Le procès des anciens hauts dirigeants de la Banque Cantonale Vaudoise, qui vient de s’ouvrir à Lausanne, passionne déjà les foules comme la chute de ces personnages si puissants à l’époque avait émoustillé les chaumières vaudoises.

Pensez, des hommes qui tenaient un canton entre leurs mains, des projets industriels et la vie de dizaine et de dizaine d’entreprises, montrés du doigt et traités comme de vulgaires voleurs de poules! A l’instar de ce qui s’est passé à Genève, avec la descente aux enfers de Marc Fues et consorts, dans le fiasco de la Banque Cantonale de Genève. Ces deux affaires ont au moins un point commun, celui de la rupture d’un modèle économique, à savoir des banques politisées, dotées de Conseils d’administration non professionnels et de dirigeants – certes honnêtes – mais coupés des réalités bancaires par des pratiques consensuelles, fondées sur les us et coutumes locaux. Tous les ingrédients pour conduire aux dérives que l’on sait. Mais c’est un autre débat.

C’est le contribuable qui passe à la caisse
A l’aube de l’ouverture de ce procès, nous nous devons de nous pencher sur les dérives de la justice et les incongruités de machines archaïques et dépassées. Par exemple, Gilbert Duchoud a eu la chance d’être Vaudois, alors que son collègue Marc Fues a vu les arpètes de la justice monter un scénario digne d’un polar de seconde zone américain pour l’encrister en pleine rue du Rhône et l’embastillé à Champ-Dollon. Pourquoi? Pour rien, puisque pendant son séjour en prison, aucun policier, ni aucun juge ne l’ont interrogé avant de le remettre en liberté! Gilbert Duchoud a également eu la chance d’être Vaudois puisqu’il n’a été interrogé que très rarement par les policiers et les juges d’instruction alors que l’ancien directeur général de la BCGe a passé des centaines d’heures au Palais de justice. Cela n’est pas neutre. Et ce, pour deux raisons. Ces centaines d’heures coûtent en effet des centaines de milliers de francs aux contribuables genevois. De plus, elles ralentissent le processus du jugement puisque l’on ne sait toujours pas avec précision la date du procès à Genève.

Ces deux procès montrent, en effet, les limites des capacités judiciaires. On ne peut, bien entendu, pas être favorable à une justice expéditive mais, dans ces deux cas, un grand nombre de faits ne pourront être jugés de par leur prescription. Et ce n’est pas forcément un avantage pour les accusés car, dans ces cas, ils ne pourront prouver qu’ils ont été accusés à tort et affaiblit potentiellement leur défense sur les autres points qui seront jugés. Et vice-versa avec l’accusation.
Il faut réformer cette justice trop émotive!
A l’évidence, nous avons besoin d’une réforme profonde et d’une modernisation de notre justice. On a, en face de nous, une justice trop politisée, une justice trop émotive. Le mode de désignation politique de nos magistrats en est certainement la cause principale. Quoi de commun entre un Bertossa et un Zappelli? On ne peut pas attendre une justice homogène dans la durée si, du fait des forces politiques ambiantes, on tourne casaque à 180 degrés législature après législature. La Suisse est un pays riche qui perd beaucoup d’argent du fait des dérives de sa justice. Et si l’on n’en faisait l’économie en créant, pour toute la Suisse romande, une école de magistrats professionnels à l’aune de ce qui se fait chez nos voisins. On bénéficierait alors de juges professionnels bien formés, ayant une véritable vocation au lieu de magistrats trop souvent aigris qui se sont tournés vers la magistrature faute de mieux dans le privé.