Transport, énergie et climat : pour Pascal Megevand, « le problème va être l’accès à l’énergie »

par | 4 Jan 2022

Pour le dirigeant de Megevand Frères, spécialiste des questions environnementales, la crise qui arrive sera énergétique avant d’être climatique. Il décrit, sans langue de bois, un “monde de demain” du transport très impacté. Interview.

Le monde du transport peut-il se passer d’une démarche environnementale ?

L’énergie représente aujourd’hui 20 à 25 % de nos coûts. 30 % lorsque les prix flambent. Nous en sommes autant dépendants que les électro-intensifs. La transition énergétique est nécessaire, plus pour une histoire de ressources que de climat… qui est un problème que je ne nie pas !

Comment le secteur du transport peut-il se réinventer ?

89 % des flux physiques en Europe passent par un camion. Quand les prix vont monter (et selon plusieurs responsables, les tensions sur la ressource pourraient survenir dès 2025, au mieux dans la prochaine décennie), tout le monde va devoir penser différemment sa mobilité. Le mouvement est déjà engagé chez les particuliers : vélo, covoiturage…. Côté transport de marchandises, les comportements de nos clients évolueront. J’estime que 20 % des trafics ne servent à rien parce que le transport n’est pas cher. Le transport modal va forcément se développer. Des lignes transeuropéennes se créent déjà chaque semaine. Ce sera encore 25 % d’économie. Des centres de production vont être relocalisés. Au total, je parie que 50 % des flux vont disparaître. Mais cela ne va pas se faire tout seul : ça va être long et douloureux.

Dès 2011, Pascal et Frédéric Megevand (à g. et à d., encadrant un de leurs chauffeurs) ont acquis un camion en bicarburation gaz-gasoil.

Les camions restants seront électriques ?

Tous les carburants alternatifs réduisent l’autonomie du véhicule. Notamment l’électricité, avec qui la grande distance devient impossible, et qui pose d’autres problèmes. Elle impose, par exemple, de se brancher sur des lignes haute tension à 20 000 volts. Cela va évidemment créer des inégalités d’accès. Il faudra régler des coûts de raccordement qui peuvent aller de 30 000 euros à un million, un transformateur à 175 000 euros, une borne de recharge par camion à 50 000 à 100 000 euros pièce.

Un joli budget…

C’est beaucoup, mais c’est de l’investissement, ça se planifie. Sauf que lorsque vous êtes branché sur un réseau haute tension, votre poste devient une sous-station, votre fiabilité doit être sans faille. Ce n’est pas notre métier ! Dans la réalité, l’électrification de tout un parc n’est simplement pas possible. Un collègue en zone de Vovray, sur Annecy, ne pourrait électrifier que cinq cars sur quarante, à cause du réseau ! Et l’on ne parle pas d’une petite zone rurale…

Le réseau ne pourra pas supporter un tel appel de puissance…

Je suis inquiet de voir de nouveaux modèles de réseaux apparaître incluant des dispositifs de délestage. Cela pose des questions éthiques évidentes. Et au plan pratique, je suis sidéré de voir que l’on mise tout sur la seule énergie électrique. C’est une remise en cause de l’équilibre pétrole-gaz-électricité qui prévalait en France depuis 1945.

Oui, sauf que les énergies fossiles vont disparaître…

C’est vrai. Mais pour s’en passer, il faut aller vers un mix énergétique. Chez Megevand, nous militons depuis dix ans pour le gaz naturel véhicule, produit par méthanisation. Une énergie locale, disponible à un coût raisonnable. Les biocarburants de deuxième et troisième générations arrivent. Attention, ce n’est pas une solution miracle : la biomasse ne peut produire que 15 % des besoins mondiaux. Il y aura une part d’électromobilité (10 à 20 % des véhicules), pour des raisons sanitaires (les voitures électriques ne rejettent, en direct, aucun polluant), dans certaines zones – et, de fait, pour certains publics riches.

Et l’hydrogène ?

C’est une bonne solution pour certains usages industriels, mais je n’y crois pas pour la mobilité. Cela pose des problèmes de sécurité, de coûts, de distribution de l’énergie. Et puis, vous savez, 30 % de l’énergie sortie du puits de pétrole arrive à la roue du camion. C’est 10 à 15 % pour l’hydrogène. Qu’on m’explique pourquoi ce serait une bonne solution…


Philippe Claret
Photo à la une : Han Chenxu pour Unsplash


Pour aller plus loin :

Sur la décarbonation du Fret longue distance :
https://theshiftproject.org/wp-content/uploads/2021/04/TSP-PTEF-V1-FL-Fret.pdf

Sur l’hydrogène :

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