Depuis plusieurs années le Département d’instruction publique et le Conseil d’Etat, préoccupés par l’analphabétisme religieux grandissant des jeunes, évalue l’opportunité d’introduire un enseignement du fait religieux. En 2004, le Conseil d’Etat a soutenu l’idée qu’un enseignement sur le fait religieux soit dispensé dans l’Ecole publique genevoise et a chargé le DIP de poursuivre et de renforcer la formation des enseignants, d’assurer la cohérence de cet enseignement tout au long du cursus scolaire, du primaire au post-obligatoire, et de développer des lieux d’échanges sur le thème.

Les modalités pratiques de ce projet viennent d’être fixées dans un rapport de la Commission de l’enseignement accepté par le Grand Conseil (Motions M 1079-A et M 1079-B). Ce rapport rappelle combien la réflexion de Régis Debray a été décisive, notamment son Rapport sur l’enseignement du fait religieux dans l’Ecole laïque, remis en février 2002 et réalisé à la demande de Jack Lang, alors ministre de l’Education nationale.

Après avoir constaté «Une déshérence collective, une rupture des chaînons de la
mémoire nationale et européenne» et «l’effondrement ou l’érosion des anciens vecteurs de transmission que constituaient Eglises, familles, coutumes et civilités», le rapport en appellait au service public, non pour remettre Dieu à l’école, mais pour « informer des faits pour en élaborer les significations ».
Le rapport genevois va dans le même sens et cite explicitement une intervention de Régis Debray lors d’une conférence à Genève en 2003 : «C’est un fait s’impose à tous, c’est un fait d’expérience, qui se constate, que cela nous plaise ou non: il y a des cathédrales dans nos villes, des oeuvres sacrées dans nos musées, du gospel à la radio, des fêtes inscrites aux calendriers et une quinzaine de millions de musulmans en Europe. […] Un fait est observable, neutre, pluraliste.»

C’est aussi à Régis Debray que le rapport doit l’idée d’un enseignement transversal aux différentes disciplines (français, histoire-géographie, etc.). Dans un contexte de surcharge d’activité et de programmes déjà très encombrés, l’idée n’est pas d’introduire une nouvelle matière, mais c’est sur les contenus de l’enseignement, par une convergence plus raisonnée entre les disciplines existantes, et surtout sur la préparation des enseignants que doit porter l’ambition.

Si Régis Debray est ainsi le mentor du projet genevois, comment sa réflexion a-t-elle évolué depuis trois ans? A l’occasion de l’inauguration de son nouvel institut romand de systématique et d’éthique, la Faculté autonome de théologie protestante de l’Université de Genève (UNIGE) recevra Régis Debray pour une conférence, sur le thème «Les dangers d’un mot: religion». Cette conférence aura lieu le mercredi 8 novembre, à 18h30, à Uni Mail, salle M R070.

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Regis Debray