Le cluster Outdoor Sports Valley (OSV) place la transition environnementale au cœur de sa stratégie et vise la décarbonation de la filière par l’innovation et l’intelligence collective. Le 15 juin, une journée était dédiée à cet enjeu majeur autour de témoignages et d’ateliers.
Plus de 450 acteurs de la filière outdoor ont répondu présent à l’appel d’OSV, le 15 juin à Giez, pour une journée de réflexion collective. Preuve que le sujet de la transition et de la décarbonation interpelle. Comme l’a rappelé Cédric Georges, le président du cluster, en préambule :
« 85 % des dirigeants ont pris conscience de la nécessité d’agir, mais seulement 25 % ont initié quelque chose. Nous devons nous mettre en mouvement et ne pas opposer économie et écologie, mais aller vers un business plus sain, moins impactant en termes d’émissions de gaz à effet de serre et de ressources, et en plaçant l’humain au cœur. »
Manager engagé, il est déterminé à faire bouger les lignes : « C’est en donnant du savoir, en partageant du temps et nos connaissances que, collectivement, nous irons plus vite. » Reste à éduquer, car beaucoup n’en sont qu’aux prémices, et à avancer en ordre de bataille. En effet, pour toute la filière, réduire son empreinte environnementale n’est désormais plus une option. C’est même une question de survie. Le modèle économique doit être repensé, et vite.
Quels leviers pour décarboner ?
Pour Renaud Bettin, responsable de l’action “climat” chez Sweep, plateforme de données qui a édité un logiciel pour réduire l’empreinte carbone des entreprises, « la décarbonation peut faire peur, mais elle est nécessaire pour faire évoluer les entreprises sur la bonne voie. » Selon lui, face au dérèglement climatique, il faut adapter les matières premières, la chaîne logistique, les politiques de ressources humaines… Cet expert de la transition l’assure : « Se décarboner, c’est augmenter les opportunités et réduire les risques. Il n’y a que de cette façon que la décarbonation prendra dans l’entreprise. »
Pour s’engager dans cette voie, l’industrie outdoor doit impliquer ses fournisseurs de matières premières, les achats représentant 80 % des émissions de gaz à effet de serre (GES).
« Dans un bilan carbone, la majorité des émissions, ce sont aussi celles des autres, et il est important d’en partager la responsabilité. »
Et Renaud Bettin d’expliquer, selon Sweep, à quoi s’apparente une « forever company » (une entreprise durable), l’anti-greenwashing. Il s’agit d’une entreprise « compatible » avec un monde neutre en carbone, « même si le net-zéro n’existe pas pour une entreprise », soutient-il, préférant évoquer l’intensité carbone, à savoir les émissions de CO2 ramenées au produit vendu. Cette entreprise doit aussi être « contributive », en aidant ses clients et employés à se décarboner, à consommer les produits et les services différemment ; et « utile », enfin, ce qui pose la question de l’utilité des besoins de chacun et interroge l’usage des produits, au-delà de la liberté.
« Nous sommes sous contrainte, mais c’est dans la contrainte que nous sommes les plus créatifs. Et c’est alors que nous sommes les plus libres » – en l’occurence, libres d’agir pour la planète –, affirme Renaud Bettin. Et de conclure :
« Vous devez donner les clés à chacun, à tous les niveaux de l’entreprise, pour qu’il réduise ses émissions de CO2. Dans un esprit d’équipe et de solidarité pour, collectivement, atteindre la neutralité carbone. »

Jouer la proximité
Du côté des entreprises, les initiatives se multiplient. Exemple chez Odlo [130 MCHF de CA, 780 salariés, dont 20 au siège d’Odlo France (20 M€) à Annecy], dont Cédric Georges est le directeur des ventes et où trois axes de décarbonation ont été fixés : 80 % d’énergies renouvelables utilisées pour la production et la logistique, 80 % de matières recyclées ou biosourcées, et 80 % de fabrication en Europe, principalement dans ses usines (Roumanie et Norvège), quand 87 % de ses consommateurs sont Européens. L’objectif affiché est d’arriver à 100 % en 2025-2027.

« Lorsque j’ai intégré Odlo, en 2018, nous n’utilisions pas de matières recyclées ou naturelles ; aujourd’hui, nous atteignons les 76 %. Quant à nos vêtements de sport, ils sont fabriqués à 70 % en Europe et 30 % en Asie, contre 50/50 à l’époque », détaille le dirigeant, qui veut s’inscrire dans une économie circulaire. Le fabricant suisse entend aussi changer la culture d’entreprise, pour agir vite.
Le groupe Salomon, lui, a lancé son premier programme de développement durable voilà cinq ans et vient d’en entamer un nouveau, qui repose sur deux piliers : l’innovation produits (exemple : la chaussure de running Index.01, recyclable), et la communauté (employés, fournisseurs, consommateurs), avec, pour chacun, un programme d’actions, dont la décarbonation.
Entreprise régénérative ?
Le leader mondial des sports outdoor vise « une baisse du scope 3 (déplacements, transports, déchets…) de 30 % d’ici 2030, et des scopes 1 et 2 de 50 % », confirme Téo Marin, le coordinateur “développement durable” des équipements de sports d’hiver. Avec la Fédération de l’industrie européenne des articles de sport (Fesi), la marque travaille à uniformiser l’impact du cycle de vie des produits, pour parvenir à une méthodologie qui s’appliquera à tous les fabricants.
Engagée aussi, Arva Nic-Impex (24 M€ de CA, 40 employés) a réalisé son bilan carbone scope 3 il y a deux ans. « Nous générons 947 tonnes de carbone annuelles, dont 40 % dues aux matières premières », pointe son PDG, Patrick Giraudon. De fait, le fabricant annécien d’équipements de sécurité sur neige a pris des engagements de réduction vis-à-vis de ses consommateurs d’ici 2025 : recyclabilité des produits, réduction de matières premières au profit de polyesters recyclés, diminution des emballages… « Aujourd’hui, nous sommes sur une courbe de -15 % des émissions de CO2. Et le reste, on le compense par des projets, notamment de forestation », déclare le dirigeant.
« Mission »
Conscient de « s’acheter du droit à polluer » (même si c’est toujours mieux que de ne rien faire), il a décidé d’aller encore plus loin et a rejoint la Convention des entreprises pour le climat Grenoble-Alpes (65 entreprises, dont 5 du milieu du sport, comme Picture, ESF, Fusalp). Le projet est ambitieux : construire une feuille de route régénérative. C’est devenu la raison d’être d’Arva. Déjà, il songe à s’engager dans le label B Corp pour donner un cap à l’entreprise.
« En clair, comment je transforme la mission de mon entreprise pour que son existence soit positive pour l’écosystème et les neuf limites planétaires définies par les scientifiques », ambitionne Patrick Giraudon.


Patricia Rey
Photo Une : Cédric Georges, président d’OSV – crédit David Malacrida











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