Bon Génie a été fondé à Genève par le grand-père de Michel, Adolf, en 1891 au 1er étage à l’angle de la place du Molard. Voilà une boutique moderne, évolutive, qui a su grandir avec Genève sans prendre une ride malgré son grand âge. Le nom et la boutique sont désormais indissociables de la ville et de son histoire. Si Genève était un jardin, Bon Génie en serait l’une des fleurs centrales, parmi les plus parfumées et les plus raffinées. Un bouquet d’élégance.

Bienvenue
Sur les 2000m2 du jardin, se juxtaposent ou s’entremêlent une pinède, des rosiers, une grande haie de solides laurelles, au feuillage persistant vert clair, une grande partie centrale engazonnée, un grand saule pleureur mis à nu par l’hiver, un coin compost. Fleurs et feuillages servent pour la confection de compositions florales, et la pelouse fournit une grande aire de jeu pour les enfants. Le jardin n’en est pas moins un véritable coin de nature au milieu de la ville. Un bel endroit au calme pour prendre le temps de se cultiver et échanger. «J’ai le souvenir d’avoir retrouvé une lettre de mon grand-père dans laquelle son errance était écrite. Il disait qu’il avait trouvé une place comme employé, qu’il gagnait 100 francs par mois et qu’il recevait la soupe à midi» nous confie Michel Brunschwig… Né dans les années 1870, orphelin, Adolf Brunschwig a fondé Bon Génie juste après son mariage. On sait cependant que le foyer familial originel des Brunschwig se situe depuis très longtemps en Alsace, à 10km de la frontière suisse, dans un paisible village baptisé Durmenach.

L’affaire
«Je suis rentré dans l’affaire en 1946. Pendant plus de 50 ans, mon frère cadet Jean-Jacques et moi avons été co-directeurs de Bon Génie. Mon frère aîné a embrassé la profession d’avocat et a même été bâtonnier». Des premiers mots échangés, on se rend compte que Bon Génie est d’abord une histoire de famille. Et que la famille, c’est le passé comme l’avenir de la saga de l’entreprise. «Nous sommes une grosse PME» lance Michel Brunschwig, «sans être une boutique ni un empire international, nous sommes quelque chose d’un peu rare». Bon Génie n’a cependant pas toujours été une grande société. «On a eu une affaire qui a grandi, mais lentement, tout doucement, par paliers»… Le paysage du Genevois avec le Mont Salève plante le décor de ce jardin. Est-il plutôt Jardin d’Éden, refuge du bien-être ou île de la contemplation? On sait que les jardins secrets abritaient les miracles de la nature où beauté et intelligence étaient indissociables. Et c’est plutôt de ce côté-là qu’il faut chercher.

Une institution à Genève
Bon Génie ne fait pas ses 117 ans. A l’origine la petite boutique occupait trois personnes, Adolf le grand-père fondateur, son épouse et une courtepointière. Elle est devenue une Holding. «Nous avons des publicités d’ouverture que mon fils Pierre garde précieusement» avoue Michel Brunschwig. A l’époque, le magasin fonctionnait «à tempérament», c’est-à-dire en recourant à la vente à crédit. Les gens achetaient un objet 100 francs et payaient une petite somme tous les mois. Et chaque fois qu’ils payaient une mensualité, on collait des timbres sur leurs carnets. Il y avait même des encaisseurs qui partaient s’enquérir des sommes dues. «On est une très vieille affaire, l’une des plus anciennes du Canton» confie le grand patron, transmise de père en fils depuis plus d’un siècle.

Coup de Génie
«C’est mon grand-père qui a trouvé ce nom. Vous savez, c’étaient les noms de l’époque. Comment s’appelaient les magasins? Au Bon Diable, La Samaritaine, le Printemps, Les Farfouillettes, des noms un peu imaginaires, un peu fantaisistes. En Suisse romande, cela se faisait très peu de mettre son nom. Je pense que si l’on regarde l’Europe de la fin du 19ème ou du début du 20ème siècle, on pourrait trouver facilement une trentaine de magasins qui s’appelaient Bon Génie» analyse le patriarche. «Cela pourrait être un magasin vieillot avec ce nom» estime Michel Brunschwig heureux d’avoir pu développer avec sa famille le style moderne qu’on lui connaît aujourd’hui. Mais le nom semble inchangeable à l’heure actuelle. Bon Génie – Grieder, c’est l’entreprise pionnière en Suisse dans les domaines de la mode et de l’accessoire. Le groupe rachète Grieder en 1972. «C’était une affaire très similaire à la nôtre, à l’origine plus haut de gamme: le Père Grieder l’avait fondée en 1889» rappelle le chef de famille. Grieder était en quelque sorte la vitrine des fabricants de soieries de Suisse orientale. Les grands couturiers parisiens vont encore s’approvisionner là-bas. Le nom Grieder avait une telle valeur à Zurich et en Suisse alémanique qu’il a d’ailleurs été maintenu. En gros, «les magasins s’appellent Bon Génie en Suisse romande et Grieder en Suisse alémanique».

Main Verte et Love City
«Je ne vous raconte pas d’histoire. Je n’ai pas la main verte, c’est ma compagne qui était très jardin» avoue le maître des lieux. C’est donc une entreprise spécialisée qui vient s’en occuper. Un espace assez protecteur dans son ensemble. Chez Michel Brunschwig, une pièce importante est la véranda. Sorte de pièce-frontière entre l’intérieur et l’extérieur. Lieu agréable dans lequel il fait bon lire et boire le thé. «Je suis très content que mon jardin soit bien, mais je crois que je pourrai être très heureux en ville aussi, si j’avais un bon cadre, si j’habitais un beau quartier, dans un bel appartement». Michel Brunschwig aime son jardin mais la nature a des limites que la culture ne connaît pas. Notre hôte adore l’animation des villes «j’adore ce que la ville peut vous donner, les spectacles, les concerts, je suis un peu urbain». L’homme sort beaucoup. Il continue à vivre comme le chef d’entreprise qu’il a toujours été, à un rythme soutenu fait de rencontres et d’échanges. Présent à Bon Génie tous les matins, le reste du temps, il profite de sa liberté en s’investissant dans la lecture et dans la culture. Grand connaisseur de la ville et du Canton, fin adorateur d’innombrables anecdotes locales ou nationales, Michel Brunschwig aime parfaire sa culture générale en discutant avec les gens. «J’aime les rencontres, les gens» explique-t-il simplement.

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Michel Brunschwig dans sa véranda, lieu où il fait bon lire et boire le thé, hiver comme été.