GLN comme Genève-Lac-Nations: c’est le nom de code du projet que les Services Industriels de Genève et l’Office des Nations-Unies à Genève sont en train de mettre en œuvre avec le concours de la Mission suisse à Genève pour rafraîchir et chauffer les bâtiments de l’ONU et des principales organisations internationales dès l’année prochaine.
Le principe est simple: il s’agit de capter l’eau froide du lac, à grande profondeur (-37 mètres) et de la pomper en direction des preneurs d’énergie du quartier des Nations par un système de canalisations qui remontera l’avenue de la Paix jusqu’à l’OMS et à l’Hôtel InterContinental. Les immeubles seront raccordés à des sous-stations équipées d’échangeurs de chaleur. En été, les bureaux seront donc rafraîchis par la circulation d’eau froide.

Produire de la chaleur
Dans une seconde étape, le projet prévoit également de chauffer les immeubles en hiver avec l’aide du gaz naturel et grâce à l’extraction de l’énergie de l’eau du lac par des pompes à chaleur à haut rendement. On pourra ainsi produire en quantité de l’eau chaude à basse température (48 degrés), explique Philippe Durr, directeur du pôle clients des SIG.
La technologie est déjà utilisée depuis longtemps à l’EPFL et, à Genève, elle sert déjà à rafraîchir le nouveau siège de Merck Sereno à Sécheron et, dès cette année, les bâtiments de l’ancienne papeterie de Versoix. Mais c’est la première fois qu’elle est exploitée à une échelle aussi grande. En partenariat avec la ville de Bilbao, le projet a d’ailleurs reçu un financement européen de 2 millions d’euros afin de promouvoir la recherche et les infrastructures dans ce domaine. A terme, c’est une dizaine d’organisations internationales qui devraient être raccordées au réseau (OMC, OMM, HCR, CICR, OMS, BIT, OMPI et CICG) en plus des 4’000 employés répartis sur les 15 hectares de bureaux du Palais des Nations.

35 millions d’investissements
Pour les SIG, l’investissement est conséquent (35 millions de francs) mais les perspectives sont excellentes. En quatre ans, les prix du pétrole ont triplé et ceux de l’électricité doublé. Grâce aux économies réalisées, le coût de l’énergie produite grâce à GLN sera donc tout à fait en phase avec les prix du marché, voire inférieur. Avec, en prime, la certitude d’utiliser une énergie 100% renouvelable (l’eau du lac), de diminuer les émissions de CO2 de 1’280 tonnes par an, de réduire la pollution causée par la noria des camions citernes chargés de transporter les 1’800 m3 de mazout chaque année.
Une analyse que confirme Anatoli Kondrachov, chefs des services centraux de l’ONU à Genève, qui estime que le projet permettra au Palais des Nations d’économiser 60’000 francs par an pendant 16 ans grâce à la réduction de la facture d’eau, d’électricité, de la maintenance et de l’amortissement des équipements.

Pour l’Office des Nations Unies à Genève, qui doit appliquer le plan de lutte du secrétaire général Ban Ki-moon contre le réchauffement climatique dans un bâtiment qui date des années 1930, ce projet vient donc conforter de façon importante les autres mesures prises en faveur des économies d’énergie. Les contrats sont signés, les travaux de raccordement sont prévus fin 2008 et la climatisation effective des bureaux entrera en fonction dès l’été 2009.

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Paul Garnier, DFAE Mission suisse – Conseiller environnement, Philippe Durr, Directeur pôle Clients, SIG – Services Industriels de Genève et Anatoli Kondrachov, Chef des Services centraux d’appui de l’ONUG