Pour la première fois à Genève, une exposition photographique montre la zone s’étendant autour de la centrale nucléaire de Tchnernobyl, tristement célèbre suite à l’explosion de son réacteur n° 4, le 26 avril 1986.
Dans un parcours immersif, apparaissent paysages, édifices, intérieurs, objets quotidiens abandonnés suite à la catastrophe.

Ce travail a été réalisé au cours de deux séjours. Le premier, de cinq semaines, s’est déroulé en 2008, sans aucune autorisation officielle. Pour le second, en 2010, le photographe a obtenu un sauf‐conduit de quatre jours, ce qui lui a permis de compléter ses premières prises d’images et d’accéder à des zones plus reculées.

Conscient de la dureté de certains clichés, le photographe ne les a pas retirés systématiquement de l’accrochage. En effet, de telles images incarnent un monde où l’homme détruit son environnement direct et la planète entière. L’actualité, jour après jour, montre que de telles catastrophes ne servent malheureusement pas de garde‐fou.

Les photographies choisies, vides de tout être humain, témoignent que ce désastre n’est nullement un événement du passé, mais bien celui d’un drame où l’ennemi, bien qu’invisible, est toujours présent. En effet, les déchets nucléaires seront encore actifs pendant des millions d’années, alors que l’être humain, lui, aura vraisemblablement disparu.

Les commentaires historiques sont le fait de Madame Erica Deuber Ziegler, qui apporte ici un oeil d’historienne mais aussi celui d’une humaniste, engagée depuis des décennies contre l’industrie et l’armement nucléaire, nous replongeant avec ses mots dans le tourbillon de cette catastrophe sans précédent.

Cette exposition gratuite et en plein air est constituée d’une sélection de 94 photographies grand format, 1250 mm x 1560 mm, et présentée sur le site de la promenade quai Wilson.
Les légendes de l’exposition ont été traduites en sept langues (anglais, chinois, arabe, japonais, russe, ukrainien et espagnol), afin de donner la mesure universelle de cette catastrophe…

Si le point de départ est un travail artistique, il n’en reste pas moins que ces assourdissantes photographies constituent un témoignage rare des années de plomb du système communiste. Sur ces photos on découvre une ville fantôme, vidée de ses habitants. Seuls restent les témoins chimériques d’une époque prometteuse, un vieux sarcophage rouillé, des bâtiments industriels délabrés et toute une infrastructure enchâssée dans une végétation abondante.

Ces images nous disent aussi ce qu’était cette cité communiste ultra moderne dont les locataires privilégiés bénéficiaient d’un confort et d’une qualité de services. Des écoles aux larges baies vitrées, des pouponnières, des salles de fêtes et de cinéma, des bibliothèques, une piscine… toute une cité ‘’radieuse’’, dévolue au nucléaire, entièrement construite dans les années 70 pour les employés de la Centrale et leurs familles, sous l’oeil bienveillant de Lénine. On reste aussi frappé par la présence d’objets du quotidien étrangement semblables aux nôtres… tout un environnement domestique familier qui nous relie à ces vies dévastées et nous renvoie à nos propres choix.

Tchernobyl: 25 ans après
Photographies de Guillaume Briquet

Au quai Wilson du 5 Juillet au 5 août 2010.

img15609.jpg

Photographies exposées sur le site de la promenade quai Wilson.