La décision du Président de la République a pris de court le monde de la montagne. Sur la forme comme sur les fond, professionnels et élus ne comprennent pas… et le font savoir.
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Même ceux d’entre eux qui n’ont jamais vu la neige connaissent maintenant la sensation d’être secoué au coeur d’une avalanche. Car, depuis le 24 novembre au soir, les conseillers ministériels et le cabinet de l’Élysée croulent sous les coups de fil, SMS, courriels, publications sur les réseaux sociaux et autres appels du pied par médias interposés déversés par le monde de la montagne.
Chacun y va, certes, de son petit couplet, mais tous les acteurs de la montagne (économiques, politiques, institutionnels…) entonnent bien le même refrain. Impossible de rendre compte de l’intégralité des réactions – ou même de simplement les recenser –, mais trois éléments clefs se dégagent de cette impressionnante chorale au diapason.
Premièrement, l’annonce présidentielle ne passe pas dans sa forme. «C’est pas qu’on est surpris : on est abasourdis !», résume Jean-Pierre Rougeaux, maire de Valloire et secrétaire général de l’Association des maires de stations de montagne (ANMSM). «Les acteurs concernés travaillent avec les pouvoirs publics depuis plus d’un mois sur un protocole spécifique. La veille, le premier ministre nous annonce “une décision sous dix jours” pour pouvoir tenir compte des dernières évolutions de la situation sanitaire, ce qui nous allait bien et semblait logique. Et là, boum ! Le président décide sans prévenir que, finalement, c’est non, pas d’ouverture avant janvier. C’est dramatique !»
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Comme un Noël sans neige
Deuxièmement : eh bien si, en fait, les stations vont bien ouvrir. «Les stations ne sont pas des usines qui fonctionnent en mode ouvert ou fermé. Ce sont des communes, des villages, avec de multiples activités», rappelle Hervé Gaymard, président du Département de la Savoie. Même si les remontées mécaniques sont fermées, le reste (autres activités sportives mais aussi culturelles, intérieures et extérieures) fonctionnera normalement. Les bars-restaurants exceptés (fermés, comme partout) ce ne sera pas si différent, au fond, d’un Noël sans neige auquel les stations de basse et moyenne altitude ont déjà dû faire face.
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Photo : Eric Renevier
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L’espoir fond…
Troisièmement, tout n’est peut-être pas définitivement écrit. «Il me semble impossible d’envisager une ouverture des stations de ski pour les fêtes», a dit Emmanuel Macron. Une formulation qui laisse une toute petite place à une révision du programme, même si le premier ministre Jean Castex, le 26 novembre, a confirmé que les remontées n’ouvriraient bien qu’en janvier. Le président a aussi indiqué vouloir se coordonner avec les autres pays européens. Bon courage : l’Italie a fermé, l’Allemagne souhaite le faire aussi (au 26 novembre, date de notre bouclage), mais l’Autriche s’y refuse et la Suisse n’y compte pas (lire en page 17)… L’espoir d’ouvrir à Noël est donc très limité mais tant qu’il existe un tant soit peu, les téléphones des conseillers de cabinet n’ont pas fini de chauffer.
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Et là, boum ! Le président décide sans prévenir que, finalement, c’est non, pas d’ouverture avant janvier. C’est dramatique !
Jean-Pierre Rougeaux, secrétaire général de l’ANMSM
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L’HÔPITAL, LES FLUX ET LE RANDONNEUR
C’est «la circulation épidémique» et « la situation des hôpitaux » qui «ne nous permettent pas d’envisager une ouverture» des stations pour Noël, a précisé le premier ministre Jean Castex, le 26 novembre. Il s’agit d’empêcher à la fois les rassemblements «des flux très importants de population», potentiels sources de progression du virus ; et la sollicitation supplémentaire des hôpitaux pour cause d’accidents de ski.
Mais dire aux Français que, malgré les remontées fermées, «il sera loisible à chacun de se rendre dans ces stations pour profiter de l’air pur de nos belles montagnes», est-ce vraiment se prémunir des «flux très importants» ? Et «inciter des publics non préparés à des pratiques sportives qui pourraient les mettre en danger [ndlr : ski de randonnée en remplacement du ski de piste impossible, par exemple] conduirait à l’effet inverse de celui recherché» pour les hôpitaux, relève, entre autres, Fabrice Pannekoucke, maire de Moûtiers et conseiller régional en charge des vallées de montagne.
AIDES
En plus de se battre pour une ouverture des stations le plus tôt possible,
les acteurs de la montagne se mobilisent aussi pour décrocher des aides spécifiques,
tant pour les entreprises que pour les saisonniers (environ 120 000 au coeur de l’hiver).
Le gouvernement a promis des efforts sur ces deux volets.










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