Diverses institutions et entreprises actives dans la filière du Bois participent à la création d’une «région du bois». Producteurs, consommateurs, experts, se concertent pour établir une charte d’approvisionnement local du bois autour de Genève. Pour eux, se chauffer au bois, c’est protéger le climat, maintenir la vitalité des forêts et agir de manière positive sur l’économie régionale.

Le bois est-il une «ressource naturelle partagée»? Comprenez par là le fait que plusieurs acteurs de pays différents s’unissent pour gérer «en commun» une ressource naturelle transfrontalière. A l’échelon local, il semblerait que le bassin genevois et son arrière-pays soit une bonne illustration du phénomène. Acteur principal: le bois.

Genève manque de bois
A Genève, 12 grandes installations de chauffage aux plaquettes de bois sont en service. Elles requièrent annuellement de l’ordre de 26 GWh de bois-énergie. Ceci correspond environ à 30’000 m3/an de plaquettes forestières. A cela, il faut ajouter au minimum 160 chaudières et poêles à pellets requérant annuellement de l’ordre de 14 GWh ou environ 3’000 tonnes de granulés. Des besoins supérieurs au potentiel de la forêt genevoise qui ne pourrait fournir qu’environ 20’000 m3/an de plaquettes de bois dur… Il est donc important pour le Canton de voir au-delà de des frontières. Cela tombe bien, la Haute-Savoie, selon Prioriterre, pourrait elle fournir 100’000 m3/an de plaquettes…

Une Charte
Dans le milieu des politiques énergétiques, il est assez courant de voir les personnes concernées tirer la couverture de leur côté. Et bien, ce coup-ci, c’est l’inverse qui se produit. Tous les acteurs du bois, qu’ils soient consommateurs, producteurs, autorités administratives, distributeurs, ingénieurs; qu’ils soient suisses ou français, genevois, vaudois, haut-savoyards ou savoyards; se sont réunis toute une journée pour faire connaissance et mieux percevoir les particularités de chacun. Pour tous, le bois, cette source d’énergie renouvelable à fort potentiel, doit faire partie de l’avenir énergétique régional. Il s’agit d’établir un dialogue entre tous les acteurs de la filière bois-énergie et les utilisateurs de chauffage au bois, afin d’assurer l’approvisionnement des installations existantes, ou futures, et si possible de stabiliser les prix. Une Charte que cosigneraient tous les acteurs est en train d’être rédigée. Les institutions suivantes sont bien entendu directement concernées: le Service Cantonal de l’Energie, Energie-bois Suisse, Prioriterre (Haute-Savoie), Lignum-Genève, Domaine Nature et Paysage.

Approvisionnement local!
L’idée est de travailler dans le moyen et long terme en répondant à des préoccupations économiques et écologiques. Il s’agira d’encourager l’approvisionnement du bois dans des filières locales certifiées «durables» présentant un écobilan positif. C’est donc tout un processus régional de concertation transfrontalier et trans-branches qui se met progressivement en place pour valoriser la filière énergétique bois. «Le bois, c’est de l’énergie qui se renouvelle en permanence. Le bois abattu repousse à nouveau et absorbe pendant sa croissance autant de CO2 qu’il n’en libère en brûlant» ajoute Claude Haegi, Président de la Fondation pour le développement durable des régions, institution coordinatrice de l’événement et de Lignum.

Pourquoi le bois?
Valoriser le bois, c’est bien sûr, en premier lieu, freiner l’exploitation abusive des sources d’énergies fossiles et réduire les gaz à effet de serre. En Suisse, le bois-énergie permet aujourd’hui d’économiser 500’000 tonnes de pétrole et évite la dispersion de 1,5 million de tonnes de CO2 dans l’atmosphère. Pour les spécialistes, ces chiffres pourraient même être doublés. En outre, recourir au bois, c’est se libérer d’une trop grande dépendance vis-à-vis de sources étrangères lointaines et favoriser l’économie régionale. Et ce n’est pas perspective anecdotique: pour 100 francs investis dans l’énergie du bois, 52 restent dans la région et 48 en Suisse, alors que pour le gaz naturel, 14 francs restent dans la région, 12 francs en Suisse et 74 partent à l’étranger. Enfin, moins de transports longue distance, c’est aussi moins de carburant consommé et donc moins de pollution. Au raisonnement scientifique succède facilement le raisonnement logique. Qui plus est, la forêt est la seule matière première dont la production favorise un environnement sain… Elle embellit nos paysages, protège nos villages, nous livre de l’oxygène, un climat agréable, de l’eau propre et de l’air pur!

Orateurs de renom
Olivier Ouzilou, Directeur du Service Cantonal de l’Energie a établi un état des lieux complet de la politique énergétique cantonale et des besoins genevois en bois. Nicolas Pichot, directeur adjoint de Prioriterre a dressé un topo sur les ressources, les besoins et les acteurs de la région française. Philippe Steinmann, Inspecteur cantonal des Forêts a, quant à lui, profilé son discours sur les ressources et les acteurs à l’échelle régionale. Alain Bromm, responsable du bureau romand Energie-bois Suisse a continué la conférence par sa réflexion sur la filière bois-énergie en quantité, qualité et prix. Ces rapports d’experts, directement concernés par leurs professions, réalistes, et orientés autant par des préoccupations économiques et écologiques, ont passionné l’auditoire. En pratique, il s’agira d’assurer l’approvisionnement des installations existantes ou futures par du bois local, régional, tout en surveillant une certaine stabilité des prix.

Speed dating
Tous les acteurs du jour ont pu participer à un «speed dating» professionnel. Ils se sont rencontrés à tour de rôle pendant quelques minutes afin d’apprendre à se connaître de manière plus personnelle et approfondie. Il est certain que ce genre de procédé est à même de rendre beaucoup plus efficaces ces réunions professionnelles, techniques et stratégiques. Une nouvelle réunion est agendée le 25 janvier prochain dans le cadre de la société à 2000 Watts à «Place Des Affaires». Depuis quelques années, la Suisse redécouvre le bois comme source d’énergie moderne et efficace. Il est vrai que la forêt bûche pour nous.

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Philippe Steinmann, Claude Haegi, Alain Bromm, Nicolas Pichot et Olivier Ouzilou