A l’occasion des 50 ans de la République tunisienne, lextension.com vous livre l’article « Tunisie : Cinquante ans de République, aujourd’hui et pour toujours » écrit par Dr. Habiba Chaabouni-Bouhamed, Professeur de génétique à la Faculté de médecine de Tunis, Chef de service des Maladies héréditaires à l’hôpital Charles Nicolle et Directeur du Laboratoire de recherche en génétique humaine.

« A l’occasion du cinquantième anniversaire de la République, le 25 juillet, on ne peut s’empêcher de revoir défiler, dans la tête, les moments forts que le peuple tunisien a vécus, tout en gardant dans le cœur l’espoir d’un avenir encore meilleur pour nos enfants et petits-enfants ainsi que pour toutes les générations futures.

Il est un proverbe populaire qui dit: «jamais deux sans trois» ; ainsi la succession d’évènements triples est souvent vécue comme un présage, et dans notre cas, d’un heureux augure. Parmi les moments inoubliables, trois évènements survenus il y a cinquante ans, présage de la prospérité, ont marqué à jamais le peuple tunisien. L’indépendance de la Tunisie proclamée le 20 mars 1956 a été suivie par l’édiction du code du statut personnel le 13 août de la même année et par la proclamation de la République le 25 Juillet 1957. Trois libérations qui ont permis d’écrire en une année à peine, des pages glorieuses de l’histoire de la Tunisie moderne. A cette époque-là, à peine sortie de mes cinq ans, j’attendais la quatrième libération, la mienne, celle qui allait m’ouvrir la porte de l’école, de l’avenir et de ma réalisation.

Avec l’indépendance le peuple tunisien vivait une première libération, celle du joug colonial ; la seconde apportée par le code du statut personnel, libèrera la femme et l’homme de cette différence sociale basée sur le sexe imposée des siècles durant par des lois sociales archaïques; enfin la troisième, la République libèrera les Tunisiens de leurs différences de classes secrétées par la monarchie, en instituant l’égalité de tous les citoyens devant la loi.

Valeurs fortes
Dans la République j’ai grandi avec l’idée que, malgré tout ce qui pouvait les séparer sur les plans physique ou social, les êtres humains étaient si semblables. J’ai appris à intégrer comme faisant désormais partie de moi-même et de ma culture, les valeurs fondamentales de la République qui considèrent que tous les citoyens sont égaux en droits et en devoirs, donnent une chance égale à tous ceux qui naissent sous son régime, de pouvoir réaliser leurs aspirations légitimes au plein épanouissement. D’autres valeurs fortes de la République comme la liberté, la fraternité, le respect d’autrui et le don de soi pour le bien de la communauté imprégneront mon parcours personnel, et l’établissement progressif d’institutions républicaines fondées sur l’idéal démocratique achèvera d’ancrer la république dans notre société et dans le vécu quotidien de chacun. Nous avons ainsi, au fil des ans, acquis la ferme conviction que préserver les valeurs de la République est le garant de notre unité et la voie du progrès, et que la défense de la République doit être un devoir pour tous et pour chacun.

L’édifice républicain constitue aujourd’hui un acquis pour la Tunisie et en représente une de ses richesses majeures. Si la Tunisie, pays de petite superficie, peu nanti en ressources naturelles, est aujourd’hui reconnue pour l’abondance et la qualité de ses ressources humaines, c’est en grande partie grâce à la République qui a démocratisé l’école, libéré les énergies créatrices, généralisé la protection sociale et favorisé l’inclusion sociale par une politique hardie de solidarité nationale.

Au lendemain de l’indépendance, l’éducation et la santé ont, en effet, été placées comme hautes priorités du pays. Le capital humain a été valorisé, et le citoyen placé au début et çà la fin du processus de développement économique de la nation. Un peuple bien éduqué et en bonne santé sera plus à même de créer, d’innover, et d’assumer pleinement son destin.

Cinquante ans après la proclamation de la République, je ressens une grande fierté d’appartenir à la génération de l’indépendance et de la République ; une génération qui croit aux valeurs de l’égalité, de la liberté, de la valorisation du travail et du dévouement. Ces valeurs, nous les avions apprises à l’école et auprès de nos parents galvanisés par la joie de la liberté.

Cimenter une nation
La célébration du cinquantenaire de la République nous emplit d’autant plus de fierté, qu’elle relègue définitivement aux oubliettes l’époque d’avant les indépendances, où le colonisateur s’était attelé, à coups de canons, à faire subir à nos parents et grands-parents les pires atrocités des régimes anti-républicains. La République a permis à notre pays de tourner ces pages tristes, de surmonter les divisions créées par le colonisateur, et de cimenter une nation, avec un sentiment d’appartenance fort et un vouloir vivre ensemble facilité par le volontarisme social et politique de l’Etat. La Tunisie d’aujourd’hui est un peuple uni sous l’ombrelle de la République. Malgré la diversité de ses origines la population tunisienne reste une population homogène. En Tunisie, il n’y a pas place aujourd’hui à une quelconque fracture ethnique, encore moins religieuse, linguistique ou culturelle. C’est plutôt une richesse culturelle qui a émergé des différences possibles entre les régions, les villes et la campagne, les hommes et les femmes, les génotypes et les phénotypes.

Le chemin parcouru en un demi-siècle de république est impressionnant. Il a parfois été semé d’embûches, comme dans les années 70-80, où les bases politiques, économiques et sociales jetées par le premier président de la république, Habib Bourguiba, ont failli être emportées, à la fois par des politiques de marginalisation de la souveraineté populaire, comme l’institution d’une présidence à vie au profit du président Bourguiba, et par les manœuvres déstabilisatrices de groupements ayant choisi d’utiliser la religion comme fonds de commerce politique. La République tunisienne a, fort heureusement, surmonté victorieusement tous ces obstacles.

Le président Ben Ali, garant de la cohésion nationale
L’avènement, en novembre 1987 du président Zine el Abidine Ben Ali a, en effet, inauguré une ère républicaine plus glorieuse pour notre pays. En instaurant de façon définitive la constitution républicaine dans ses droits, en redonnant sa place éminente à la souveraineté du peuple, et en oeuvrant à donner un contenu concret aux droits de l’homme dans leur acception globale et indivisible, le président Ben Ali a fait plus que sauver l’héritage républicain tombé en désuétude : il a redonné une force et une âme à notre système républicain.

La réaffirmation de la base sociale et solidaire de notre République a permis à notre pays de garantir le bon fonctionnement de ses institutions, en même temps que la cohésion sociale de son peuple, et le progrès économique de la nation. La Tunisie a pu, ainsi connaître une paix civile rare dans la région, et se consacrer sereinement à l’œuvre de développement.

C’est à cette option claire en faveur de la bonne gouvernance dans la gestion des affaires publiques que la république tunisienne doit ses succès économiques et sociaux d’aujourd’hui, qui en font une référence dans la région et au-delà. Depuis vingt ans, en effet, notre pays connaît une croissance économique positive ininterrompue, près de quatre fois supérieure à son croît démographique. L’application des principes républicains d’égalité des chances entre tous les citoyens et de solidarité sociale, a permis à l’ensemble de la société de bénéficier des retombées de cette embellie économique. La Tunisie n’est plus un pays sous-développé, mais un pays émergent, avec un revenu national par habitant qui a plus que quadruplé en 20 ans. La Tunisie est aujourd’hui un pays de classes moyennes, l’essentiel de sa population, 80% appartenant à cette vaste catégorie en constante extension. C’est aussi une nation de propriétaires, où 80% des citoyens sont propriétaires de leurs logements. L’espérance de vie à la naissance dépasse 73 ans, et la protection sociale s’étend à près de 90% des citoyens.

Le chois pour l’école gratuite et obligatoire a été payant. Plus d’un Tunisien sur quatre fréquente l’école. Dans cette école de la République, les anciennes discriminations filles-garçons n’existent plus. Au contraire, on recense en 2007, plus de filles à l’université et dans les lycées que les garçons. L’école tunisienne s’est également transformée, s’inscrivant dans l’école des savoirs et de la connaissance axée sur la quête de performances et la promotion du mérite. La recherche scientifique et les activités technologiques y occupent désormais une place centrale. 1% du budget public est consacré à la recherche, une proportion que l’on retrouve rarement dans les pays de taille comparable. Dans pratiquement tous les secteurs, l’on trouve désormais des Tunisiens qualifiés, et les compétences tunisiennes sont nombreuses à être reconnues et primées de par le monde. A titre d’exemples parmi tant d’autres, pendant deux années de suite, ce sont des Tunisiennes qui ont remporté le prix L’Oréal/L’Unesco de la science.

Société de tolérance
En misant sur l’éducation et la culture, la Tunisie républicaine a favorisé l’émergence d’une société moderne, ouverte et tolérante qui refuse les valeurs anti-républicaines de fanatisme, de haine de l’Autre, ou de ségrégation sexuelle, prônées par les groupuscules extrémistes. C’est ainsi qu’à chaque fois que les groupuscules extrémistes ont tenté de s’infiltrer en Tunisie, ils ont buté sur une société éclairée où les valeurs républicaines d’égalité entre les citoyens et de tolérance couplées au legs de dialogue et de modération du pays se sont imposées depuis longtemps. Il faut s’en féliciter et poursuivre sans relâche le combat mené contre l’obscurantisme, contre l’ignorance et la précarité qui en constituent le terreau.

Assurer le bien-être de chaque citoyen est le garant de notre société et de l’indépendance de notre pays. Nous nous réjouissons, à juste titre, des mesures prises par les autorités tunisiennes, notamment à travers le onzième plan de développement du pays, pour améliorer nos performances économiques, créer davantage d’emplois pour les jeunes qui sortent de nos écoles et universités, réduire la pauvreté à sa plus simple expression et favoriser davantage l’insertion sociale des catégories vulnérables.

Les succès du Fonds de solidarité nationale (plus connu sous le nom ’26-26″, qui est parvenu en une décennie à peine à désenclaver les régions, à les doter des infrastructures de base appropriées et à sortir de la précarité plus d’un million de Tunisiens, attestent de la justesse de l’option solidaire prise par notre République. Les performances de la Banque tunisienne de solidarité qui octroie des micro-crédits aux populations, notamment aux jeunes et aux femmes, encourageant ainsi l’initiative individuelle constituent également un motif réel de fierté en notre République. Tout comme les récentes décisions présidentielles favorisant l’embauche des jeunes issus de familles vulnérables qui viennent étoffer une panoplie de mécanismes permettant à la république tunisienne d’êviter les pièges des sociétés à deux vitesses qui affaiblissent les pays où les système de solidarité sont inexistants ou inefficaces.

Optimisme en l’avenir
Tous ces acquis de la Tunisie nous autorisent à penser l’avenir de notre République avec grand optimisme. Les valeurs de la république sont aujourd’hui largement partagées, et autre donnée positive majeure, ces valeurs ne se déclinent pas en principes démagogiques, mais en réalités concrètes. La République signifie aujourd’hui pour les Tunisiens, une vie digne et décente dans un pays libre où la souveraineté appartient au peuple qui l’exerce par la voie des urnes et à travers les institutions qu’il s’est choisies.

Un demi-siècle de régime républicain doit nous rappeler les bienfaits du système républicain, et la nécessité pour chacun d’en être le chantre, en théorie et en pratique, pour assurer à notre pays des succès encore plus éclatants à l’avenir ».

img5644.jpg

Habiba Chaabouni-Bouhamed