Pour la première fois depuis vingt-huit ans, la Suisse a perdu quatre matches de rang.

En 1980, après les six défaites concédées devant l’Allemagne (3-2), la Norvège (2-1), l’Angleterre (2-1), l’Argentine (5-0), l’Uruguay (4-0) et le Brésil (2-0), l’ASF avait opéré une petite révolution de palais en intronisant Paul Wolfisberg. A deux mois et demi de l’EURO, Köbi Kuhn peut être rassuré. Il est désormais trop tard pour faire la grande lessive. Malgré la terrible gifle reçue mercredi soir devant l’Allemagne.

Couronné personnalité suisse de l’année 2006 malgré son coaching défaillant lors du huitième de finale de la Coupe du monde contre l’Ukraine, Köbi Kuhn ne jouit plus que d’un crédit bien limité. Serait-il aujourd’hui toujours à la tête de l’équipe de Suisse si Ottmar Hitzfeld n’avait pas, au printemps dernier, prolongé d’une année sa «pige» au Bayern Munich?

Les dirigeants de la Swiss Football League (SFL), auxquels revient selon le fonctionnement de l’ASF la tâche de proposer chaque nouveau sélectionneur, n’auraient-ils pas alors eu la tentation d’accélérer le mouvement, de déboulonner un entraîneur qu’ils tiennent en piètre estime?

Un constat sans appel
Aux yeux de la SFL et du grand public, le constat est sans appel: l’équipe de Suisse ne cesse de régresser depuis une année. Il y un mois et demi à Wembley, le brio de Diego Benaglio dans la cage avait permis à la Suisse de ne concéder qu’une défaite honorable (2-1). Mercredi soir, le portier de Wolfsburg s’est, cette fois, mis au niveau de ses coéquipiers. Sa responsabilité sur l’ouverture du score de Klose est, ainsi, engagée.

Mais malgré cette erreur, son statut de no 1 ne doit pas être remis en question. Il possède une marge énorme sur ses deux rivaux en sélection. Si Benaglio sera bien dans la cage de l’équipe de Suisse le 7 juin contre la République tchèque pour le «seul» match qui compte selon le refrain entonné presque en désespoir de cause par les joueurs et le staff, Köbi Kuhn ne possède plus aucune certitude quant à sa défense. L’absence de Patrick Müller, dont on murumure que seul un miracle pourrait lui offrir une chance de tenir sa place à l’EURO, fausse tout. Sans le Lyonnais, qui fut remarquable lors de la Coupe du monde 2006, la défense suisse a perdu tous ses repères.

Face à l’Allemagne, Köbi Kuhn avait titularisé dans l’axe deux joueurs qui brillent dans leur club, Senderos et Eggimann. Si séduisante sur le papier, cette association a tourné au fiasco. Les deux derniers matches amicaux contre la Slovaquie, le 24 mai à Lugano, et contre le Liechstenstein, six jours plus tard à St-Gall, doivent permettre au Genevois et à l’Argvovien de trouver enfin leurs marques. Si Köbi Kuhn, comme on peut le croire, leur maintient sa confiance.

Une option suicidaire
Köbi Kuhn a, par ailleurs, pu constater que le retour au 4-3-1- 2, ce schéma de jeu qui avait été bâti il y a six ans déjà autour de Hakan Yakin, serait suicidaire à l’EURO. Barnetta ne possède pas le profil qui était celui de Hakan Yakin à l’époque. Le St-Gallois est un joueur qui mise beaucoup sur sa vitesse, qui préfère percuter. Il a besoin d’espaces.

Par ailleurs, ce schéma a l’inconvénient de déplacer Gelson sur la gauche alors que l’ancien joueur du FC Sion ne donne sa pleine mesure que dans l’axe. Enfin, le dernier enseignement de la soirée est le plus réconfortant. Dans un style parfois désordonné, Lichtsteiner et Behrami ont répondu à l’attente qui était placée en eux. Köbi Kuhn pourra, s’il le désire vraiment, leur confier le flanc droit à l’EURO.

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Il y un mois et demi à Wembley, le brio de Diego Benaglio dans la cage avait permis à la Suisse de ne concéder qu’une défaite honorable (2-1).