L’ivresse du pouvoir a conduit certains agents à occulter les lois immuables de l’économie que l’Histoire et l’expérience avaient mis des années à façonner. Pierre Leconte remet les pendules à l’heure.

Le drame du XXe siècle, d’où découle le complet dérèglement des mécanismes monétaires – surtout depuis les années 1970 –, cause réelle de la grande crise boursière, financière, économique et sociale actuelle, tient à ce que les anciens Grecs appelaient l’hybris (ivresse du pouvoir) qui a saisi les hommes politiques, technocrates et économistes – en particuliers universitaires – occidentaux dits «modernes». Ces derniers, croyant naïvement pouvoir agir sur la monnaie et l’économie pour en améliorer le fonctionnement – quand ils n’interviennent pas à des fins d’installation de leur pouvoir personnel ou pour accaparer pour eux seuls l’essentiel des richesses –, se sont en effet exonérés de la plupart des lois immuables de la mathématique, de la monnaie et de l’économie que l’Histoire et l’expérience avaient mis des siècles à façonner.

Evidemment, hommes politiques, technocrates et économistes – en particulier universitaires –, ayant recours à toutes sortes de manipulations étatistes d’inspiration marxiste ou keynésienne, se sont révélés incapables de mieux faire que ne l’avaient fait les sociétés de liberté du XIXe siècle qui ont constitué l’apogée du système libéral occidental. Cette faillite intellectuelle des hommes de l’Etat et des clercs en Occident a, en outre, conduit à une société d’irresponsabilité et d’inégalité dans laquelle la masse de la population n’a plus comme perspective que son appauvrissement collectif pendant que les plus habiles s’octroient des avantages exorbitants.

Réformation du Système monétaire international
D’où l’impérieuse nécessité de restaurer les «grands équilibres» monétaires qui ont permis les meilleures périodes de croissance économique et de stabilité financière du passé. C’est-à-dire de réformer le Système monétaire international en rétablissant l’étalon-or et les taux de change fixes – mais exceptionnellement ajustables –, ainsi que le préconisaient Ludwig von Mises, Jacques Rueff et le président Charles de Gaulle, pour en finir avec les monnaies étatiques fiduciaires de papier (fiat currencies) qui, n’étant basées que sur le néant, sont irrémédiablement condamnées à voir leur valeur retourner à leur prix intrinsèque: zéro! Ou bien de supprimer le monopole étatique d’émission de la monnaie en autorisant la liberté de création monétaire par les agents en mesure de le faire, ainsi que le suggérait Friedrich von Hayek, ce qui permettrait aux utilisateurs de la monnaie – que nous sommes tous – de choisir librement celle qui leur inspirerait le plus de confiance et leur rendrait le plus de services!*

Les enchaînements qui ont présidé au déclenchement de la grande crise actuelle, comme les mauvais moyens employés en ce moment pour tenter d’en sortir, illustrent parfaitement la validité de notre thèse.

Si les Etats-Unis n’avaient pas pratiqué avec Alan Greenspan une politique monétaire ultra-laxiste et un colossal endettement public comme privé, irresponsable en regard de leurs moyens réels de remboursement, tout en encourageant toutes sortes de mauvaises pratiques frôlant l’escroquerie (titrisation à l’infini de produits financiers gagés par un sous-jacent fragile, engagements opaques hors bilan des banques, pyramide de crédit public comme privé factice basé sur une monnaie de papier évanescente, etc.); le krach des actions de 2007-2008 n’aurait pas ruiné une partie importante de l’épargne mondiale et la grande crise actuelle n’aurait pas détruit le système bancaire américain et européen, ainsi que nous l’avions prévu.

Reconnaître les erreurs
Si les Etats-Unis, et les pays européens – incapables de concevoir une stratégie qui leur soit propre –, ne se lançaient pas actuellement dans la création monétaire ex nihilo illimitée, la «monétarisation» des dettes, la reprise massive de produits bancaires toxiques devenus sans valeur et des plans dit de «relance» qui ne feront que perpétuer le sur-endettement et le mal-endettement; l’Occident ne serait pas à la veille d’une vague d’hyper-inflation qui devrait provoquer, après l’explosion des déficits publics et le krach des obligations d’Etat, l’explosion de son système monétaire. Tout en ayant les effets destructeurs que l’on imagine sur la petite épargne et les mécanismes de retraite, comme d’accentuation du chômage et de la précarité sociale.

Ne pas reconnaître ses erreurs mais en plus les aggraver, tout en faisant croire que l’on agit pour en corriger les effets, dénote de la part des hommes de l’Etat et des clercs une perversion inquiétante de l’esprit. Prétendre traiter une crise de sur-endettement, assimilable à un alcoolisme prolongé, en proposant comme le meilleur moyen pour guérir le malade de lui remettre les clefs du bar, est à l’évidence irresponsable. Prétendre contrôler le cycle économique, qui ne dépend que du libre choix des agents économiques dans le cadre du marché concurrentiel, par toutes sortes de mesures de réglementation au premier rang desquelles la nationalisation des banques, est un leurre dangereux ainsi que l’on déjà montré les politiques marxiste et keynésienne. Alors que le seul moyen d’éteindre l’incendie allumé par les pompiers-pyromanes, c’est de les renvoyer et de laisser s’effondrer toutes les structures insolvables pour pouvoir ensuite repartir sur des bases assainies.

Destruction créatrice
Au lieu de financer à fonds perdus le «tonneau des Danaïdes», il est tout à fait possible de laisser les banques devenues insolvables, pour cause de mauvaise gestion, aller en faillite sans que la masse des épargnants en souffre. Et cela, parce que les Etats occidentaux sont en mesure de garantir le remboursement complet des détenteurs de comptes, lesquels déposeraient ensuite leurs avoirs dans celles des banques qui sont encore solvables. Une mesure de sélection naturelle, conforme à la fonction de «destruction créatrice» du libéralisme, chère à Joseph Schumpeter, qui restaurerait la confiance et qui coûterait beaucoup moins cher aux contribuables que la recapitalisation des banques insolvables, lesquelles se serviront d’ailleurs à la première occasion des fonds publics qu’elles obtiennent (après avoir déduit les bonus de leurs dirigeants!) non pas pour prêter à ces contribuables mais afin de spéculer pour elles-mêmes aux frais de la collectivité! Un bel exemple de socialisation des pertes et de privatisation des gains qui est devenu le mode de fonctionnement du «socialisme de marché» dans lequel l’Occident, pour son plus grand malheur, s’est installé.

Les chocs à venir
Comme les hommes politiques, les technocrates et les économistes – en particulier universitaires – occidentaux ont érigé en tabou absolu dont ils refusent de parler toute idée de réforme du Système monétaire international, qui aurait pour effet puisqu’ils n’ont rien à proposer de les dépouiller de leurs capacités d’influence, et ne s’agitent qu’autour de projets visant à réglementer toujours plus et mal les marchés financiers; il ne fait pas de doute que la grande crise actuelle devrait déboucher courant 2009-2010 sur plusieurs chocs:

1/une vague d’inflation, voire d’hyper-inflation, provoquant un krach des obligations d’Etat (US principalement);

2/plusieurs cessations de paiement étatiques (ou suspensions de remboursement des dettes publiques), vraisemblablement des Etats-Unis eux-mêmes, entraînant l’effondrement des trois principales monnaies étatiques fiduciaires de papier (US dollar, euro, yen) parce que toutes basées sur le même sous-jacent (les US Treasury Bonds ou Bills en US dollar) au profit de l’or et accessoirement de l’argent-métal, dont les prix devraient exploser avant qu’ils soient replacés au centre du Système monétaire mondial;

3/la montée en puissance de nouvelles zones monétaires régionales ou de monnaies de certains pays émergents, dont l’usage se généraliserait dans les dites zones mais aussi au niveau international par suite de la fin de l’étalon-dollar et de l’incapacité tant de l’euro que du yen de le remplacer.

Si le krach des actions et de certaines obligations privées («subprime» par exemple) est vraisemblablement terminé, c’est donc le krach des obligations d’Etat puis le krach monétaire qui menacent.

Redistribution des cartes
Au delà de leurs effets économiques et financiers, tous ces bouleversements portent en germe une complète redistribution des cartes entre l’Occident (Etats-Unis, Europe, Japon), d’une part, et le Sud et l’Est (en particulier l’Amérique du Sud et l’Asie chinoise), d’autre part, au plan politique et des rapports de force. Outre l’affaiblissement financier des Etats-Unis et de l’Europe par suite de la faillite de leur système bancaire et de la croissance économique zéro ou négative – accompagnée d’un chômage de masse – dans laquelle ils s’installent durablement (à l’exemple du Japon dans la décennie 1990 mais sans avoir les capacités exportatrices de ce pays qui l’ont sauvé pendant cette période) de nature à plomber durablement leurs finances publiques; le retour de l’inflation et de la hausse des prix des matières premières les enfermeront dans une stagflation (croissance zéro + forte inflation) voire une hyper-inflation durables. C’est ce scénario que nous décrivons dans notre prochain livre à paraître aux Editions Jean Cyrille Godefroy fin mars 2009 intitulé «Vers l’hyper-inflation».

Ceux qui pensent que c’est le scénario de la déflation qui est à privilégier en Occident à notre avis se trompent parce que toute déflation est impossible dans un système de monnaies de papier dirigées qu’Etats et banques centrales peuvent imprimer sans aucune limitation, tout en fixant leurs taux d’intérêt à court terme à zéro. Avec le triple inconvénient cependant:
1/de l’effondrement du pouvoir d’achat de ces monnaies (par rapport à la réalité de la hausse des prix) à l’intérieur,
2/de l’effondrement de leur taux de change (par rapport à d’autres monnaies ou de l’or) à l’extérieur,
3/d’une forte hausse des taux d’intérêt à long terme affectant ces monnaies, qu’Etats et banques centrales sont incapables de contrôler durablement, de nature à faire chuter les obligations d’Etat qu’ils émettent.

A l’évidence, la grande crise actuelle et ses prolongements probables auront l’avantage de ranger aux accessoires les «politiques monétaires» et les actions de relance keynésienne, dont l’histoire du XXe siècle avait déjà montré l’inefficacité et la perversité, même si le coût de la leçon est déjà considérable. Si la victoire du libéralisme authentique (et non pas du capitalisme monopolistique) est à terme assurée du fait de la mondialisation des économies et de la montée inéluctable en puissance financière, économique et politique des pays émergents, qui n’accepteront plus de se voir imposer les schémas du passé ayant entretenu leur sous-développement; il faudra du temps pour que les Etats-Unis, l’Europe et le Japon admettent enfin qu’ils ont fait fausse route. C’est au prix de leur marginalisation qu’ils apprendront un jour que c’étaient les principes de l’Ecole autrichienne d’économie et non pas ceux du monétarisme ou du keynésianisme qu’ils auraient dû appliquer. Ce qui signera la disqualification durable de leurs hommes politiques, technocrates et économistes – en particulier universitaires – qui se sont laissés enfermer dans la «pensée unique» de l’économie administrée et de la monnaie de papier, non gagée sur un étalon de valeur stable, créée par l’Etat ou les banques centrales monopolistiques.

L’année passée, nous vous avions conseillé (voir «L’Extension» d’avril 2008) – avec un grand profit ultérieur pour ceux qui ont suivi cette recommandation – de vendre les indices boursiers américains et d’acheter l’or, pour bénéficier de la chute du ratio Dow Jones des industrielles/Gold. Nous leur conseillons maintenant de vendre les obligations d’Etat américaines et d’acheter l’or, pour bénéficier de la chute du ratio US Treasury Bonds/Gold.

* Pistes que nous avons étudiées dans nos deux derniers livres «La grande crise monétaire du XXIe siècle a déjà commencé!» (2007, Editions Jean Cyrille Godefroy) et «Les faux-monnayeurs» (2008, Editions François-Xavier de Guibert).

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Si le krach des actions et de certaines obligations privées («subprime» par exemple) est vraisemblablement terminé, c’est donc le krach des obligations d’Etat puis le krach monétaire qui menacent.