En 2007 déjà, sur ce même site (http://www.lextension.com/index.php?page=chronique&id_ch=6396) , je vous disais : « La prochaine exposition à voir ? Sans hésiter : Ugo Rondinone au Palais de Tokyo. The third mind : Dès le 28 septembre et jusqu’à la fin de l’année. »

Presque trois ans plus tard, je vous redonne le même conseil : allez voir Ugo Rondinone. Pas à Paris cette fois-ci, ni à la Biennale de Venise – mais à Aarau. Pas très glamour ? Détrompez-vous. La directrice du Kunsthaus, Madeleine Schuppli, consacre à celui qui est l’un des artistes suisses les plus importants, sa première exposition solo depuis plus de 10 ans et nous offre une opportunité unique de découvrir ou de revoir non seulement son « labyrinthe mental », mais son travail, son monde, ses atmosphères. Comme le disait à l’époque Marc-Olivier Wahler à propos de Third Mind, cette exposition n’était pas seulement l’oeuvre de Rondinone en tant que telle, mais sa matière même, sa nourriture, ses inspirations : « …un scan de son cerveau: aucun curateur ne pourra jamais imaginer cette structure mentale, un système de correspondance unique à ses propres obsessions. » (Marc-Olivier Wahler).

A Aarau, vous pourrez découvrir la poésie de Rondinone, son approche synesthésique de la conjonction des images sonores – ou des silences – et des images visuelles – vous pourrez découvrir une exposition à la fois historique et futuriste, si tant est que le temps « qui passe » est pour Rondinone le temps qui vient, celui de la découverte continuelle de lui même et du monde (le titre de l’exposition, La nuit de Plomb fait référence à un roman dans lequel le « héros », au cours d’une de ces nuits de plomb que nous visons tous parfois, rencontre comme par hasard – lui-même, mais un lui-même qui se serait arrêté dans le temps « qui passe » : lui-même dans sa jeunesse…). Cette rencontre constante avec soi-même est « personnalisée » dans l’exposition par une empreinte de la main de l’artiste – un geste qui dit tout peut-être, à ceux qui sauront partager ne serait-ce que l’instant d’une regard, l’émotion de l’empreinte, de la trace d’une singularité fondue dans une vision de l’humanité aussi intemporelle qu’elle est inscrite dans l’espace qui est le nôtre : le monde, notre musée.
Comme l’écrit Madeleine Schuppli, « Ugo Rondinone comprend l’art comme un phénomène qui se tient hors du temps. » Une nuit de plomb, notre temps, hors du temps.
Le dimanche 13 juin, le Aargauer Kunsthaus propose un évènement festif autour de la présentation du catalogue qui accompagne l’exposition, avec notamment des textes de Klaus Biesenbach, et Agustin Pérez Rubio, ainsi que de Beatrix Ruf, directrice du Kunstmuseum Zürich, à propos de The Third Mind.