Annick Blanc-Genetier proposera régulièrement aux lecteurs de lextension.com un article sur la Vision des femmes. Dernièrement, elle se trouvait en Tunisie. Voici sa chronique.

La tenue à Tunis les 12 et 13 décembre derniers, du symposium relatif au cinquantième anniversaire du Code du Statut Personnel, a été l’occasion pour les femmes d’Afrique et du monde arabe en général, d’un débat ouvert sur leur place dans la vie économique, sociale, politique…Si beaucoup reste à faire en Tunisie comme en ont témoigné les nombreuses femmes présentes, ce petit pays reste encore un modèle dans la méthodologie à suivre pour une législation devant nécessairement s’harmoniser avec les traditions. Nous verrons que cela passe par une lecture éclairée de la charia. « L’homme n’est pas le guide, la base religieuse est le guide » a souligné Mme Emna Aouij, Ex-Ambassadeur, Experte Internationale.

Un modèle
Premier pays du monde arabe à avoir interdit la polygamie et où le principe d’égalité entre les hommes et les femmes est passé au statut de partenariat, la Tunisie occupe aujourd’hui une place de choix dans le monde de l’éducation, de la santé ou encore de l’économie. Les mentalités ont évolué mais la femme profondément attachée à ses acquis, dans le processus de développement. demeure toujours vigilante en dépit des progrès. Beaucoup reste à faire et l’obscurantisme et le fondamentalisme grandissant ne doivent pas freiner d’autres avancées. Le développement de la société tunisienne reste encore lettre morte dans beaucoup de pays.

Le Ministre de la Justice et des Droits de l’Homme, Bechir Tekari a ouvert le symposium devant une assistance composée d’ambassadeurs d’Iran, d’Oman, de Syrie, du Brésil, de la Ministre camerounaise des Droits des Femmes, de hautes personnalités marocaines, égyptiennes, mauritaniennes, yemenites, de représentantes de l’Organisation de la Femme Arabe, du Parlement Européen, de l’ONU…une présence variée qui augurait dés le début de cette rencontre de la richesse des débats.
« Le Code du Statut Personnel a créé l’égalité entre les membres de la famille » déclarait-il. Toutefois il répondait quelques jours plus tard dans la Presse (quotidien de Tunis) aux questions liées aux droits de succession encore en suspens dans la législation tunisienne. Des femmes du symposium avaient en effet mis en lumière ce point encore non résolu et qui donne aux hommes la part belle en matière d’héritage.

Car « en dépit des progrès accomplis en Tunisie, l’égalité de fait restera longtemps un objectif difficile à atteindre dans certains pays » selon Emna Aouij. « Il est essentiel de supprimer les effets des traditions et de limiter les réserves en interprétant justement la loi coranique. Des réalisations majeures ont été consenties chez nous en 10 ans pour honorer nos engagements internationaux et si nous avons fait en cinquante ans des avancées significatives en matière de législation, nous avons encore à accroître la démocratie d’ici 2014 – 2015 » (terme du mandat présidentiel de Ben Ali).

La voie de la modernité
Le Dr Wadouda Badrane, Directrice Générale de l’Organisation de la Femme Arabe a réellement élargi le débat avec une intervention remarquée sur les réformes recherchées par la femme arabe dans la société musulmane. « Les lois ne sont pas qu’un ensemble de textes. Elles doivent être associées à un nouveau système qui permettra l’équité. Mais quel impact ont ces textes dans les pays arabes? Peu parmi eux y ont adhéré dans les domaines de la citoyenneté, du mariage parce qu’elle semblent en contradiction avec l’islamisme. Nous rencontrons de vastes critiques. On nous parle d’ingérence dans les traditions et l’individu est généralement méfiant de tout ce qui vient de l’étranger. Nous avons besoin d’abord d’une réforme culturelle de l’Histoire de la femme. Celle-ci ne doit pas subir le changement venu du haut, de la volonté politique, mais doit en être partie prenante. Cela suppose de libérer les mentalités, adopter de nouvelles facons de voir. En Tunisie, le Code de 1956 amendé en 1995 constitue un modèle parce qu’il n’est pas en contradiction avec les textes sacrés et les préceptes religieux. L’effort d’interprétation a permis l’application »…

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Saloua Ayachi Labbène, Ministre des Affaires de la Femme, de la Famille, de l’Enfance et des Personnes agées