En fait, «squatter» est un délit puni d’emprisonnement par la loi, rappelle le Procureur Général. Et c’est finalement sur cette constatation juridique que Rhino, occupé illicitement depuis 19 ans, a été libéré par les forces de l’ordre mandatées pour, enfin diront certains, rendre à César, ou plutôt, à son propriétaire ce qui lui appartient. Inutile de revenir sur cette saga vieille de presque vingt ans. La population la connaît par coeur. De permis de construire en recours, de médiateurs en motions parlementaires, des politiques y ont entretenu leur «bas de laine» électoral et tant pis pour l’Etat de Droit, et tant pis pour les honnêtes gens qui paient leur loyer en fin de mois!

Histoire d’en sourire !
Quelques petites histoires croustillantes ont d’ailleurs bien fait sourire l’assemblée. Comme celle de cette squatteuse, heureuse propriétaire sur le canton de Vaud, qui loue son bien contre monnaie sonnante et trébuchante et qui, en ce qui la concerne, préfère se loger gratis. Ou encore, ces révoltés de la société, bon chic, bon genre, qui retournent le week-end chez papa-maman pour faire laver et repasser leur linge sale par la bonne! Oh, bien sûr, on y trouve quand même quelques purs et durs, anarchistes même, qui considèrent que ce qui est aux autres leur appartient aussi. Par contre, ce qui est à eux, est… à eux, si l’on en juge par les cadenas trouvés sur les portes du squat vidé.

Justice et politique, enfin en accord!
En juillet dernier, le Procureur Général décide d’agir de concert, fait assez rare pour le souligner, avec le Conseil d’Etat. Mark Müller, s’appuyant sur la LDTR, si rarement favorable aux propriétaires, et pour des questions évidentes de manque de sécurité du lieu, appuie Daniel Zappelli. Finalement, l’évacuation aura fait couler surtout beaucoup d’encre et la tragédie annoncée, fort heureusement, n’a pas eu lieu.

Invité à une discussion avec les dirigeants du CDE sur l’évacuation cet été du fameux squat Rhino, Daniel Zappelli a exprimé ses craintes et son inquiétude quant à la séparation des pouvoirs en Suisse: «il faut arrêter le Grand Guignol de la confrontation». Alors que l’affaire Blocher – Roschacher n’a cessé d’alimenter l’actualité de cette rentrée, comment ne pas se poser de questions sur l’ingérence abusive que pourrait exercer le politique sur la justice?

La population genevoise n’a pas semblé très émue par ce fait divers. Et pour cause! Si dans les années 1985, au début de l’apparition des squatts, elle pouvait comprendre, voire justifier, ces actes provoqués par d’autres excès, comme le fût la spéculation et la surchauffe tendancieuse de l’immobilier, force est de constater que les lois et règlements mis en place pour contenir ces abus ont déployé toute leur utilité. Selon les textes, on aurait pu reloger immédiatement les squatters, à Champ-Dollon, mais le Procureur n’aura pas été aussi loin et a immédiatement demandé qu’ils soient relâchés. Et c’est tant mieux!.

Dites-nous tout Monsieur le Procureur général
Quelle mouche vous a donc piqué de faire évacuer Rhino?
Il faut savoir qu’à mon arrivée, il y a plus de 5 ans, Genève comptait 121 squatts contre une vingtaine à peine aujourd’hui. Le squatt est une occupation illégale et serait punissable par l’emprisonnement. J’applique la loi. C’est ce que les genevois attendent de moi. Pour information, sachez qu’à Barcelone, ville de 7 millions d’habitants, il n’y a pas plus d’une centaine de squatts. Je ne crois pas que nos concitoyens aient été particulièrement contents de détenir le record de la ville la plus squattée d’Europe.

Que vous a valu cette action?
A part ce que vous connaissez de l’éternelle guéguerre gauche-droite et dont il faudrait se distancer pour faire respecter le Droit, cela m’a valu des menaces sur la vie de mes enfants.

Pendant ce mandat, quel est l’acte qui vous a semblé le plus évident?
Celui d’avoir fait condamner des pédophiles reconnus, sans aucune hésitation.

Et le plus attristant, sur le plan personnel?
D’avoir dû inculper un ami.

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Daniel Zappelli, Procureur Général