Plusieurs centaines de milliers d’emplois ne trouveront pas preneurs au sein de la confédération d’ici seulement dix ans. C’est du moins la prédiction alarmante de l’organisation patronale du pays.

L’heure n’est pas au repli sur soi mais à l’ouverture sur le monde, du moins si la Suisse veut que son économie reste en bonne santé. Tel est le message que souhaite faire passer l’Union patronale suisse qui anticipe une pénurie massive de travailleurs à l’horizon 2030. En cause : la vague de départs à la retraite des baby-boomers couplée à de nombreuses créations d’emplois.

L’immigration, si elle devait rester à son étiage actuel, ne suffirait pas à combler le déficit. Dans une tribune publiée sur le site Internet de l’organisation patronale, son représentant romand, Marco Taddei, rappelle que si la Suisse demeure pour l’heure un petit coin de paradis en matière d’emploi, les chiffres ne disent pas tout : « Derrière cette réussite, se cache une autre réalité : la pénurie de main-d’oeuvre. Aujourd’hui déjà, de nombreuses entreprises – tous secteurs confondus – sont confrontées à un manque aigu de spécialistes. Un quart des PME serait concerné selon une enquête de Crédit Suisse. En raison de la vague de départs à la retraite de la génération du baby-boom, un demi-million de personnes pourrait manquer à l’horizon 2030. »

Le président de l’Union patronale suisse, Valentin Vogt, cité par la RTS, va encore plus loin et estime qu’il pourrait manquer jusqu’à 700 000 travailleurs. Une pénurie que le Conseil fédéral, c’est-à-dire le gouvernement suisse, anticipe également, sans citer de chiffres. Il a lancé il y a quelques années une stratégie visant à encourager le potentiel de main-d’oeuvre indigène.

Mais dans sa tribune, Marco Taddei l’estime insuffisante, jugeant notamment que les besoins croissants des entreprises en spécialistes ne peuvent être couverts par le seul personnel autochtone. « Dans les nouvelles technologies de l’information, la finance, les sciences de la vie, mais aussi dans les hautes écoles, la perle rare se trouve à l’étranger. »

« Une réforme s’impose »

En outre, le système de formation du pays n’est selon lui plus adapté aux besoins changeants du monde du travail. « Une réforme s’impose. Dans ce contexte, la formation permanente devient une priorité, notamment pour l’acquisition de compétences numériques, afin d’améliorer l’employabilité des salariés et de faciliter les reconversions professionnelles. »

Cette alerte intervient alors que le gouvernement vient de fixer au 17 mai un vote sur l’initiative populaire “Pour une immigration modérée”, lancée par l’Union démocratique du centre (UDC, droite populaire), qui demande que « la Suisse règle de manière autonome l’immigration des étrangers ». Si elle est acceptée, elle aboutirait à la résiliation de l’Accord sur la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’Union européenne.


Par Romain Fournier


Cet article est paru dans votre magazine ECO de l’Ain du 30 janvier 2020. Il vous est exceptionnellement proposé à titre gratuit. Pour retrouver l’intégralité de nos publications papiers et/ou numériques, vous pouvez vous abonner ici.