Même plus indulgent que sa version printanière, le confinement handicape à nouveau fortement le commerce « non essentiel », contraint de baisser le rideau. Unanimes, les organisations patronales sont vent debout.
« Je n’ai toujours pas compris les décisions gouvernementales concernant le petit commerce. C’est comme s’ils n’étaient pas allés voir comment ça se passait. On se lave les mains au gel hydroalcoolique, le port du masque est obligatoire dès l’entrée, le nombre de clients est en fonction de la surface de vente, etc. Je ne vois pas en quoi c’est différent de la vie en entreprise, des seuls commerces alimentaires ou des grandes surfaces. Je crois qu’on veut tuer le petit commerce ! » Même s’il est plus connu pour défendre le grand patronat, Stéphane Rostaing, président du Medef de l’Ain, ne demeure pas moins “solidaire” du petit commerce malmené par ce deuxième confinement. Une fois, ça passe ! Deux fois, ça casse ! Chacun connaît la formule. La difficulté vient de cette incompréhension, que dis-je, ce décalage entre ce qu’il est possible de faire quand on est un hyper-marché, qui accueille encore plus de clients et dont les gestes barrière n’y sont pas toujours autant respectés, et quand on est un petit commerçant. « On est très en colère par rapport au traitement de ces commerces de proximité que l’on juge “non essentiels”. C’est une notion qu’on ne reconnaît pas. Les chausseurs, boutiques d’habits, etc., qui ont dû tirer leur rideau expressément, cela crée des situations de concurrence déloyale avec les hypermarchés qui, eux, vont pouvoir continuer à vendre de tout ! C’est dangereux pour tout un pan de l’économie qui va encore souffrir et même péricliter. Heureusement, à la différence du premier confinement, les entreprises sont autorisées à continuer à travailler dans un grand nombre de domaines. Ce qui est une bonne chose, sinon, l’économie ne s’en serait pas remis ! » surenchérit Agnès Bertillot, présidente de la CPME de l’Ain.
« On ne s’interdit rien ! »
Avec quelques assouplissements du côté du Bâtiment, ce confinement 2 passe un peu mieux côté artisans, même si un de leurs représentants, le président de la Capeb France, Jean- Christophe Repon, demeure préoccupé : « Si nous sommes satisfaits que le BTP puisse continuer à travailler, nous demandons néanmoins que nos entreprises, qui subiraient une perte de chiffres d’affaire (du fait d’un refus des clients d’intervenir ou en cas de fermeture de l’entreprise à cause de cas contact), puissent bénéficier du chômage partiel et nos chefs d’entreprises, des aides du fonds de solidarité. Nous demandons également un décalage des charges et un allongement des délais pour les marchés publics et des délais de dépôt des dossiers de qualification. Il en va de la survie de nos entreprises et de l’économie française. »
Toute la difficulté pour les organisations patronales réside dans le fait de pouvoir faire plier le gouvernement quand on n’a pas le talent d’une CGT. C’est presque culturel. Faire Grève ? Impossible ! Manifester dans la rue ? Quand bien même ! Les rassemblements sont interdits ! Alors quoi ? « On ne sait pas encore ! On ne s’interdit rien ! Ce qui est certain, c’est qu’on va se mobiliser et se battre contre cette décision injuste. Il ne faut pas croire qu’on va rester les bras croisés à attendre que nos entreprises ferment définitivement. Beaucoup sont déjà sur la corde raide. Si elles ont pu résister au premier confinement, elles risquent de connaître cette fois des difficultés insurmontables », lâche Agnès Bertillot.
L’économie au dernier plan
Les décisions qui se prennent à Paris ont bien du mal à être entendues en province, même quand il s’agit d’éviter de surcharger les hôpitaux et d’essayer de sauver des vies. L’enfer est pavé de bonnes intentions… « On fait passer l’économie au dernier plan. On ne peut pas être dans la demi-mesure quand on est commerçant. Même pour ceux qui vont pouvoir travailler, faire 50 % de son chiffre d’affaires habituel, avec les charges fixes, c’est pire que de fermer. On dit qu’on veut encourager la transition numérique, consommer en ligne, c’est peut-être ça, après tout ! » déclare Stéphane Rostaing. Le corps économique, c’est un peu comme le corps humain : tout est lié.

45 %
Lors du premier confinement, dans sa note sur le commerce de détail, l’Insee a calculé que 45 % des 300 000 commerces de détail en France étaient fermés par l’arrêté du 23 mars.
“Non essentiels ?”
Comme au mois de mars, Emmanuel Macron a annoncé la fermeture des établissements recevant du public : salles de réunion, bibliothèques, salles de sport, piscines, musées, salles de spectacles, théâtres, cinémas, parcs d’attractions, foires… Les bars et restaurants sont aussi fermés. Les restaurants peuvent toutefois vendre à emporter. Les commerces “non essentiels”, comme les librairies, les salons de coiffure, les magasins de prêt-à-porter, les magasins de jouets… sont également concernés.
Bouchers-charcutiers, « ne pas commettre les mêmes erreurs ! »
La Confédération française de la boucherie, boucherie-charcuterie, traiteurs (CFBCT) qui représente les 18 000 artisans du secteur, « appelle le Gouvernement à ne pas reproduire les mêmes erreurs qu’au printemps, lorsqu’il avait invité les Français à se rendre massivement dans les enseignes de la grande distribution, oubliant totalement les entreprises artisanales de proximité qui ont tout mis en oeuvre pour approvisionner les Français en produits frais (livraison à domicile, drive, click and collect…) ».
Ils tiennent à afficher leur totale solidarité avec leurs confrères des centres villes et centres bourgs contraints de fermer. « Il est anormal que l’on oblige certaines boutiques à baisser leur rideau, alors que les hyper et supermarchés continuent de vendre les mêmes produits… »
« Des restaurants ne s’en relèveront pas ! »
Inquiet, Jean-Pierre Vullin, président de l’Union des métiers et de l’industrie hôtelière de l’Ain, réclame un fonds de solidarité. Entretien…

Comment avez-vous vécu l’annonce de ce nouveau confinement ?
Comme une tuile de plus ! On nous ferme complètement du jour au lendemain. On avait pourtant pris des réservations pour le week-end de Toussaint. C’est un coup d’arrêt brutal qui, comme la première fois, ne nous satisfait pas. Beaucoup de nos adhérents sont malades de devoir arrêter leur activité, alors qu’ils ont tant besoin de trésorerie. Le coup de massue pourrait être définitif. Quand on entend qu’il y en a pour un mois minimum, il est certain que des restaurants ne s’en relèveront pas.
L’État a pourtant promis des compensations !
Oui… et certains hôteliers-restaurateurs attendent encore celles de mars. On doit pourtant être indemnisés rapidement car les charges continuent de tomber, les frais de location aussi, les factures des fournisseurs, les remboursements de crédits, etc. Et ceux qui ont profité du prêt de l’État en mai vont devoir commencer à rembourser, ce qui risque d’être très compliqué. L’UMIH réclame un fond de solidarité qui vienne compenser les charges fixes (électricité, gaz, etc.) qui continuent de tomber. On demande une aide de 10 000 euros par entreprise. Il faut en même temps que les bailleurs n’envoient pas le règlement de leur loyer en échange d’une réduction de leurs impôts. On demande également des exonérations de charges sociales patronales pour toutes nos entreprises en 2020.
Vous étiez, bon an, mal an, en train de vous remettre du premier confinement ?
Oui ! Cet été, la clientèle a joué le jeu en se rendant dans nos enseignes. Cela continuait avec des réservations chargées pour la Toussaint. Hélas, l’arrêt a été net. On aurait pu au moins laisser passer le week-end. Le pire, c’est qu’au niveau des assurances, la perte d’exploitation ne marche pas pour la pandémie. Il faut souhaiter que tout ça se remette en route pour les fêtes. Non pas le 15 décembre, mais le premier, histoire de se refaire une trésorerie.
Par Éliséo Mucciante











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