Fait rarissime, car depuis 30 ans les élections judiciaires sont tacites, la population sera invitée à se prononcer sur l’élection au poste de Procureur Général, le 20 avril prochain. Les genevois désigneront donc, pour les 6 ans à venir, celui qui assumera l’ordre judiciaire à Genève.

En 2002 déjà, le Peuple avait choisi Daniel Zappelli qui est candidat à sa succession, naturellement. Mais quelle mouche a donc piqué les socialistes de proposer la candidature de François Paychère, l’actuel président du Tribunal administratif?

Il faut d’abord se souvenir que, même si présenté par un parti politique, le Procureur général est d’abord garant du respect de la loi et de ses applications fussent-elles contraires aux sensibilités du parti qui l’a présenté et soutenu. Il doit veiller à la défense des intérêts généraux de la société, à l’application des règles de la valeur sociale, en gardant la plus parfaite impartialité et en garantissant la séparation des pouvoirs. L’exemple le plus marquant remonte sans doute aux années 1975 à 1985 lorsque le libéral Raymond Foëx, ouvert et ferme à la fois, était en charge de cette fonction. Tous, de gauche comme de droite s’accordaient à reconnaître l’indépendance et l’efficacité qui caractérisait son action.

En 1996, la droite n’a pas contesté le renouvellement de la candidature de Bernard Bertossa, malgré les réserves qui pouvaient être exprimées compte tenu de certaines actions partisanes sanctionnées par de coûteux échecs pour Genève. Les qualités qu’on lui reconnaissait ont été objectivement reconnues.

Aujourd’hui, on politise complètement une élection qui ne devrait pas l’être. C’est dommage. On peut ne pas être d’accord avec toutes les initiatives du Procureur Daniel Zappelli, comme on pouvait parfois contester celles de Bernard Bertossa, mais pourquoi ne pas reconnaître les nombreux aspects positifs de son bilan. Il a rempli son rôle et n’a pas démérité et sa droiture ne peut en aucun cas être contestée.

Que son action, quelquefois un peu musclée – telle l’évacuation de Rhino, qui fut pendant trop longtemps une véritable provocation dans un Etat de droit, ou son initiative pour freiner la mendicité à Genève de réseaux organisés – puissent avoir surpris, voire bousculé, quelques personnes, on peut l’imaginer. L’intérêt supérieur et les valeurs de Justice auxquelles Genève est attachée ont été respectés.

N’entrons pas dans le combat politique qu’on nous propose et qui dénature la fonction.