SSR-Billag : le moment de changer de modèle

par | 13 Sep 2016

Au début des années 2000, les majors expliquaient à qui voulait l’entendre qu’il ne pouvait y avoir de musique sans la vente de disques et qu’il convenait d’interdire le téléchargement. Quinze ans plus tard, ces majors sont morts, les disquaires ont disparu, mais la musique existe toujours et se télécharge légalement sur Internet. Les modèles changent et ceux qui refusent de s’y adapter sont condamnés, à court ou moyen terme, qu’on le veuille ou non.

Après la musique, d’autres secteurs se voient ébranlés par ces nouveaux paradigmes, et les médias n’y échappent pas. La SSR l’a bien compris en prônant un droit à s’adapter aux nouveaux moyens de communication. Si la revendication est compréhensible, le refus d’admettre que le mode de financement imaginé à l’époque de la télévision à tube cathodique ne soit pas revu l’est moins. En l’espace de vingt ans, le nombre d’heures passées devant les téléviseurs par les jeunes consommateurs a été divisé par trois, et la Suisse est en queue de peloton européen en terme de temps d’écoute hebdomadaire.

Alors que la technologie actuelle permet de distinguer clairement l’usager quotidien du service de celui qui n’en use jamais, nous imposons un système qui fait payer à tous le même montant, contraint et forcé, quelle que soit la consommation.

Personne n’admettrait que les automobilistes doivent acheter de force un abonnement général des CFF ou que les amateurs d’opéra soient contraints d’acheter un billet pour tous les concerts de hip-hop. Il n’est dès lors pas très surprenant que c’est du côté des jeunes, peu attachés à la télévision, que la volonté de se débarrasser de cette obligation de payer est apparue, avec l’initiative populaire NoBillag.

NoBillag propose de supprimer intégralement la redevance radio/TV. Il ne s’agit pas de liquider le financement du service public, mais uniquement son caractère obligatoire. Comme la presse écrite, comme toutes les entreprises de notre pays, celui qui produit un service, fût-il public, de qualité et nécessaire à la cohésion nationale, n’est pas exempt de la tâche de trouver aussi ses clients et de convaincre son auditoire.

D’aucuns craignent qu’en quittant le mode obligatoire pour venir à un modèle d’abonnement volontaire, avec pour corollaire l’impossibilité de recevoir le programme si l’on ne le paie pas, on aboutirait à une réduction massive du nombre d’abonnés, et donc des moyens du service public. Rien n’est moins certain, mais il s’agit là d’un risque d’entreprise; c’était aussi le danger lié à la fin du monopole de Swisscom, et qui découle de la liberté des citoyens de choisir leurs médias.

Aujourd’hui, les Chambres fédérales doivent se saisir de l’initiative NoBillag. Le Conseil fédéral clôt la discussion et juge que, sans redevance, il ne peut y avoir de service public. Quelle pauvreté de réflexion! Comme si, sous prétexte qu’aucun modèle différent n’avait jusqu’ici été expérimenté, il ne pouvait en exister d’autre. Au contraire, je propose que les parlementaires établissent un contre-projet ambitieux, qui donne à la SSR les moyens d’entrer pleinement dans le vingt-et-unième siècle. Que la télévision analogique reste avec un financement analogique, à savoir une redevance. Mais que la télévision numérique, sur Internet et ailleurs, passe à un financement numérique, volontaire, qui s’appliquerait aussi aux centaines de milliers de Suisses de l’étranger. La SSR sera libre de le définir: un abonnement comme Netflix, du PayTV, un mélange des deux, une totale liberté publicitaire; donnons libre cours à l’imagination du service public quant à son modèle d’affaire. Mais sans obligation d’achat: sur Internet, il n’y a pas de légitimité à enchaîner ses clients.

Nous pourrons alors sortir la SSR de sa zone de confort et la pousser à adapter encore davantage son offre aux nouvelles technologies et aux besoins du public. Et s’assurer ainsi qu’elle ne finisse pas comme les disquaires.

L’Agefi, mardi 13 septembre 2016
Philippe Nantermod, Avocat, conseiller national

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