Salaires : pas si riches les Pays de Savoie !

Salaires : pas si riches les Pays de Savoie !

Derrière la carte postale idyllique de Savoie Mont Blanc, affichant l’image d’un territoire particulièrement gâté, la réalité n’est pas toujours aussi belle. La pauvreté y existe et même s’y développe.

Les Pays de Savoie se caractérisent par leur dynamisme économique et démographique. Sur ces territoires en expansion, les taux de chômage sont moindres par rapport au reste de l’Hexagone. Pourtant, les personnes aux petits salaires ont du mal à vivre sereinement, face à un coût prohibitif de la vie, notamment pour le logement.

Examinons le cas de la Haute- Savoie. D’un côté, Genève, de l’autre, les stations de ski, et au milieu, l’industrie. Ce département est particulièrement riche, à la 4e place française, avec 25 001 € d’unité de consommation en 2015 (21 802 € en Savoie).

En comparaison, Paris enregistre 27 856 €. Le taux de chômage frise, fin 2018, 6,4 % (idem en Savoie, 7 % à Chambéry), 7,1 % à Annemasse, 5,7 % à Annecy. Pourtant, la Haute-Savoie se montre inégalitaire, entre bas et haut revenus. Les catégories aisées frôlent les 53 250 €, les moins aisées, 12 709€ (Savoie 37 247 € et 12 210 €).

Les cadres hommes empochent un taux horaire moyen de 26,1 €, les femmes, 20,6€ (Savoie, 26 et 20,6 €), les employés et les ouvriers avoisinent les 10 € (Savoie, 11,9 € pour l’ouvrier, 10,5 € employé). Près de la frontière suisse, l’écart est de 9,9 à Annemasse et les plus pauvres y vivotent avec 577 €/mois.

En ville, dans les deux départements, ce sont les jeunes de moins de 30 ans et les familles monoparentales qui sont le plus impactés. En ruralité, les personnes seules sont les plus démunies. Près de 93 000 frontaliers travaillent à Genève, avec 9 % des actifs annéciens, et 75 % de ceux de Veigy- Foncenex.

11 700 Haut-Savoyards se répartissent dans le reste de la Suisse, notamment le canton de Vaud. Le salaire suisse moyen des travailleurs frontaliers (permis G) était, en 2016, de 5 904 CHF, variant de 4 395 à 10 866 CHF, suivant la qualification.

Gare aux emplois

Le paradoxe de ce territoire gâté est que 109 000 Haut-Savoyards, soit 13,5 % de la population, subsistent sous le seuil de la pauvreté, soit moins de 1 026 €/mois pour une personne seule (10,4 % en Savoie, 14,5 % en national). En 2018, 7 886 allocataires (5 454 en Savoie en 2017) ont touché le RSA, soit 551 €/mois pour une personne seule. « La situation se dégrade d’année en année, depuis 2010 » soutient Françoise Camusso, 1re Vice-présidente du Département, déléguée à l’action sociale, la prévention, l’insertion, la santé et au logement social.

Cette croissance de la pauvreté a flambé de 52 % en dix ans en Haute-Savoie ! Le Secours Catholique des deux départements confirme l’impact du coût de la vie sur leurs bénéficiaires. Impossible pour beaucoup de vivre dans un parc immobilier coûtant à la vente entre 3 500 et 4 500 €/m², et en location de 10 à 15 €/m². Peu de logements privés sont inoccupés et les plans locaux d’urbanisme n’ont pas assez de foncier à offrir. 2 500 personnes arrivent chaque année sur le bassin annécien, rejoignant 10 à 12 000 nouveaux habitants.

« Des familles qui veulent s’établir pour trouver un emploi, rejoindre leurs proches, profiter de la belle région… repartent. Pas de logement, pas de travail » commente l’élue. Et pour la première fois depuis longtemps, la SNR pose une banderole recherchant des salariés. Idem au Département et dans les emplois territoriaux.

« Les gens ne candidatent plus depuis deux ans. Ou s’ils sont embauchés, ils déclinent le poste, faute d’habitation. » Tous les secteurs recrutent, les transports, la vente… « La filière de la santé souffre beaucoup. Et l’attractivité de la Suisse n’est pas seule en cause. Une jeune infirmière ne peut pas venir s’installer ici, c’est trop cher ! »

Une convention Pauvreté

Si une partie de la population savoyarde s’en sort très bien, avec des revenus très confortables, environ 10 à 15 % peinent. « C’est trop ! » s’insurge Françoise Camusso. La Haute-Savoie va signer une convention Pauvreté avec l’Etat, devenant ainsi territoire pilote, « pour nous faire entendre, alerter le plus grand nombre et sensibiliser au fait que la vie peut être améliorée. »

Tous les acteurs sociaux et économiques, le Département, les communes, les chambres consulaires, les entreprises, Pôle Emploi, la Caisse d’allocations familiales, les associations… vont se regrouper. « Il faut aller vite et plus fort dans de nombreux domaines ! » conclut Françoise Camusso. Chiffres Insee, Conseils départementaux Savoie et Haute-Savoie, Fichier localisé social et fiscal, FiLoSoFi *source Ocpm département Haute-Savoie


Par Muguette Berment

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