Le deuxième plus grand barrage de Suisse vient de célébrer ses 50 ans et ambitionne de s’élever de 10 mètres supplémentaires.
Rehausser le barrage de 10 mètres : telle est l’ambition pharaonique d’Electricité d’Emosson SA, propriétaire de l’aménagement hydroélectrique franco-suisse. Dix mètres de plus qui seraient construits sur le mur actuel, déjà haut de 180 mètres. Un projet d’un autre temps, de par ses dimensions, qui rappelle les gigantesques chantiers de l’après-guerre, lorsqu’il a fallu édifier les barrages alpins pour subvenir aux besoins en électricité. Et un projet d’avenir à l’heure du réchauffement climatique et de la décarbonation. Mais 10 mètres de plus, c’est aussi beaucoup d’argent. Les estimations actuelles font état de 65 millions d’euros. On est loin de la goutte d’eau dans le lac.
C’est cette idée d’une plus grande retenue qui a été mise en avant la semaine dernière à l’occasion de la célébration des 50 ans du barrage. Construit entre 1969 et 1973, celui-ci se trouve bien en Suisse, mais d’autres aménagements qui lui sont liés sont en France. A commencer par la centrale de Vallorcine, qui turbine une première fois ses eaux, avant de les relâcher pour un deuxième turbinage à La Bâtiaz, à Martigny (Suisse). Ses quelque 50 kilomètres de galeries amènent l’eau des montagnes environnantes, des glaciers d’Argentière ou du Tour (en France) en passant par Saleina ou Trient (en Suisse).
L’ensemble comprend 23 édifices (barrages, collecteurs, centrales, onze prises d’eau, bassins…) répartis de chaque côté de la frontière. Et cette dernière a même dû être déplacée pour que le barrage se situe entièrement en Suisse et que la centrale de Vallorcine soit bien en France. « Emosson a su déplacer les montagnes », rappelait justement un des intervenants.
A 1 930 mètres d’altitude, Emosson affiche une capacité de 225 millions de mètres cubes, ce qui en fait le deuxième plus grand barrage helvète. « Depuis sa mise en service en 1975, indiquait Amédée Murisier, président du conseil d’administration d’Electricité d’Emosson SA, il a produit 40 milliards de kilowattheures. » De l’énergie dont le fournisseur suisse d’électricité Alpiq dispose entièrement. La France n’est en effet pas éclairée par Emosson, malgré la présence d’EDF dans le capital d’Electricité d’Emosson SA.
EDF et Alpiq sont les deux propriétaires (à 50 % chacun) d’Electricité d’Emosson SA. A ce titre, ils mettent tous deux du personnel à disposition : 22 collaborateurs sous bannière Alpiq à La Bâtiaz et 13 salariés EDF à Vallorcine. Ils se partagent également les investissements annuels qui fluctuent entre 5 et 10 millions d’euros pour l’entretien des aménagements. Et ils sont bien entendu concernés par le projet de réhausse du barrage dont l’objectif est de pouvoir produire plus d’électricité en hiver, lorsque les consommateurs en ont le plus besoin.
« Cette surélévation permettrait de stocker quelque 116 millions de kWh supplémentaires pour l’hiver », explique Amédée Murisier. A ce jour, la retenue est remplie plus d’une fois et demie en une année et une partie des eaux est donc turbinée en été, lorsque la Suisse dispose déjà de suffisamment d’énergie. Annuellement, l’aménagement produit 850 millions de kWh. « Pour pouvoir engager ces travaux, il nous faut l’accord des deux Etats, des deux Régions, des communes concernées, d’EDF et d’Alpiq… énumère-t-il. L’accord n’a pas encore été trouvé car il faudra notamment modifier les concessions qui ont été établies au départ et trouver un nouveau modèle économique pour ce gros investissement, alors qu’il ne nous reste plus que 30 ans de concession. » Celle-ci se termine en effet fin 2055. « Et il faut beaucoup de temps pour amortir une telle somme », poursuit-il.
A entendre les responsables des gouvernements suisse (Benoît Revaz, directeur de l’Office fédéral de l’énergie) et français (Laurent Kueny, directeur de l’énergie au ministère de la Transition écologique), présents aux cérémonies du jubilé, aucun barrage ne se dessine devant le projet de réhausse. De l’eau a cependant le temps de couler sous les ponts avant de voir le mur monter plus haut vers le Grand Ruan.













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