Les éditions Notari présentent un texte inédit de Jacques Chessex, écrit en mai 2009, et inspiré de l’œuvre du sculpteur-graveur Manuel Müller (né à Paris en 1955, il vit et travaille à Lausanne).

(…) Sorti un peu avant l’aube de ma forêt, alors que les premiers oiseaux du jour allaient commencer à s’appeler, — déjà quelques tentations de chant sortaient des arbres — , je réfléchissais à cette propriété de la sculpture qui est d’abord de nous provoquer dans notre propre bulle, ou espace de vie, ou plus dangereusement dans la pure dimension mentale, physique, à la fois abstraite et concrète, où nous croyons que nous vivons. C’est-à-dire où nous nous mouvons, agissons, rêvons, dormons. Et c’est là que la sculpture pèse. Et blesse. Et convainc. Et toujours déstabilise. (…)
Jacques Chessex

Il serait faux de dire que les œuvres de Manuel Müller illustrent le texte de Chessex. Elles sont plutôt venues à la rencontre de l’écrivain pour l’entraîner dans une ronde intime et faire surgir de sa mémoire profonde, à la source même du langage, un chant qui tende à exprimer la part cachée – on pourrait dire sacrée – de l’être. Une nuit dans la forêt, c’est bien une promenade exploratoire au-delà du miroir, rendue possible par le dialogue du poète avec une voix sortie d’entre les mains de l’artiste plasticien : ces figurines (voir les illustrations) – taillées, gravées, sculptées, têtes ou masques étranges et fascinants par leur hiératisme, la fixité de leurs regards – sorties tout droit des galeries secrètes d’un musée d’ethnographie imaginaire, dégagent en effet une aura de magie qui attire irrésistiblement le contemplateur et lui intime le silence, l’écoute, le questionnement.

Arrachée à sa volonté comme de la limaille, la plume de Jacques Chessex s’est donc laissée guider dans cet espace crépusculaire de la conscience où le regard décalé de son double rend possible la perception de l’éternité et de sa propre vanité. On peut dire qu’un tel mode d’écriture va plus loin qu’un simple travail de « collaboration » : dans le secret laboratoire de l’œuvre, ce sont les mains elles-mêmes qui agissent, les gestes qui se cherchent et s’entrecroisent et donnent, en guise de réponse – réponse illusoire, sans cesse différée – la forme la plus juste possible à la question de la vie.

64 pages, relié cuir, 15,5 x 15,5 cm
1er tirage de 475 exemplaires + 25 ex.de tête (*)
ISBN 978-2-940408-10-8
Prix env. CHF 45
Disponibilité : novembre 2009

(*) 25 exemplaires signés par Chessex et Müller, accompagnés d’une gravure originale de Manuel Müller, numérotée et signée, dans un emboîtage spécialement conçu pour cette édition. Prix CHF 750

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Le livre sera disponible dès novembre 2009.