Révolution numérique : tout un monde

par | 20 Avr 2017

Comment nos modèles sociétaux évoluent au gré des mutations que nous connaissons actuellement ?

PARTENAIRES La conférence dédiée à la révolution numérique du 30 mars, était organisée par FO, en partenariat avec votre hebdomadaire économique préféré, mais également l’université Jean Moulin Lyon 3 campus de Bourg, la CCI, le groupe Apicil, notamment.« La fin d’un monde, ce n’est pas la fin du monde », énonçait Jean-Paul Delevoye, président du conseil économique et social environnemental, lorsqu’il intervenait autour du sujet de la révolution numérique, en début d’année. C’était l’époque où le conseil d’orientation pour l’emploi prenait cette problématique à bras-le-corps, pour tenter d’évaluer le plus précisément possible l’impact des nouvelles technologies sur le marché du travail. Plus proche de nous, le syndicat Force ouvrière a organisé, le 30 mars dernier, au Campus de Bourg université Lyon 3, une conférence sur la thématique de la révolution numérique. L’idée, était de chercher à comprendre comment ce nouvel usage pouvait modeler et impacter le modèle sociétal que nous connaissons et donc, le monde du travail.

Changer de paradigme

Le monde du travail va nécessairement être bousculé, bon gré, mal gré, par la révolution numérique. Comment appréhender au mieux cette tendance de fond ? Faut-il craindre pour certains métiers ? Aujourd’hui, l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économique), avance que 9 % des métiers connus aujourd’hui pourraient disparaître, tandis que 50 % devraient se renouveler. Comment accompagner ce nouveau modèle ? De la révolution industrielle à la révolution numérique, comment éviter les écueils qui peuvent survenir en matière de travail et d’emploi ?

« L’ensemble des organisations syndicales salariées comme patronales s’intéresse à cette question, souligne Pascal Pavageau, secrétaire confédéral de FO. La différence fondamentale aujourd’hui par rapport aux révolutions industrielles passées, c’est sa rapidité. L’innovation technologique et numérique peut transformer l’organisation du travail. Le problème du numérique, ne réside pas tant dans le fait qu’il impacte le travail, mais plutôt dans celui qu’il puisse détruire de l’emploi, notamment sur des postes qui présentent de faibles qualifications. » Un postulat corroboré par l’étude du conseil d’orientation pour l’emploi, mettant en avant les métiers les plus susceptibles d’évoluer rapidement : agents d’entretien, ouvriers des industries de process et ouvriers de la manutention.

Cette révolution numérique intervient au sein d’une société qui a choisi, via une tendance de fond qui s’est accélérée ces dernières années, de se désindustrialiser. Aussi, il est potentiellement envisageable d’assister à une certaine « bipolarisation » du marché du travail, avec d’un côté, des emplois hautement qualifiés mais peu nombreux et de l’autre, des emplois peu qualifiés, mais fragiles. C’est en tout cas ce que considère le Cercle des entrepreneurs. Et entre les deux, toute une classe moyenne exerce des métiers qui de toute façon, à terme, devront aussi évoluer. Le secteur des services ne sera probablement pas épargné par la révolution numérique. Alors évidemment, partant de ce principe, on peut imaginer que ce nouveau paradigme peut être un danger ou une chance. Un danger, car il va nécessiter des bouleversements importants et peut laisser craindre des écueils : disparition de certains métiers, pratiques collaboratives brouillant les frontières avec la vie privée, tendance accrue à l’individualisation du travail… Il peut également être perçu davantage comme une chance, qui présente le défi de la compétitivité et celui de l’adaptation du modèle social actuel aux nouvelles formes de travail.

La révolution numérique transformera certainement le visage de notre société.

Progrès, sous conditions

Comment peut-on anticiper ces grandes évolutions ? « La donnée va devenir une matière première aussi importante que le pétrole, considère Fayçal Abassi, expert-comptable lyonnais (cabinet Syncea), spécialiste des comités d’entreprise. Le pétrole a été le carburant de l’économie, la donnée peut, finalement, prendre ce rôle. Sauf que le pétrole n’est pas simplement un carburant, son intérêt ne tient pas en lui-même, mais dans les évolutions dont nous avons pu bénéficier dans notre société, grâce à lui. Cette révolution numérique, manifestement, a vocation à ne pas être simplement un carburant, mais à changer la manière dont nous allons vivre. »

Et de poursuivre son parallèle entre la donnée et le pétrole. « Cette donnée, il faut l’extraire, la stocker et l’exploiter. Nous sommes aujourd’hui hyper-connectés et nous produisons de la donnée. » Ces informations, croisées, renseignent sur nos modes de vie. Fayçal Abassi aborde également la question d’Uber (le beurre et l’argent d’Uber, disait Pascal Pavageau) et celle des réseaux sociaux. « Prenez Facebook, une entreprise qui marche bien, a priori sympathique, qui compte 414 milliards de dollars de capitalisation boursière pour environ 2 milliards d’utilisateurs : un utilisateur « vaut » 200 dollars. » Données, volume et sommes brasées colossales, le tout à une vitesse phénoménale. C’est aussi ça, la révolution numérique.

L’être humain manipulé ?

Comment définir précisément et d’une manière factuelle cette « fameuse » révolution numérique ? Pour Wikipédia, on appelle « révolution numérique » (ou plus rarement « révolution technologique » ou « révolution internet ») le bouleversement profond des sociétés survenu globalement, dans les nations industrialisées (notamment Europe occidentale, Amérique du Nord, Japon) et provoqué par l’essor des techniques numériques, principalement l’informatique et Internet. Cette mutation se traduit par une mise en réseau planétaire des individus, de nouvelles formes de communication (courriels, réseaux sociaux) et une décentralisation dans la circulation des idées.L’omniprésence du numérique est passée au crible d’un expert en intelligence économique. En effet, lors de son intervention à l’occasion de la table ronde évoquant ce sujet de la révolution numérique, Franck Decloquement, expert en intelligence économique et stratégique a, entre autres, évoqué l’omniprésence du numérique et ses conséquences sur notre liberté, autour de la notion « d’économie de perception ». « Quand vous lisez les informations sur Facebook, vous avez un fil d’actualité qui en fait vous envoie individuellement les choses en miroir pour tenter de vous faire agir et de vous faire faire : cliquer, consommer, augmenter votre taux d’achat pour pouvoir capter votre attention », explique-t-il.

Les réseaux sociaux et autres plateformes existants sur la Toile semblent parvenir à gérer nos perceptions jusqu’à, parfois, nous connaître mieux que nous-mêmes. Une déclaration de liberté que Franck Decloquement résume par la phrase « Vous pouvez le faire mais vous êtes libre ». D’après lui, les multiples moyens numériques mis à notre disposition et dont l’usage ne cesse d’impacter notre quotidien, ne se révèlent positifs que s’ils sont contrôlés. Problème, la marge d’intervention demeure faible sur ce dernier point.

« CLIQUER, CONSOMMER, AUGMENTER VOTRE TAUX D’ACHAT PERMET DE CAPTER VOTRE ATTENTION. »

« Certaines entités conçoivent ces outils comme des moyens de captation, des gestions de population qui produit chaque jour de la donnée et de l’information, qui peut, à terme définir une nouvelle forme d’économie », poursuit-il. L’économie de perception requiert notre capacité d’attention et de captation et définit par ailleurs le processus technologique. Toutefois, les infrastructures numériques restent aussi très sensibles, certains aspects relevant encore de la décision humaine. C’est le cas de la partie encodage, liée à l’algorithme.

« Les hommes encodent une forme, une société, une volonté de fabriquer des relations en rapport avec cette capacité à mettre le monde sous une forme mathématique », ajoute justement Franck Decloquement. De la même manière, l’évolution de la chirurgie devra garantir que la machine exécute aussi bien que l’homme l’opération chirurgicale. Si l’homme est faillible, les systèmes numériques sont aussi fragiles.


Par Myriam Denis et Sarah N’tsia

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