Vincent Humbert : « Le Grand Parc d’Andilly est un outil pour le tourisme quatre-saisons »

par | 22 Oct 2021

Le fondateur du grand parc d’Andilly (74) a récemment tiré la sonnette d’alarme quant aux difficultés du parc d’attractions après la crise sanitaire. L’occasion de revenir sur ce qui est devenu, au fil des années, un pôle d’attractivité territoriale et de diversification économique dans le genevois. Interview.

Pourquoi avez-vous émis des doutes quant à la pérennité du Grand Parc d’Andilly et du Hameau du Père Noël ?

« L’absence de fête médiévale et de Père Noël en hiver ont été préjudiciables et notre chiffre d’affaires habituel de 4,5 millions d’euros est tombé à 600 000 euros. Le Hameau du Père Noël, c’est 40 % du CA. »

Aujourd’hui, nous nous étendons sur trois sites distincts, dont deux sont toujours situés sur la commune d’Andilly : La Cure et La Forêt des Moulins. Le troisième, quant à lui, se situe dans la commune de Saint-Blaise, sur le domaine du Mont- Sion. Quatre univers sont à découvrir : les Grandes Médiévales d’Andilly, qui se déroulent en mai/juin sur cinq journées, Le Grand Parc d’Andilly, Le Hameau du Père Noël, Le Grand Parc de Noël. Mais nous venons de vivre un an et demi difficile, avec seulement une ouverture à l’été 2020 marquée par les jauges et le port du masque. À l’été 2021, nous avons subi l’exigence du passe sanitaire et une météo peu favorable. L’absence de fête médiévale et de Père Noël en hiver ont été préjudiciables et notre chiffre d’affaires habituel de 4,5 millions d’euros est tombé à 600 000 euros. Le Hameau du Père Noël, c’est 40 % du CA. Les Médiévales représentent aussi 40 %, et le parc été 18 %. Nous employons 11 permanents, 400 bénévoles en temps normal, 1 300 pour les Médiévales. Les 140 saisonniers employés durant l’hiver ont bénéficié du chômage partiel l’année dernière. Et, comme d’autres parcs, nous avons été aidés par l’État. Mais 140 000 euros restaient bloqués depuis mai pour cause de vérification, ce qui nous mettait en péril. Un article dans Les Échos a aidé au dénouement.

« Quatre univers sont à découvrir : les Grandes Médiévales d’Andilly, qui se déroulent en mai/juin sur cinq journées, Le Grand Parc d’Andilly, Le Hameau du Père Noël, Le Grand Parc de Noël. Mais nous venons de vivre un an et demi difficile, avec seulement une ouverture à l’été 2020 marquée par les jauges et le port du masque. À l’été 2021, nous avons subi l’exigence du passe sanitaire et une météo peu favorable. »

Êtes-vous désormais plus serein ?

Un peu plus. Le Hameau du Père Noël a acquis une belle notoriété et nous ouvrons le parc d’Andilly pour la « raclette du père noël » ou les Médiévales. L’année dernière, nous avons ouvert les portes seulement treize jours ! Notre défi est de faire connaître la patinoire, le labyrinthe dans les arbres… en plus du Père Noël. Nous espérons que le Hameau rapportera 3 millions d’euros au lieu de 1.8 millions. Mais les inconnues sont multiples, comme le bouche-à-oreille ou la météo.

Vous sentez-vous soutenu ?

Heureusement, les médias parlent de nous . Les passages chez Ouest France ou Europe 1 ont de l’impact en cette période où le temps passé en famille prend plus d’importance. Les banques se montrent compréhensives, et des collectivités telles que les communautés de commune Usses et Rhône, du Genevois, du Pays de Cruseilles nous font des dons. Paradoxalement, cette crise a aussi eu pour effet de faire prendre conscience à tout le monde que le Grand Parc est un outil territorial. La région profite de la vallée de l’Arve, du reblochon, des montagnes et des lacs, mais aussi de l’attrait que peut représenter un tel parc, complémentaire des autres activités.

Le parc a-t-il acquis aujourd’hui une stature nationale ?

Le Père Noël reste une valeur sûre pour attirer les familles et le grand public. J’étais récemment à l’assemblée générale des parcs d’attractions et j’ai pu constater que nous étions un petit parmi les grands avec nos 280 000 visiteurs. Nous sommes considérés comme Vulcania ou La Ferme aux Crocodiles. La billetterie connaît le succès quand elle est ouverte. Elle attire des saisonniers et du public au-delà de la région et nous allons devoir limiter les réservations pour Le Hameau du Père Noël. Notre but est de nous imposer comme une étape incontournable pour les visiteurs en partance pour les vacances à la montagne.

Pourquoi êtes-vous considéré comme un acteur à part ?

À cause de notre structure atypique : nous sommes un parc rural et associatif. Le Grand Parc d’Andilly est géré par l’association Le Petit Pays-Andilly Loisirs. Les bénévoles remplissent leur tâche par amour et peuvent donner beaucoup de leur temps. Mais le management est différent. Bien sûr, nous recevons aussi une subvention du conseil départemental. Je suis président de l’association depuis vingt‑cinq ans, maire d’Andilly depuis 2008. Je ne suis pas payé et me contente de mes indemnités de maire. J’assume de décupler les efforts sur une telle activité pour le territoire. C’est mon rôle. Seize jeunes de la commune d’Andilly y travaillent, par exemple. Nous ne sommes pas toujours pris au sérieux, notamment par des acteurs très tournés vers le ski, qui nous perçoivent aussi comme des « bouffeurs de subventions ». Mais un parc comme celui de Nigloland, dont je connais la direction, nous observe comme des extraterrestres.

Le fait de cumuler les casquettes d’édile et de gestionnaire de parc n’engendre-t-il pas des télescopages ?

Le risque de conflit d’intérêt n’est pas un souci de réflexion au quotidien car la règle est simple : lorsqu’on parle du parc au conseil municipal, je sors. Nous avons dès le début mis les choses au clair avec le sous-préfet et 28 personnes autour de la table. Il importe de ne pas mettre tous les oeufs de la commune dans le même panier. Par exemple, comme les visiteurs sont nombreux, nous construisons aussi un hôtel.

Quel serait l’avenir idéal pour le parc ?

Une masse salariale plus stabilisée. Une gestion moins lourde en interne. Nous ne grandirons pas plus au niveau du foncier mais il importe de densifier la zone, pour le côté environnemental et afin de pouvoir loger sur place. Le côté humain associatif doit perdurer. Il importe aussi que les stations de ski, qui seront de plus en plus soumises au manque de neige, s’appuient plus sur nous. Rovaniemi, le village du Père Noël en Finlande, représente 300 millions d’euros de retombées pour son territoire. Chaque jour, un avion en provenance de Londres et un autre du Japon y atterrissent. Les concepts de bâtiments mythiques et personnages légendaires permettent d’agrémenter le fameux tourisme quatre-saisons. Ici, il faut désormais compter avec le Père Gourmand, le Père Fouettard et les Casse- Noisettes, qui plongent dans la magie de Noël même l’été !

Quel est votre parcours ?

Initialement, je suis détenteur d’un CAP coiffure à domicile. J’ai travaillé à Genève dans le milieu de la mode et dans les cabarets. Puis, après l’armée, je me suis installé à Andilly comme coiffeur, avant de reprendre le comité des fêtes… Le début de l’aventure.


Julien Tarby

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