Une Diva sur le divan

par | 19 Sep 2009

Evelyne Brunner, votre nom s’est prolongé par Bellaton… C’est l’amour qui a parlé?
Oh oui c’est l’Amour avec un grand A! Rencontrer mon époux est la chose la plus merveilleuse qui soit arrivée dans mon existence, il était donc normal pour moi de l’associer
à mon nom dans le bonheur de mon grand retour sur scène cette année.

Après une longue absence vous allez donc retrouver l’excitation des planches, en commençant par celles du Théâtre du Léman à Genève. Vous êtes ainsi de retour au pays, puisque vous êtes suissesse. Tout a commencé ici?
Je suis née à Lausanne, j’y ai passé mon enfance et j’ai débuté comme concertiste. Mais comme je me vouais déjà au Bel Canto à cette époque, j’ai passé une audition à l’Opéra de Genève qui était alors dirigé par Herbert Graff. Il m’a donné tout de suite donné ma chance en me confiant un premier rôle à 25 ans (Michaëla dans «Carmen») ce qui était une grande responsabilité. J’ai ainsi fait 2 ans d’école lyrique à l’Opéra de Genève, là où tous les grands bonheurs de mes débuts ont eu lieu. C’est vous dire mon émotion d’y revenir bientôt!

Comment êtes-vous passée au cran supérieur, celui des tournées mondiales?
Je n’avais pas l’intention première de faire une carrière internationale, car étant pouponnée par Monsieur Graff je me sentais très bien dans ce cocon genevois. Malheureusement, lorsque mon pygmalion est décédé, j’ai dû m’expatrier pour poursuivre mon chemin artistique, le nouveau directeur n’ayant pas la même considération pour mon travail et ma personne.
Ce fut finalement prolifique puisque ma remise en question m’a emmenée à Lyon, pour y interpréter en alternance avec Teri Té Kanawa (qui débutait) «Les noces de Figaro». Tout est ensuite allé très vite, et j’ai pu parcourir le monde en chantant, ce qui m’a comblée.

Les USA vous ont aussi adoptée pendant quelques années…
Effectivement, dans toute carrière lyrique le chemin des Amériques survient tôt ou tard, et lorsqu’un producteur américain a voulu s’occuper de mon travail, j’ai accepté avec enthousiasme pour chanter par exemple La Tosca à Baltimore, me produire sur diverses scènes dont le mythique Carnégie Hall de New York, etc. Je me souviens d’une mémorable tournée au Chili, de rencontres fantastiques avec un public très expansif… Mais j’ai volontairement mis fin à cette formidable épopée américaine lorsque j’ai rencontré mon cher époux, un peu fatiguée par ce fol engrenage professionnel… J’ai alors commencé à me mettre en retrait de la scène pour pouvoir enseigner mon art aux nouvelles générations.

Pour vous, l’amour est plus fort que la réussite?
Absolument! Vous savez, après 30 années passées de scènes en palaces, de concerts enchaînés parfois de manière un peu frénétique, lorsqu’on a comme moi la chance immense de rencontrer son grand amour, on relativise tout et on choisit… Moi cet amour m’a fait renoncer à la poursuite de ma carrière, à cette époque où de jeunes divas arrivaient avec tout le renouveau qu’elles incarnaient. Je ne me reconnaissais plus dans cette concurrence effrénée. Mais je dois préciser que je n’ai pas la nostalgie du chant car je chante chaque jour, je suis née ainsi et je mourrai ainsi, mon art m’accompagne partout, ma voix c’est ma vie et j’en suis consciente à chaque instant. Je professe l’art lyrique à de jeunes artistes et c’est un vrai bonheur de voir éclore des talents aussi prometteurs parmi ces jeunes qui viennent du monde entier pour avancer dans leur discipline grâce à mes cours.

Votre enseignement est devenu votre principale activité, vous êtes réputée à Lyon pour sa qualité reconnue unanimement. Et pourtant le feu sacré de la scène brûle encore puisque vous allez enfin y remonter, après tant de sollicitations…Pourquoi?
Il s’agit une fois encore d’une rencontre exceptionnelle avec un producteur, Monsieur Gérard Gutierrez, qui a su trouver les arguments et la persuasion pour me convaincre d’honorer de nouveaux rendez-vous avec le public. Et comme vous le dites ça brûle toujours…C’est donc avec une joie immense – et un trac fou – que je vais retrouver la ferveur des soirées de Bel Canto, à commencer par Genève le 23 septembre pour une soirée vraiment exceptionnelle. Je serai accompagnée du ténor Bruno Millazzo et nous interprèterons des airs de Puccini, de Verdi, de Gounod, de Pionchelli, de Mascagni et de Meyerbeer, avec Maxime Buatier au piano. Je partirai ensuite pour une série de concerts près de la méditerranéenne, tout se règle ces jours-ci. En tous cas c’est une période magnifique pour moi, je vous le confirme!

Vous qui avez chanté (entre autres) avec Pavarotti (à l’Opéra de Genève), avez-vous une petite anecdote à son sujet?
Le respect des défunts me fera simplement dire qu’il était un immense artiste. Concernant l’homme, sa réputation assez particulière n’était pas usurpée. Personnage difficile. Je me souviens par exemple qu’il refusait de chanter réellement aux répétitions, mais j’ai quand même réussi à forcer un peu de générosité chez ce vrai génie du chant. Je n’ai pas tenu compte de son habitude de chanter une octave en dessous aux répétitions, et j’ai tout donné sans me préoccuper de son attitude. Or, contre toute attente, il a fini par me suivre et s’est mis à chanter à fond, surprenant tout le monde à commencer par le metteur en scène Hugues Gall qui m’envoyait des baisers de reconnaissance à chaque puissante note du Maître. Pavarotti s’est complètement lâché, ce qui n’arrivait jamais d’ordinaire sans le public. Je possède une photo de ce moment magique, un des meilleurs de ma carrière. Et je pousse mes élèves à plus de générosité, de don de soi, en pensant parfois à cet exemple un peu provocateur.

Vous avez laissé de nombreux admirateurs en Suisse qui seront là le 23 septembre. Un message pour conclure?
Je les attends avec tellement d’amour et de plaisir pour ces retrouvailles! La soirée sera magique je vous le promets, pour ceux qui aiment cette merveilleuse expression artistique qu’est le chant lyrique. Et comme vous le voyez, le destin nous réserve parfois de bien belles surprises!.
Olivier Grandjean, Resaplus

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BEL CANTO DELICE
le 23 septembre
au Théâtre du Léman à Genève à 20h 30
avec Evelyne Brunner-Pellaton et Bruno Millazzo,

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