Les deuxièmes États généraux des territoires de l’Ain ont montré que le Département était plus qu’un partenaire des maires. Le succès des uns et des autres est en fait étroitement lié.
Si le masque que l’on est obligé de porter lors de réunions publiques empêche de trahir quelques bâillements malvenus, ce ne fut pas le cas des 2e États généraux des territoires de l’Ain, menés au pas de charge et intéressants de bout en bout. Près de 500 élus, maires, adjoints, présidents et vice-présidents d’EPCI (Établissement public de coopération intercommunale), représentants des services de l’État, du Département et du bloc communal étaient invités à Ekinox à une matinée à la fois riche et pédagogue. Lors des dernières élections municipales, l’Ain a recensé en effet pas moins de 183 nouveaux maires sur 393 communes, soit un renouvellement presque de moitié, de même que cinq nouveaux présidents d’EPCI sur 14. Cette grand messe tombait donc à point nommé pour en connaître un peu plus sur la “chose publique” (NDLR : Dans res publicae, res signifie chose, sujet… et publicae dérive de poplicus, en rapport avec le peuple), si tant est que le métier d’élu ne s’apprend pas dans les écoles mais bien sur le tas. Ce n’est pas une habitude que de commencer par la fin, mais, si l’on voudrait relever un peu du discours de clôture de la nouvelle préfète de l’Ain, énergique autant que la personne, on citerait cette phrase empruntée au président du Sénat, et qui dit : « le maire est celui à portée d’engueulade ».
Maire, un métier dangereux
Bref, après avoir sablé le champagne de la victoire, place aux choses sérieuses et à la vraie vie d’élu, difficile, contrainte, à en faire regretter quelquefois d’être là, surtout avec la crise sanitaire et économique qui sévit et complique la tâche au possible. Impossible de reboucher une bouteille de champagne, alors, autant se (re) mettre dans le bain.
Heureusement, ils peuvent compter sur un Jean Deguerry, président du Département de l’Ain, lui-même ancien maire, pour leur transmettre ses expérience et envie de bien faire. « Vous êtes une génération d’élus qui allez être confrontés à un mandat qui s’annonce d’une redoutable complexité, pris entre les exigences toujours plus grandes de nos concitoyens et les joies de notre modèle administratif français qui a quand même une capacité presque infinie à rendre compliqué ce qui n’est déjà pas forcément simple de base (…). Mais vous pouvez compter sur ma vigilance de tous les instants pour que nous construisions, main dans la main, l’Ain de demain », a assuré le président de l’Ain.
Car le métier d’élu, s’il est d’une rare complexité, surtout dans les petites communes qui ne croulent pas sous les services, est aussi devenu depuis quelques temps dangereux (NDLR : le nombre d’agressions contre les maires et adjoints en France est en hausse de 14 % ; 233 maires ou adjoints ont été agressés depuis le mois de janvier). « Je constate jour après jour combien nos territoires, urbains comme ruraux sont en proie à une crise de l’autorité et de la parole publique. Cette violence ne respecte plus rien ni personne, ni la République, ni ses représentants, ni ses élus, ni ses uniformes. Je ne sais pas où se situe la vérité entre ensauvagement et incivilités mais je sais où se situe le seuil de l’acceptable. Il est dépassé, clairement », a déclaré Jean Deguerry.
Exigence et intolérance
Même si le maire reste l’acteur politique qui garde la plus grosse cote auprès des gens, il n’en demeure pas moins, et c’est regrettable, que ces derniers ne lui facilitent pas toujours la tâche. « Chacun d’entre nous peut mesurer combien nos concitoyens sont de moins en moins enclin à chercher à comprendre comment la chose publique s’organise. Ils exigent des résultats (…) dans cette société mouvante, de moins en moins ouverte et tolérante, où tout est amplifié par le prisme déformant des réseaux sociaux au sens large (lire ci-contre). »
Taillable et corvéable, sur le pied de guerre 7j/7j et 24h/24h, le tout est de trouver le bon équilibre et la bonne distance avec ses responsabilités. L’enfer est pavé de bonnes intentions, et, comme l’a dit Jean Deguerry, un brin fataliste, « Il revient presque à vouloir le bien des gens malgré eux. » Fermez le ban.

46,5 %
Après les dernières élections municipales, 183 nouveaux maires sur les 393 communes que compte le département ont été élus, soit un renouvellement de 46,5 %.
Vous avez dit… media ?
Lors des États généraux, un intervenant a cité Facebook comme étant un média. Le média, c’est un moyen de diffusion d’informations qu’on utilise pour communiquer (presse, télé, radio, net). FB, Tweeter, Google… sont-ils des médias ? Non, pas à proprement parler. Même s’ils produisent des contenus intéressants, en principe, ces mêmes contenus sont d’abord produits par la presse, radio, TV, Net, et donc par des journalistes qui vérifient leurs informations (pas de fake-news). Ces sont des carrefours de contenus intéressants, mais qui proviennent de médias traditionnels. La presse française est en survie. Élus ! Ce n’est pas Mark Zuckerberg qui viendra immortaliser votre prochain couper de ruban, mais bien le petit correspondant (ou journaliste) local que les ventes ou la publicité de son média font vivre. CQFD.
1 million
C’est le nombre de masques que le Département a déjà achetés. Il a pu ainsi doter d’équipements de protection individuels les Ehpad, SSAD, assistantes maternelles, collégiens et salariés d’entreprises de l’Ain avec l’aide des EPCI.
Élu, pas un métier, mais avec une formation
Grâce au droit individuel à la formation qu’impose la loi, les élus peuvent mieux appréhender leur mandat et penser à l’après.

Même si certains naissent avec la vocation ou avec la chance d’avoir eu un membre de la famille conseiller municipal et ainsi baigner dans la vie publique depuis toujours, le métier d’élu, à proprement parler, n’existe pas. Dans le sens où il n’y a pas d’école pour cela. Le seul examen est l’élection et il ne débouche pas sur un diplôme. Issu du suffrage universel, n’importe qui peut, un jour, porter l’écharpe tricolore et c’est bien là le fondement de la démocratie, même si trop de carrières se font. Encore qu’un élu expérimenté peut aussi faire gagner temps et argent à sa commune… D’où l’on parle de formation. « Parmi les cinq chantiers stratégiques lancés en 2018 lors des premiers États généraux, j’avais fait de la formation et de l’information des élus l’un des chantiers majeurs. Depuis, la loi est passée par là et vous êtes, pour certains, désormais concernés par une obligation de formation », a confié Jean Deguerry lors de la deuxième édition des États généraux des territoires. Les élus ont donc droit à recevoir un minimum de formation pour réussir leur mandat, et c’est tant mieux, car la fonction est exigeante et ne supporte pas l’erreur, pas même la médiocrité ou l’à peu près. Le DIF – Droit Individuel à la Formation – offre à chaque élu 20 heures de formation par an sur la durée du mandat, « pour la fonction élective mais aussi pour l’aider à réintégrer l’emploi après son mandat », a précisé Jean-Yves Flochon, président de l’Association des maires de l’Ain.
Un portail multiservices
Quant à l’information, ou plutôt, la communication, le Département ne manque d’en apporter vis à vis des communes par toutes sortes de biais. Il annonce ainsi la création d’un guichet unique – un portail de télé-services – au service des communes et des EPCI, le 1er juin prochain. Le courant passe et avec lui la démocratie aindinoise peut se poursuivre sereinement. « La démocratie, le pire des systèmes, à l’exclusion de tous les autres. » Signé Winston Churchill, cet aphorisme est un des plus inusables du débat politique.
Par Éliséo Mucciante











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