Même si elle se montre résiliente, l’industrie n’échappe pas, en Haute‑Savoie, à un contexte national anxiogène.
En Haute-Savoie, 383 industriels sont autorisés actuellement à mettre en place des mesures de chômage partiel. « C’est un outil défensif et préventif, qui donne aux entreprises la souplesse dont elles ont besoin dans le contexte actuel, mais ce chiffre est conséquent », pointe Gilles Mollard, le président de l’Union de l’industrie et des métiers de la métallurgie de Haute-Savoie (UIMM 74).
L’enquête de conjoncture que la chambre syndicale réalise chaque trimestre auprès de ses adhérents met en exergue d’autres indicateurs témoignant d’un climat général qui tend à se dégrader : 5 % seulement des sociétés constatent une amélioration de leur marge et elles ne sont que 40 % à envisager d’investir, soit 20 à 30 points de moins par rapport à l’année dernière.
Cette situation, qui se traduit aussi par un ralentissement des embauches, touche en particulier le secteur de l’automobile et, plus globalement, des transports, avec notamment la fermeture du site Bosch de Marignier. Gilles Mollard rappelle que même les voitures électriques, sur lesquelles des entreprises de Haute-Savoie ont axé leur stratégie, ne représentent encore que 17 % du parc national et peinent à “décoller”.
« Quant à l’aéronautique, Airbus n’a même pas retrouvé, en 2024, ses volumes de 2019. Les difficultés de la chaîne d’approvisionnement pèsent sur les livraisons », analyse-t-il.
Incertitudes politiques
L’UIMM 74 constate que, depuis fin 2023, les industriels et les entreprises de la métallurgie « naviguent dans une inquiétude économique » à laquelle se sont ajoutées des incertitudes politiques. « Le projet de loi de finances pour 2025 risque de remettre en question la fiscalité des entreprises ; le crédit d’impôt recherche, que certains voudraient supprimer, d’autres encadrer ; la cotisation sur la valeur ajoutée des entreprises », détaille son président.
« La baisse des allégements de charges pénaliserait les industriels qui font l’effort de décoller les salaires du Smic pour mieux rémunérer leurs salariés », complète Christophe Coriou, délégué général de l’UIMM 74.
Sans compter d’autres paramètres, comme la hausse du prix de l’électricité. « Alors qu’ils devraient poursuivre leurs investissements dans la digitalisation et la décarbonation, les industriels s’attachent d’abord à préserver leur trésorerie », résume Gilles Mollard. Les entreprises, qui n’entrevoient pas d’amélioration avant fin 2025, comptent sur l’innovation et les marchés internationaux pour rebondir.
Les jeunes et demandeurs d’emplois dans le viseur de la semaine de l’industrie
La Semaine de l’industrie s’installe en Haute-Savoie du 15 au 30 novembre. L’événement, qui cible les jeunes et les personnes en recherche d’emploi, est organisé avec une trentaine d’industriels ouvrant leurs portes. « Il permet de tordre le cou à certaines idées reçues : le secteur est en première ligne dans la décarbonation, propose des salaires supérieurs de 10 à 15 % à la moyenne du privé et offre de jolies perspectives de carrière à l’international », rappelle Christine Le Floch, responsable “communication et événementiel” à l’UIMM 74.
Plus de 40 actions sont programmées durant cette “Semaine”, avec des visites d’usine et la découverte des formations industrielles (portes ouvertes le 30 novembre sur les sites de Thyez et Annecy-le-Vieux). Sept entreprises de Haute-Savoie (ACI Groupe, Baud Industrie, Dassault Aviation, NTN, Somfy, Stäubli et Thermocompact) sont par ailleurs impliquées dans « Forindustrie, l’univers extraordinaire », une expérience immersive inspirée des jeux vidéo dédiées aux collégiens et lycéens.
Photo (crédit Sophie Boutrelle) : Gilles Mollard aux côtés de Christine Le Floch












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