Transition : ces entreprises en quête d’un modèle régénératif ?

par | 22 février 2024

Le 15 février, la section Alpes de la Convention des entreprises pour le climat (CEC) s’est réunie à Grenoble pour faire le bilan de sa première édition et dévoiler les feuilles de route des organisations engagées jusqu’en 2030.

À sa création officielle, en septembre 2022, la section Alpes de la Convention des entreprises pour le climat (CEC) s’est fixée pour raison d’être de guider les entreprises dans la transition de leur modèle d’affaires pour atteindre le régénératif* à horizon 2030.

70 entreprises engagées

En 2023, pour sa première édition, 70 entreprises du Sillon Alpin (135 en intégrant le bassin lyonnais) ont suivi les enseignements de la CEC, à raison de six sessions thématiques de deux jours pendant dix mois.

« Nous les accompagnons et les informons sur tous les sujets climatiques (pollution, air, sol, eau…), en sollicitant des experts, pour qu’elles aient une vision réelle à 360° », explique Caroline Ducharme, copilote de la CEC Alpes.

But affiché : les faire muter d’une économie extractive vers une économie régénérative. Plus concrètement, cela signifie aider chaque entreprise à définir dans quel nouveau paradigme elle veut s’inscrire pour répondre aux enjeux des limites planétaires, puis l’aider à l’intégrer dans son modèle économique et, ainsi, réparer le vivant.

Pour y parvenir, chaque organisation doit élaborer une feuille de route. « Chacun des leviers de “redirection” est défini par des objectifs et des chiffres à atteindre », souligne la coordinatrice. Charge ensuite au dirigeant (dont la participation est obligatoire, accompagné de son planet champion) de décliner cette feuille de route au sein de sa structure et de fixer les curseurs.

Une fois le parcours terminé, la CEC Alpes continue de soutenir les adhérents (devenus des alumni) dans leur cheminement vers le régénératif. « Il est essentiel que la transition s’opère au-delà de la théorie, avec un vrai passage à l’acte, parce qu’il s’agit bien de transformer l’organisation et la gouvernance de l’entreprise, et d’intégrer les collaborateurs », insiste Caroline Ducharme. « Devenir une entreprise régénérative, c’est dépasser l’impact négatif et placer la notion du vivant au cœur de l’activité. »


S’adapter

Patrick Giraudon, PDG d’Arva Nic-Impex ©DR

De l’avis des organisations engagées, le parcours est exigeant. « Dès la première session, nous prenons véritablement conscience de l’urgence d’agir et d’accélérer. Cela nous oblige à remettre en question nos acquis pour aller vers quelque chose de beaucoup plus ambitieux », retient Patrick Giraudon, PDG d’Arva Nic-Impex (23,3 M€ de CA, 45 salariés), PME de l’outdoor basée à Annecy.

Après avoir réalisé son bilan carbone et procédé à la rénovation énergétique de ses bâtiments, le dirigeant s’attelle désormais à sortir du modèle volumique en développant le recyclage, la seconde main et la location. Il a aussi décidé de s’engager dans une démarche B Corp et de créer une fondation d’entreprise pour investir dans des projets régénératifs.

Pour Picture, marque de vêtements techniques historiquement engagée sur l’environnement et déjà certifiée B Corp, le parcours de la CEC a permis de faire émerger de nouvelles réflexions et de formaliser quatre leviers pour faire évoluer son modèle d’affaires et assurer « la proximité avec le vivant au service d’une consommation plus sobre et juste ».

Julien Durant, cofondateur de Picture ©Nolan Miton

Avec l’ambition de « faire influence sur l’industrie textile en mobilisant et en embarquant toutes les parties prenantes », confirme Julien Durant, cofondateur de Picture, au côté de Florian Palluel (responsable “développement durable”).

Dans le viseur 2030 de la PME : 100 % de produits réparables, 25 % de références produits en moins (par rapport à 2024), 66 % du chiffre d’affaires réalisés sur des produits non dépendants de la neige, 10 % du CA sur des modèles d’affaires non volumiques (seconde main, réparation, location)…

Cap sur 2024

Une nouvelle session est en préparation et débutera début avril. La dernière, aussi.


« Le collectif que nous avons créé au sein de la CEC Alpes sera suffisamment important et diversifié. Il n’y a pas d’intérêt à refaire la même chose. À l’avenir, nous allons nous concentrer sur la concrétisation des feuilles de route et favoriser la coopération entre les dirigeants, pour influencer le reste de la sphère économique », explique Caroline Ducharme.

Une cotisation variant de 2 000 à 5 000 euros (selon le chiffre d’affaires) est demandée aux dirigeants, ainsi que le versement d’un don libre pour pérenniser le mouvement. Parmi les 30 organisations inscrites à ce jour, 10 sont basées en Pays de Savoie. À l’image de Millet, Alpina Savoie, Ateliers Heritage Bike, Decathlon Travel…

François Dalliet, codirigeant de Joly & Philippe ©DR

Ou encore de Joly & Philippe (Albertville), spécialisée dans le montage de remontées mécaniques depuis cinquante ans. « Face aux enjeux climatiques, nos activités doivent évoluer. C’est quand cela va bien qu’il faut investir dans l’avenir, ce qui explique notre engagement pour apporter notre pierre à l’édifice », explique le codirigeant François Dalliet (en photo ci-contre).

En se fixant comme premier objectif concret une diminution de ses consommations d’énergie et de carburant, le codirigeant conclut : « Nous attendons de la CEC de l’inspiration, et la possibilité de réfléchir avec d’autres entreprises du territoire sur la création de nouvelles activités et services, et, ainsi, de participer à transmettre une montagne digne et durable. »

Duo Réalisations : « Initier des projets pérennes »
Le Savoyard Duo Réalisations, bureau d’études et d’ingénierie en bâtiment basé à Brizon-Saint-Innocent , a toujours été « convaincu de la nécessité de travailler autrement » face aux limites planétaires. Quitte à “bousculer” (dans le bon sens) tout un secteur d’activité à l’échelle du bassin chambérien.

Linda Profit, fondatrice et PDG de Duo Réalisations, avec Fabien Alix ©DR

« La force du collectif de la CEC nous a beaucoup aidés. Cet écosystème permet de pousser les curseurs toujours plus loin », assure Linda Profit, fondatrice de la PME (600 000 € de CA, 7 salariés), qui a œuvré en binôme avec Fabien Alix, maître d’œuvre d’exécution. La dirigeante a mis en place trois leviers. D’abord, le réemploi « en grand », pour passer de la filière artisanale à la filière industrielle : « Avec Samse et Eneos (autres adhérents de la CEC) nous avons créé un collectif de 20 partenaires afin d’initier de grands projets qui soient pérennes. »

Le deuxième levier consiste à remettre l’humain et la gestion des ressources au cœur des chantiers. Et, enfin, troisième point : œuvrer sur les approvisionnements et proposer aux clients des alternatives, telles que des matériaux biosourcés.

*Le « régénératif » consiste à  aller au-delà de la réduction d’impacts négatifs ou de leur neutralisation pour s’engager vers la génération d’impacts positifs nets pour les écosystèmes et la société, plus d’informations ici >>.


Pour candidater au parcours CEC Alpes 2024 : http://urlz.fr/p82f
Pour accéder aux feuilles de route des entreprises : https://cec-impact.org/cec-territoriales/cec-alpes/


Patricia Rey
Photo Une CEC Alpes et bassin lyonnais – crédit photo Stéphane Rey


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