« Se réinventer dans un monde nouveau »

par | 16 Sep 2020

La traditionnelle conférence économique de la Foire de Savoie a donné la parole à trois entrepreneurs inspirants, plaçant le sens au centre de leur démarche : Thomas Huriez pour 1083, Jérôme Caviglia pour Atemia, Clémence Maurel pour Cosse Nature.

Cette année à l’occasion de la foire de Savoie, la conférence économique a invité trois chefs d’entreprises aux profils différents mais avec un point commun : une vision propre et particulière d’un monde en plein changement. Thomas Huriez pour 1083, Jérôme Caviglia pour Atemia, et Clémence Maurel pour Cosse Nature sont tous partis « d’une feuille blanche » pour créer leur business model. Trois secteurs différents – textile, tourisme, déchet – qui sont la preuve que l’on peut entreprendre de façon raisonnée en matière d’écologie et d’économie circulaire.

1083

Thomas Huriez fondateur de 1083.

Quand il ouvre sa première boutique de vêtements bio équitable à Romans-sur-Isère en 2007, Thomas Huriez ne rencontre pas le succès qu’il avait escompté. « On était tout juste aux balbutiements de l’économie circulaire », rappelle-t-il, et la mode bio ressemble un peu trop à son goût à une sorte de mode ethnique pour baba cool. C’est finalement en 2013 qu’il lance un financement participatif pour sa marque de jeans 1083, fabriqué entièrement en France. Il explique « le secteur du textile qui faisait parti des grandes industries de la France il y a 40 ans est devenu une partie infime de l’économie de notre pays. »

Pour pouvoir créer une entreprise viable, l’entrepreneur a « copié » le business économique des grandes marques en réduisant les intermédiaires et a dû « recréer toute une filière locale qui avait disparu depuis longtemps comme les tisseurs ou les confectionneurs. » Résultat : « En deux mois, 1 000 personnes avait commandé mes jeans.» Thomas Huriez vends ses produits en ligne et en magasin et veille à diversifier chaque maillon de la chaîne, pour plus de résilience. Pour le créateur de 1083 (c’est le nombre maximum de kilomètres entre deux villages, en France), la clé est la proximité « aussi bien en nombre de kilomètres qu’en temps. »

La marque a su relocaliser 7 des 8 étapes de fabrication du jeans en 7 ans. Seule la production de coton posait problème… et la marque a développé une machine pour récupérer les fils de coton dans les vieux jeans, puisque le premier gisement de coton est bien la poubelle… Il produit maintenant un jean tissé en polyester « 100 % recyclé et recyclable » et lance le premier vêtement consigné, afin de lancer la filière de récupération. En 7 ans d’existence, la marque a multiplié son chiffre d’affaires par 40 pour atteindre 8 millions d’euros en 2020.

Cosse nature

En 2018, Clémence Maurel crée Cosse Nature .

En 2018, Clémence Maurel crée Cosse Nature dans le but de bannir l’aluminium et le film plastique qui servent à emballer la nourriture. Pour le remplacer, elle trouve le « bee wrap » – emballage naturel à base de cire d’abeille – qui existe depuis une dizaine d’années dans les pays anglo-saxons. « Après quelques modifications et beaucoup d’essais, on a trouvé la composition idéale qui garantit zéro toxique » explique l’entrepreneuse.

Elle a notamment remplacé la cire d’abeille par de la cire de Carnauba, produite naturellement par le palmier : un choix évident pour protéger la biodiversité. Installée dans le parc d’activité de Cote Rousse à Chambéry, Clémence Maurel « travaille avec les agriculteurs savoyard pour faire un produit en fin de vie totalement biodégradable » et qui n’a donc aucun impact sur la planète.

La jeune marque utilise du coton pour ses emballages, mais travaille « à le remplacer par du fil à coudre transformé en pate de papier. » Elle voit son produit « comme une aide à la transition vers du zéro emballage », c’est pourquoi elle a voulu diversifier et élargir sa gamme aux ustensiles de cuisine, toujours dans une démarche de gestion de ses déchets (réduire, réutiliser, recycler) et d’upcycling. Et ça marche : Cosse Nature boucle son premier exercice à 250 000 euros de chiffre d’affaires.

Atemia

Jérôme Caviglia, ancien enseignant chercheur, crée Atemia en 2005.

Jérôme Caviglia, ancien enseignant chercheur, se lance un peu par hasard dans l’entrepreunariat. En 2005, il crée Atemia, une entreprise d’ingénierie touristique. « Je voulais intervenir à ma manière dans le tourisme durable. A l’époque, il n’existait pas grand-chose en la matière » explique-t-il. L’objectif est « de minimiser son impact en diminuant les flux, ce qui permet de rééquilibrer le tourisme ».

L’entreprise intervient sur toute la chaine de valeur – de la stratégie touristique à la réalisation et gestion d’équipements en passant par la conception et la maitrise d’œuvre – pour réinventer le tourisme de demain. Grâce à une vision nouvelle « en cohérence avec ce qu’il souhaite », le créateur d’Atemia prouve que tout est possible. L’entreprise, basée à Saint-Baldoph en Savoie, a atteint un chiffre d’affaires de 1,5 millions d’euros.

L’accélérateur Covid

Et en cette période particulière, les trois entrepreneurs ont dû faire face à l’impact de la Covid. Jérôme Caviglia (Atemia) affirme que « la crise a été un révélateur car cela a mis en exergue la fragilité du tourisme. Jusqu’à présent, il n’y avait rien de suffisamment fort pour comprendre le péril qui pèse sur l’économie du tourisme ». La solution est bien de « s’adresser à un public de proximité à la place des touristes étrangers ».

Quant à Thomas Huriez (1083), « la crise a permis au monde du textile de retrouver de la visibilité en France par le biais de la fabrication de masques textiles. » L’entrepreneur y a pris part en lançant une chaîne de solidarité : 300 couturiers sont venus récupérer ses kits (tissus + élastiques). En l’espace d’une quinzaine de jours, 20 000 masques ont pu être fabriqués, ce qui démontre « une belle dynamique de solidarité locale. » Ce contexte pousse de plus en plus les entreprises à se réinventer pour durer dans le temps long. Et dont les clés seraient « la collaboration », « la proximité » et « bien définir sa vocation » selon les trois entrepreneurs invités. Les clés du succès ?

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