Le président de l’Association de promotion du poisson des étangs de la Dombes a coconstruit avec le Département un troisième livre blanc où la carpe est au cœur de la préservation environnementale.
Vous lancez avec le Département un troisième “Livre blanc, filière piscicole 2022-2025”. Qu’est-ce qui le différencie des deux précédents ?
Le premier qui date de 2012 était un livre de structuration de la filière. Il remettait autour de la table les différents acteurs et relançait cette production piscicole dombiste traditionnelle qui était en déperdition. Il fallait créer une vraie filière. Le deuxième livre blanc, lui, se voulait plus une consolidation et un développement de l’image de la filière, des techniques et des recherches piscicoles. Le troisième continuera à faire la promotion et le développement du poisson de la Dombes, mais avec, au centre, le respect de l’environnement et les enjeux de la filière. C’est une sorte de continuité avec une adaptation aux conditions et aux enjeux environnementaux.
Ce livre blanc a été coconstruit avec le Département qui nous fait confiance sur la gestion. À titre d’exemple, quand les propriétaires d’étangs déposent une demande de subvention pour améliorer leurs outils de production, c’est nous qui sommes chargés d’instruire le dossier. On veille toujours à ce que les subventions aillent à un projet valorisant la filière.
Qui aurait cru que le réchauffement climatique impacterait un jour ce territoire aussi aquatique que la Dombes !
C’est exact ! Et pour cela, nous avons grandement besoin de nous adapter en évitant, par exemple, qu’un étang reste inexploité, où l’eau ne pourra plus servir à la pisciculture. Il nous faut optimiser l’eau le plus possible pour alimenter un écosystème qui ne dépend que d’elle. Ce livre blanc met justement l’accent sur le réchauffement climatique et les dangers qu’il fait courir à la pisciculture, même si nous n’avons pas attendu cela pour nous adapter. Somme toute, le livre possède toute une phase sur l’adaptation des techniques piscicoles à utiliser, comme le fait de pêcher en pleine eau et de ne plus vider systématiquement les étangs pour cela. Mais ces initiatives nécessitent une expérimentation car le fait de ne plus vider un étang ne doit pas pénaliser celui d’après, qui attend d’être rempli. Bref, on continue de développer un système tout aussi environnemental qu’économique.
Dans quel état de santé sont les étangs aujourd’hui ?
La chance cette année, c’est qu’au sortir de l’hiver, le niveau d’eau était bon. Il a beaucoup plu et les étangs étaient bien remplis. C’est ce qui permet aujourd’hui d’avoir des étendues d’eau à des niveaux satisfaisants. Toujours mieux, en tout cas, qu’en 2020, où il n’avait pas plu de tout l’hiver. Pour l’instant, donc, on ne manque pas d’eau, mais il ne faudrait pas rester trop longtemps sans pluie.
Quel serait alors le problème ?
D’abord, le poisson se concentrerait en ne bénéficiant plus de la même quantité d’oxygène pour tous au mètre cube. Il vivrait mal, puis passerait en survie, avant de mourir. Ensuite, les oiseaux piscivores, échassiers, feraient plus facilement des ravages. On essaye coûte que coûte de moderniser nos conditions de protection des poissons. Nous avons installé par exemple des aérateurs qui permettent, en cas de canicule, de maintenir notre poisson en vie, pour son bien-être en premier, mais aussi pour avoir des productions économiquement viables. Cet aérateur solaire qui sert à oxygéner l’eau pendant les périodes cruciales a été conçu dans mon entreprise, spécialement pour les étangs de la Dombes.
Grâce à ce troisième livre blanc, les étangs vont-ils être mieux protégés ?
Il y a une prise de conscience collective quant au joyau environnemental que représentent les étangs et qu’il faut protéger. Mais protéger intelligemment, dans le sens où il ne faut pas couper court à toute activité humaine. Ce serait la pire des choses parce que cela desservirait complètement l’environnement dombiste, cette Dombe magnifique, singulière. Nulle part au monde, il n’existe quelque chose de tel. C’est la nature qui l’a créée, avant qu’elle soit façonnée par la main de l’Homme. Il ne faut pas préserver avec des avis tranchés – plus personne dans les étangs – en laissant la nature effectuer son travail. Ça n’aurait pas de sens parce que ce n’est pas comme ça qu’a été écrite l’histoire. En revanche, il faut développer une pêche responsable, préserver les espèces endémiques et lutter contre les variétés invasives.
J’insiste aussi pour dire que les propriétaires effectuent un énorme travail. Sur les 1 200 étangs existants, 700 sont exploités en pisciculture. Quant à la Communauté de communes de la Dombes, elle rémunère pour “participation au service environnemental” tous ceux qui font des actions en faveur de l’environnement.
La pêche sera-t-elle bonne cette année ?
Attendons de voir comment elle se déroule, comme chaque année d’octobre jusqu’à janvier, mais, pour l’instant, on est optimiste car on a eu assez d’eau pour remplir nos étangs et du poisson pour empoissonner correctement. C’est vraiment la météo de l’été qui fera que ce sera une réussite ou pas. Je rappelle que pour la saison 2021-2022, on a dépassé les mille tonnes de production. En 2020, nous en eûmes seulement 600.
Ailleurs en France où il y a des étangs, on trouve parfois plus simple d’arrêter la production !
C’est une question de volonté politique ! Ici, on a la chance que cette volonté soit à la fois écologique et économique. Ailleurs, l’étang est souvent vu comme une réserve à moustiques. Le Département est à fond derrière nous. Il nous a toujours fait confiance et soutenu. C’est rare de voir une telle coconstruction de filière. D’habitude, une filière se crée, puis elle est soutenue, mais dans l’Ain, quand on amène une pierre à l’édifice, ils en posent une autre. Il y a aussi les propriétaires qui s’investissent et qui investissent.
Le but, c’est vraiment de conserver ce côté local, territorial, de terroir… On peut toujours reproduire des conditions d’élevage de la carpe, en revanche, on ne déplacera jamais un terroir. On a cette chance, nous, d’avoir un terroir exceptionnel. Ce poisson que l’on produit, en termes de saveur, c’est la Rolls de la carpe.
1 200
C’est le nombre d’étangs que l’on recense en Dombes dont 700 dédiés à la pisciculture.
Bio express
- 23 avril 1980 : Naissance en Dombes
- 2005 : Diplôme d’ingénieur plasturgie à l’Itech Lyon
- 2006 : Formateur et prestataire pour l’industrie de la plasturgie
- 2011 : Associé dans une usine au Maroc
- 2013 : Dirigeant de l’entreprise plasturgiste LR Plastic Consult
- 2020 : Président de l’Apped
Eliséo Mucciante












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