Georges Seimandi : « Le gaz n’a pas fini son histoire dans l’Ain »

par | 25 mars 2021

Le délégué territorial Rhône-Méditerranée de GRTgaz fait le point sur Plainénergie, scientifiquement, un projet unique au monde de transformation de déchets ultimes en biogaz dans la plaine de l’Ain.

Où en est Plainénergie, qui vise à développer une première installation industrielle expérimentale de traitement de déchets résiduels, collectés au sein de la CCPA et du PIPA ?

Rappelons que Plainénergie a été coconstruit avec des acteurs du terri­toire (1), notamment, la Communauté de communes de la Plaine de l’Ain et le Parc industriel de la Plaine de l’Ain, qui ont des déchets à traiter concernant plus de 80 000 personnes. Ils ont sou­haité monter un collectif pour trouver une voie de valorisation à des déchets ultimes qui, aujourd’hui, ne trouvent pas de solution satisfaisante de recy­clage et qui vont, soit en décharge, soit en incinération. Nous allons créer ensemble un démonstrateur industriel pour les traiter et les valoriser en méthane de synthèse injectable dans le réseau. Nous sommes sur des notions technologiques qui sont la force des industriels européens. Un certain nombre de points innovants font de ce projet une première mondiale dans le domaine de la méthanation biolo­gique. Plainénergie se structure en quatre phases. Et nous en sommes à la première qui consiste à adapter un gazéifieur, puis à créer une unité de méthanation biologique, avant de faire des tests de façon séparée sur chaque appareil dans l’idée de les coupler. On veut mettre la méthanation biologique à l’aval de la gazéification avec un dispositif d’épuration entre les deux pendant la phase 2 de façon à mieux comprendre, à l’échelle laboratoire, les mécanismes en jeu et les critères qui permettront d’obtenir une perfor­mance. En phase 3, il est prévu de créer une installation à l’échelle 1/20e de celle qui sera la phase 4 : le démonstrateur final. La phase 1 est avancée à 80 % et on réfléchit aux caractéristiques de la phase 2 qui se déroulera l’année pro­chaine. Il n’est pas encore prévu de calendrier pour les phases 3 et 4 parce que nous avons besoin d’apprendre et de tirer les enseignements des deux premières pour dimensionner la suite du projet.

Êtes-vous étonné des possibilités qu’offre l’Ain en matière d’expérimentation industrielle, pour le gaz ou pour tout autre ?

Non ! L’Ain est un département que l’on connaît bien et depuis longtemps, nous, acteurs de la filière gaz et d’autres. C’est un noeud important du réseau national et européen de gaz parce qu’il y a un stockage souterrain à côté de Bourg-en-Bresse, à Etrez. Dans son sous-sol, se trouve l’équivalent de la consommation annuelle de gaz de Grenoble. Il n’y a que treize stockages de cette envergure en France. À Etrez, aussi, l’opérateur du stockage, Storengy, lance HyPSTER, projet qui va expéri­menter le stockage d’hydrogène dans ses cavités souterraines. À côté, il y a une station d’interconnections et de compression du gaz dans le sens nord­sud. Pour nous, l’Ain est un haut-lieu du transport de gaz. C’est aussi un des départements les plus méthanogènes de la région. Le gaz n’a pas fini son histoire dans l’Ain ! Au contraire, on est en train de s’y moderniser à grands pas.

Des projets vertueux comme le biogaz voient le jour. Mais, à l’image de la voiture électrique et des batteries provenant de Chine, ne sont-ils pas plus énergivores à produire ?

De ce point de vue-là, le biogaz est une énergie très vertueuse, parce qu’elle est naturellement produite. Le biogaz, c’est vieux comme le monde. Ce sont des matières fermentescibles, de la biomasse humide, du lisier, du résidu agri­cole, etc., qu’on met dans une grande bombonne. Puis, la fermentation pro­duit des gaz qu’on épure. Cela donne un méthane identique au gaz naturel consommé dans les chaudières pour faire de l’eau chaude. L’histoire de la batterie qui vient de Chine, pour le biométhane, ça n’existe pas. Par ailleurs, et on le sait peu, quand on investit un million d’euros dans une installation biométhane, 750 000 vont à des entre­prises françaises.

Pourtant, rien qu’à son odeur, on croirait le gaz polluant !

Le gaz n’a pas d’odeur. On l’odorise – et c’est d’ailleurs GRTgaz qui s’en occupe – pour détecter les fuites. Ensuite, quand on brule du gaz naturel dans une chaudière, il n’y a pas de particules fines qui s’en échappent, ni même de souffre. Ça émet de la chaleur, bien sûr, et du CO2, mais moitié moins que le charbon et 30 % de moins que le pétrole. Et quand c’est du biogaz, ça n’émet quasiment pas de CO2 du tout. Le gaz naturel est de loin la moins polluante des énergies fossiles. Et avec l’avènement du biogaz, c’est une éner­gie qui est très compétitive, comparée au photovoltaïque ou à l’éolien. En réalité, lorsqu’on parle pollution, il ne faut pas seulement regarder ce qui sort de la cheminée ou du pot d’échappe­ment, mais toute la chaîne de fabrica­tion, « du puits à la roue », comme on dit chez nous. Le gaz est une énergie pleine d’atouts au niveau environne­mental. D’ailleurs, si les industriels se le sont tant approprié, c’est pour réus­sir leur transition énergétique et sortir de l’ère du tout pétrole.

Le gaz reste une énergie fossile, donc, appelée à disparaître !

Quand c’est du gaz qui vient de Norvège, des Pays-Bas, de la Mer du Nord ou d’Afrique, oui. Quand c’est du biogaz, c’est une énergie renouvelable produite sur le territoire.

Le gaz est-il toujours vu comme un concurrent de l’électricité ?

Je ne sais pas si les deux sont aussi concurrents, en tout cas, en France, on consomme autant de gaz que d’élec­tricité. Le gaz est le couteau suisse de l’énergie puisqu’on en consomme un tiers dans l’industrie, un tiers dans le résidentiel et un tiers dans le tertiaire. On en passe autant que le pétrole dans les voitures et les camions pour les transports. En gros, en France, la moitié de l’énergie, c’est du pétrole, l’autre moitié du gaz et de l’électricité, et, au milieu, il y le bois, à hauteur de 10 %. Les industriels, eux, ont massi­vement choisi le gaz. Mais entre élec­tricité et gaz, je préfère parler de complémentarité. Dans les grandes agglomérations qui souffrent de pol­lution, il vaut mieux prendre le tram, le métro ou sa Zoé, pour parcourir 5 km, plutôt qu’une voiture à essence ou au diesel, voire, au gaz. En revanche, si vous livrez en camion le Parc industriel de la plaine de l’Ain depuis un fournisseur de Nantes, mieux vaut rouler avec un camion au gaz. Sur le plan du logement, on le sait peu, mais chauffer au gaz coûte deux fois moins cher au mètre carré que l’électricité. En tout cas, pour produire chaleur, eau chaude, vapeur…, le gaz est l’énergie privilégiée.

Le côté vertueux du gaz vous met en harmonie avec la vague écologiste. De bon augure pour la suite ?

Pour nous, ce n’est pas un effet d’au­baine. La vague écologiste date de 2020, alors que nous avons pris le virage du gaz vert il y a cinq ans. Ceci-dit, nous n’avons pas d’autres choix. Il faut s’inscrire dans les accords de Paris et réduire l’empreinte carbone de manière drastique. Aujourd’hui, on est résolument là-dedans avec le bio­gaz ; demain, avec le gaz issu de la gazéification des déchets et après-demain, avec l’hydrogène. On va vers 100 % de gaz renouvelable et je suis convaincu que ce n’est pas un effet de mode mais bien un élan de fond indis­pensable.

(1) L’accord de collaboration lançant le projet Plainénergie a été signé en mai 2019 entre le SMPipa, la CCPA, GRTgaz, Séché Environnement, Enosis, Provademse et les laboratoires DEEP et TBI des Insa Lyon et Toulouse.


23 M€

En Auvergne-Rhône-Alpes, GRTGaz, c’est 3 924 km de réseau, 388 salariés, 92 sites industriels, quatre stations de compression, 420 postes de distribution publics et 1 165 communes desservies en gaz.

La société possède et exploite en France le plus long réseau de transport de gaz naturel à haute pression d’Europe. Elle a réalisé en AuRA 23 M€ d’investissements en 2020 (4 M€ de prestations pour des tiers et 19 M€ d’investissements sur le réseau) et en a budgété 21 en 2021.

La consommation régionale de gaz en 2020 dans la grande industrie fait la part belle à la chimie (38 %) et au pétrole (21 %), le reste se répartit entre la production électrique centralisée, la métallurgie, le papier-carton, le raffinage, le verre…


Propos recueillis par Eliséo Mucciante

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