujourd’hui il existe une école publique qui offre un seul type de diplôme, en une seule langue. Les EP offrent cette large gamme d’alternatives qui permet à beaucoup de parents de trouver «chaussure à leur pied».
Deuxièmement: l’organisation même des EP avec l’horaire continu. C’est un atout majeur: les élèves mangent à l’école, restent durant la pause de midi sous la surveillance et la responsabilité de l’EP et ce sont là des facteurs décisifs tant pour des familles monoparentales que traditionnelles.
Troisième atout: la prise en charge des devoirs scolaires. Je crois que le jour où l’école publique prendra en charge les devoirs scolaires de manière efficace, l’égalité de chances pour tous sera enfin une réalité. Avoir dans son école un lieu où on peut faire ses devoirs avec des gens qui aident, avec des parents qui sont là pour encourager ou vérifier la bonne exécution de la tâche scolaire sont autant de réalités qui contribuent au succès de l’élève.

Et pour terminer, parlez-nous de votre perception de l’avenir immédiat pour ce qui concerne les Écoles Privées dans le canton!
L’avenir des EP est peut-être assuré pour celles qui existent déjà. Ce qui est un peu triste aujourd’hui, c’est que les conditions-cadre sont difficiles pour les EP et je dirais que les écoles existantes survivront et continueront à fonctionner de manière correcte malgré l’accroissement des tracasseries administratives… Voyez-vous, aujourd’hui, on parle de l’introduction de la TVA et il y a une multitude d’autres éléments qui rendent la tâche des EP toujours plus compliquée. Il est devenu très difficile d’implanter une nouvelle EP et ceci pour plusieurs raisons: une volonté politique réelle n’existe pas, non seulement à Genève mais également dans d’autres cantons romands, la présence des EP est plutôt tolérée que soutenue, ensuite il y a un facteur nouveau: ces cinq dernières années le coût des terrains a explosé et les règlements y relatifs tellement plus compliqués que je ne suis pas loin de nourrir quelques inquiétudes quant au développement des EP dans le canton! Enfin dernier point: l’accès au crédit pour les EP n’est pas aisé. Nous sommes considérés par les banquiers comme une catégorie de risque similaire à l’hôtellerie ou la restauration. Nous ne sommes pas perçus comme des PME stables, avec des perspectives de développement certaines et susceptibles de nous garantir un accès au crédit aux meilleures conditions. Au final, nous sommes plutôt heureux des conclusions de ce rapport et les chiffres nous réjouissent… Ces conclusions devraient permettre aux politiciens ainsi qu’aux administrations de nous aider avec un plan-cadre un tant soit peu plus favorable à l’enseignement privé à Genève, et si possible de faire des émules dans le canton de Vaud. Il y va de l’intérêt de toute une région, la Suisse romande en l’occurrence.

* www.agep.ch

Qu’est-ce que l’AGEP?

L’Association genevoise des écoles privées (AGEP) est une organisation professionnelle constituée en 1959 sur la base de statuts d’un groupement des écoles privées genevoises datant du début du siècle. L’ambition de ses membres l’a poussée, au fil des ans, à devenir un véritable forum éducatif et un instrument de formation permanente. Aujourd’hui, le rayonnement et l’autorité morale que tout le monde lui reconnaît font qu’elle joue un rôle de premier plan au sein du monde éducatif genevois.

Formations du jardin d’enfants à l’Université
La gamme éducative proposée, selon des pédagogies traditionnelles ou des méthodes nouvelles, va du jardin d’enfants à l’Université. Outre la formation classique suisse (maturité fédérale), des filières telles que le baccalauréat français, le baccalauréat international, le Reifeprüfung/Abitur allemand, le programme anglais ou le College Board Entrance des Etats-Unis sont également au menu de plusieurs institutions. Dans les écoles de langues, il est possible de préparer les principaux certificats européens reconnus, ou même de suivre un enseignement bilingue. On peut également recevoir une formation en matières commerciales, en gestion d’entreprise, en secrétariat. Cette riche palette de possibilités de formation et d’éducation s’inscrit comme une offre alternative et flexible au cadre fourni par l’enseignement public.

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L’avis d’Alain Moser, Directeur Général de l’Ecole Moser SA.