Depuis le 1er janvier 2008, André Hurter est le nouveau Directeur général des Services Industriels Genevois. Marié, père de 3 filles, de formation économique, grand sportif et pianiste actif, il succède à Raymond Battistella parti à la retraite fin 2007. Il nous parle un peu de lui et nous expose sa vision sur ses nouvelles fonctions.

Pouvez-vous nous dire quelques mots sur votre parcours?
Je suis «quinqua» depuis peu, je suis né le 17 janvier 1958 à Nidau au bout du lac de Bienne d’une mère française et d’un père suisse allemand. J’ai obtenu ma Licence et mon Doctorat en sciences économiques. Côté professionnel, j’ai commencé en étant assistant du directeur général de Longines, j’ai poursuivi chez IBM pendant dix ans, où j’ai été responsable pour la Suisse romande, puis j’ai été successivement Directeur général du Touring Club Suisse, Directeur général de Fotolabo avant d’être désigné par le Conseil d’administration de SIG et le Conseil d’Etat genevois.

Qu’est-ce qui vous a séduit pour accepter ce poste?
De nombreux éléments. Premièrement, la réflexion et l’action à long terme qu’exige SIG. Ensuite, la complexité. Je n’aime pas conduire quelque chose d’homogène, de simple et linéaire. Je préfère les organisations complexes où il y a des interactions très fortes entre les services… C’est l’une des caractéristiques de SIG. Enfin, SIG est un magnifique paquebot. C’est une entreprise parapublique de 1500 collaborateurs qui a une mission claire, des moyens, et un milliard de chiffre d’affaires. Ce sont des conditions très attractives pour un General Manager.

Comment voyez-vous votre liberté d’action au sein de SIG?
Celui qui a été CEO d’une société d’une certaine importance, notamment d’une société cotée en bourse, sait pertinemment qu’il y a des limites politiques à gauche, à droite, en haut et en bas… Elles sont fixées par la bourse, par les actionnaires, par les clients… Il y a certaines données politiques évidentes. Plus on monte dans la hiérarchie d’une société, plus la part de politique dans la prise de décision augmente. La compétence en termes d’investissement qui est ici octroyée à des cadres moyens de SIG est bien supérieure à la compétence d’investissement octroyée à des cadres supérieures dans une multinationale américaine. La complexité en termes de gouvernance politique ne m’est pas étrangère. Mais je reste très intéressé pour découvrir des choses que je ne connais pas. J’ai eu la grande chance de travailler dans 4 sociétés différentes qui m’ont appris 4 normes, ici je peux m’enrichir d’une 5ème norme.

Pour que les genevois puissent un peu mieux vous connaître…
Sur le plan des hobbies, j’accorde une très grande importance au principe de vie équilibrée. Je pense qu’on ne peut pas tenir le coup sur la durée, si l’on est monomaniaque que ce soit dans le domaine professionnel, sportif, ou familial. Pour moi il faut un équilibre de tout ça. J’ai trois principaux points d’équilibre. Le premier, c’est la musique. J’ai la grande chance d’avoir fait 20 ans de conservatoire, je suis pianiste actif, je donne des concerts. La deuxième chose, c’est le sport. Avant, j’étais multisports, maintenant je ne fais plus que du vélo. J’ai quelques belles réalisations à mon actif. Par exemple, j’ai traversé l’Himalaya et le Sahara en VTT. L’activité sportive est ce qui me permet d’avoir une bonne condition physique. Pour moi, le sport, c’est une vraie école de vie. Le vélo tout particulièrement. Mon troisième hobby, ce sont les start-up. C’est une notion qui me fascine. Je fais partie de la commission de sélection de Genilem.

Un mot sur la libéralisation de l’électricité?
Il n’y a pas d’ambiguïté. Le droit fédéral prime. La loi fédérale qui va entrer en vigueur va primer sur la décision genevoise. L’entrée en vigueur de la réelle conséquence du choix du client aura lieu le 1er janvier 2009. Le client devra se décider jusqu’au milieu de cette année s’il veut rester dans l’ancien système ou partir dans le nouveau. Si le client décide d’opter pour la libéralisation, il ne pourra plus retourner dans un monde régulé. On verra dans le courant de cette année comment cela se met en place et au 1er janvier de l’année prochaine qui aura choisi le mode de l’électricité libéralisé parmi les grands consommateurs (+ de 100’000 kw heure par année). Pour les petits consommateurs, ce sera en 2013 s’il n’y a pas de référendum entre temps.

Que pensez-vous de Genève?
J’ai travaillé 10 ans à Genève. Je pense que le Canton de Genève a des particularités très fortes. Naturellement, SIG dans ce cadre-là est aussi unique. Puisque SIG est la seule entreprise intégrée cantonale de services énergétiques en Suisse. Les autres sont soit communales, soit intercommunales et ne sont pas multifluides. Grâce à des décisions très intelligentes de nos aïeux, on a dès le départ concentré l’eau, le gaz, l’électricité, les télécoms, la valorisation des déchets, en une seule entité, ce qui permet de créer de nombreuses synergies.

Parlez-nous de vos quatre premiers mois.
J’ai commencé le 1er septembre. Je voulais «appréhender» le monde SIG. J’ai rencontré 650 collaborateurs environ et je suis passé dans tous les services. Je passais l’essentiel de mon temps dehors, à récolter les remarques et à prendre des notes. Le savoir-faire inculqué dans les universités a tendance, à la vision d’ hélicoptère. Je ne suis pas du tout partisan de cette méthode-là. Pour moi, la première chose dans la conduite d’une entreprise, c’est l’homme.

Où en est le transfert d’actifs?
Le processus est conceptuellement clos. Les actifs sont transférés et sont payés. Il nous reste à les intégrer dans notre gestion journalière, cela va être fait par nos différentes unités sans trop de problème.

Et la valorisation des déchets?
Sur ce point, on travaille sur des volumes supplémentaires, des variantes de redimensionnement. Je dirais que le thème important pour 2008 est la future centrale à gaz au Lignon pour augmenter l’autonomie énergétique du Canton. Aujourd’hui on en est à 25%, c’est proprement insuffisant dans le marché que l’on a. C’est l’un des gros défis de cette année.

Vos prochains défis?
Le défi initial, c’est de me sentir bienà l’aise au SIG, de connaître les gens et les grands processus de conduite dans les prochains mois. Je me sens déjà à l’aise car il y a eu une bonne phase d’introduction. Je souhaite aussi que les propositions que je vais faire passeront bien courant 2008. Dans le long terme, je vise l’augmentation du potentiel de production énergétique de SIG, et puis l’évolution des nouvelles énergies renouvelables dans l’optique du développement durable, dynamique dans laquelle nous devons absolument investir comme le géothermique, le solaire…

img7579.jpg

Pour André Hurter, la première chose dans la conduite d’une entreprise, c’est l’Homme.