La nouvelle préfète de l’Ain n’a eu que quelques jours pour préparer son arrivée, mais son expérience après un poste identique dans les Hautes-Alpes et un autre dans les Landes, ajoutée à quelques souvenirs familiaux lui font prendre ses fonctions sereinement.
Le départ de votre prédécesseur s’est fait rapidement. Aviez-vous candidaté pour prendre la suite ?
Je n’ai pas été candidate. D’ailleurs, on n’est jamais vraiment candidat. Un préfet est nommé en conseil des ministres et ce sont les autorités qui décident à quel moment, telle personne va être nommée sur tel poste. Je n’ai jamais été candidate sur les postes que j’ai occupés ou que j’occupe aujourd’hui. Mais c’est toujours une joie que de découvrir à chaque fois un nouveau territoire. D’une façon générale, quelqu’un qui arrive de l’extérieur aura un œil neuf, et c’est toujours positif. Il peut mettre en évidence des choses que d’autres qui sont là depuis longtemps ne voient plus. J’arrive avec un œil neuf et, avec les personnels qui connaissent bien le territoire, cela se complètera bien.
Aviez-vous déjà une connaissance de l’Ain ?
La réponse est non ! Je connais un petit peu le département, à titre personnel, par mon grand-père, qui connaissait Bourg-en-Bresse, et surtout mon père, qui m’amenait quand j’étais petite à Pérouges et à Châtillon-sur-Chalaronne. J’ai aussi passé des vacances dans le Jura, avec de longues randonnées, ou dans le Pays de Gex, au lac de Nantua aussi. Mais, j’ai encore beaucoup à découvrir. En revanche, je sais déjà que c’est un département très dynamique et globalement assez prospère, avec des indicateurs socioéconomiques favorables. Le premier d’entre eux étant le taux de chômage qui est à un peu moins de 6 %. À l’inverse, dans un département qui est le plus industriel de France, cela veut dire aussi des tensions de recrutement pour un certain nombre d’entreprises. C’est précisément là où l’État doit travailler avec les acteurs socioéconomiques.
Quel cursus avez-vous suivi avant d’intégrer la préfectorale ?
Je suis ingénieure des eaux et forêts et j’ai passé, pour le moment, la partie la plus importante de ma carrière au ministère de l’Agriculture et de la Pêche, de même qu’au ministère de l’Environnement. Depuis un peu plus de quatre ans, j’ai intégré le ministère de l’Intérieur pour y exercer des fonctions de préfète. L’Ain est ma troisième nomination, après les Hautes-Alpes et les Landes, où j’étais encore jusqu’à fin janvier.
Avec l’expérience, avez-vous une façon particulière de travailler ?
Ce que j’aime avant tout, c’est le travail collectif. Je ne conçois pas l’État travaillant seul dans son coin, mais, au contraire, en collaboration avec les acteurs du territoire dans lequel il est. C’est pour ça que je vais très vite aller à la rencontre des grands élus du département, des acteurs sociaux économiques et, quand la période de réserve liée aux élections sera terminée, au contact des Aindinois et de leurs représentants, élus ou acteurs économiques, sociaux ou environnementaux.
Sur le plan de l’économie, comment voyez-vous les choses ici ?
Les grands axes seront ceux que l’on retrouve déjà dans le Plan France Relance, à savoir : accroître la compétitivité des entreprises françaises, quelle que soit leur taille ; regagner en souveraineté pour être moins dépendants des importations et donc, re-produire en France ce qu’on a pu, à un moment, délocaliser. C’est aussi innover et être à la pointe sur un certain nombre de secteurs stratégiques tout en accélérant les transitions écologique et numérique, deux axes importants qui s’imposent à nous.
Avez-vous des priorités ?
Je n’aurais pas la prétention de vous dire cela, à la fin de ma première journée de présence seulement, mais il y a des sujets évidents. Le premier est de s’assurer du bon déroulement des élections présidentielle et législatives, puisque l’État y a un rôle majeur. Cette année, il y a une nouveauté avec la mise sous pli de la propagande, qui sera réinternalisée. Ce sont les services de l’État qui vont s’en occuper, eu égard aux problèmes rencontrés avec des prestataires avec lesquels nous avions travaillé lors d’élections précédentes. Il sera important de veiller à ce que tout se déroule dans de bonnes conditions.
On aura aussi à faire vivre les partenariats qui existent ou qui viennent d’être lancés entre l’État et les collectivités locales, comme les actions qui entrent dans le plan Cœur de Ville et les trois communes qui en bénéficient : Bourg-en-Bresse, Oyonnax et Ambérieu-en-Bugey. Parmi les autres axes de travail, il y a également le programme, plus récent, Petites Villes de Demain, au côté des vingt-trois communes qui l’ont signé. Et, enfin, faire vivre les contrats de relance et de transition écologique auprès des intercommunautés.
Et sur le plan de la sécurité ?
Il y a la gestion de tous les risques industriels, s’assurer que tout est en ordre en réalisant régulièrement des exercices pour être sûr d’être en mesure d’avoir des équipes, aussi bien dans les services de l’État que dans les entreprises elles-mêmes, formées et prêtes à intervenir en cas de pépin. Et puisqu’on évoque la sécurité, je me réjouis de voir que l’Ain fait partie de ces départements où la délinquance, globalement, est maîtrisée, même si je sais qu’il y a eu quelques épisodes de tensions l’année dernière, avec des interpellations. J’aurai bientôt l’occasion d’y revenir lors d’un bilan sur la sécurité 2021 et sur la sécurité routière avec le Département qui travaille en partenariat avec l’État.
Avec 72 % seulement de gens vaccinés, l’Ain passe pour un mauvais élève, comparé à d’autres départements voisins. Allez-vous mener une campagne pour faire évoluer cette situation ?
Je pense que ce taux ne traduit pas la réalité. Il y a dans ce département beaucoup de gens qui travaillent en Suisse. Les vaccinations qui pourraient se faire là-bas ne sont pas prises en compte dans les calculs de la CPAM. Tous les travailleurs transfrontaliers qui ont commencé à se faire vacciner en Suisse y ont poursuivi leur schéma vaccinal. Le taux est pour moi sous-évalué.
Bio express
- 5 juillet 1964 : Naissance à Boulogne-Billancourt.
- Juillet 2007 : Sous-directrice, directrice adjointe en 2011, puis directrice en 2012, de l’aquaculture et de l’économie des pêches au ministère chargé de l’Agriculture et de la Pêche.
- Juillet 2015 : Directrice adjointe du cabinet de la ministre de l’Écologie, puis directrice de cabinet de la secrétaire d’État chargée de la Biodiversité.
- Décembre 2017 : Préfète des Hautes-Alpes
- Février 2020 : Préfète des Landes
- 31 janvier 2022 : Préfète de l’Ain
- Grades : Cécile Bigot-Dekeyzer a été élévée au rang d’Officier de la Légion d’Honneur et Officier de l’Ordre National du Mérite
Eliséo Mucciante











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